Mardi 31 mai 2011
Cuenca – kilomètre 40 à 3224 mètres d’altitude sur la Panam
Distance parcourue :40,20 km
Vmoy : 8,7 km/h Vmax :36,9 km/h
Température : minima : 8°, maxima : 26°
Dénivelée positif : 602 m
Dénivelée négatif : 106 m
Heures sur le vélo : 4H’34’48’
Départ : 9heures 10
Arrivée : tente installée à 17 heures 16
Résumé de la journée
- Objectif : sortir de Cuenca, nettoyer mon vélo
- Conditions météorologiques : couvert, une seule heure de pluie pas forte, un quart de rayon de soleil, températures faîches, petit vent glacial
- Etat de santé : idem
- Particularités de la journée : surprise la Panam n’est pas ce que je croyais, c’est une route de montagne à la circulation rare et ça va monter un max, bivouac sauvage à 3224 mètres. Problème mécanique, cable du dérailleur coincé dans la nouvelle béquille qui ne tient rien par ailleurs.
Réveil à 7 heures, ici en Equateur, ils se lèvent plus tard, et j’ai remarqué qu’il pleut plus le matin, donc inutile de se dépêcher, d’autant plus que mon objectif est à la fois de sortir de Cuenca et de trouver un endroit où laver mon vélo.
Avant de partir je nettoie un peu ma chaîne (chiffon doux et un peu d’huile, d’alleurs Spitz, un cyclotouriste belge qui a bivouaqué avec moi dernièrement préconise cela : nettoyer la chaïne avec un chiffon doux, ou de l’herbe, un peu d’huile et changer de chaîne tous les 5000 km, moyennant quoi les dents des plateaux et pignons ne s’usent pas, il a d’autres idées Spitz, il en a plein mais vous le saurez plus tard…)
Avant de partir je dis à la femme de ménage de rappeler au propriétaire de l’hôtel que j’attends un recommandé, on le réveille pour lui dire (il est 9heures).
Je me fais indiquer mon chemin, je vais cheminer dans un Cuenca que seuls les cyclotouristes peuvent connaître, ce n’est pas le Cuenca somptueux, mais ça va. Je suis obligée de pousser dans les montées, mon dérailleur de la roue arrière est coincé, je pense sincèrement que c’est la boue qui le coince.
Je finis par arriver sur la Panam, mais pas dans le bon sens, je pédale un peu sur le trottoir vide avant de trouver un passage. Avant la Panam je me suis payée une montée à la Vénézuelienne (je rappelle pente pas loin de 45°), mais vu qu’il n’y avait personne j’ai pu tricher en zigzaguant, même technique qu’en montagne, il faut faire des lacets, sauf que là c’est pas comme en ski on peut pas faire des conversions…Une fois sur la Panam direction Sud où comme chacun sait c’est simple pour aller à Ushuaïa, c’est tout droit, ça descend jusqu’à la mer… Vous allez voir comme ça descend, surprise, surprise…
En attendant je suis embêtée par ce dérailleur. Je rencontre deux boutiques de réparations de bicyclettes, elles n’assurent pas le nettoyage et franchement ne m’inspirent pas confiance. Je cherche longtemps une station de lavage voitures, même les stations services sont rares, et elles n’assurent pas le lavage. D’ailleurs voitures, camions et bus sont boueux, en Colombie même dans le coin le plus retiré de la montagne on trouvait des stations de lavage de voitures. d’ailleurs en Colombie on trouvait de tout, ici on trouve rien… En Colombie ils conduisent très mal mais lavent leur véhicule tous les jours… En Colombie il y avait des petits commerces partout, ici rien. En Colombie le moindre petit village avait son ou ses hôtels, ici rien. je vous énerve avec ma Colombie ? Bon, allez je suis réconciliée avec L’Equateur, il y a eu le volcan Imbabura, le Tunguruahua, la blancheur du Cotopaxi et du Chimborazo, l’Amazonie enchantée et l’échappée belle, et là surprise, surprise… Dans cette banlieue sinistre de Cuenca on finit par m’indiquer una lavadoria en dehors de la Panam, pour une fois les renseignements sont justes, le jeune qui s’occupe de mon vélo trouve la panne, le cable du dérailleur coince sur la nouvelle béquille et est même abîmé. Il m’arrange ça avec mes outils, je n’ai pas la clef nécessaire pour enlever cette béquille qui d’ailleurs ne tient rien une fois le vélo chargé.

La réparation va tenir quelque temps puis ça recoince et moi ça me gonffle… Le petit jeune si je lui avais founi le matos, je crois qu’il m’accompaganit à Ushuaïa…
Je reprends la route, il me faudra une quinzaine de kilomètres pour sortir de Cuenca, là rapidement la circulation devient moins intense mais la pollution sonore reste forte, vu le revêtement de la route, en plus de leur vrombissement les véhicules font un bruit de train… La route monte et descend, les jambes tournent bien, je me dis que je vais pouvoir faire 50 ou 60 km.

La température est fraiche, il ne va pleuvoir que de 12 à 13 heures et pas trop fort. Je crois bien que durant une demi-minute j’ai eu un rayon de soleil… Je trouve un petit resto, je mange très bien pour un dollar 50. Et puis, surprise, la route se met à monter, monter, monter, même que des fois je dois pousser, les vaches remplacent les voitures.

Le ciel se fait de plus en plus menaçant. Je passe un col à 3051 mètres, je crois que c’est fini, non ça redescend dans une combe et ça remonte et ça n’en finit pas de monter, la température déjà fraîche tombe à 11° puis 8°. Aujourd’hui jamais je n’aurai quitté polaire et collant et le petit vent glacial…glace…
Le paysage sans être aussi spectaculaire que lors de mon échappée belle est somptueux, la route serpente entre les montagnes enchevêtrées avant de carrément l’attaquer.


Partout un camaïeu de vert que ponctuent ça et là les taches ocres ou blanches des maisons ou celles jaunes de fleurs inconnues de moi…
Franchement c’est beau, et surtout il n’y a plus de voiture.
Les arbres sont bizarres, il y a ceux qui poussent à l’horizontal…
Ceux qui sont un peu tordus…

Et puis le majestueux, unique et solitaire…

Les heures passent, l’altitude augmente, le froid s’intensifie, je commence à me demander si la Panam ne nous emmène pas à 4000, en plus je fonce droit sur les nuages… Allez il est temps de trouver un endroit où dormir, moi je ne franchis pas un col à 4000 dans la nuit et la tempête. les endroits où l’on peut bivouaquer ne manquent pas, en revanche il n’y a plus de maison, cela veut dire bivouaquer « à découvert » dans un endroit isolé à coté d’une route peu fréquentée certes mais où il passe quand même des voitures… Un peu dangereux quand même. Ouf je vois une maison, une jeune fille de 15 ans se débarasse de moi en m’envoyant à une maison inhabitée. Je continue, continue, repère des endroits. Finalement je vois laroute qui continue à monter et qui s’enfonce dans les nuages, allez je stoppe. Je trouve un endroit abrité du regard au moins dans un sens de la route, hop je plante ma tente. En fait je ne suis quand même pas trop loin de deux maisons, je n’ose aller demander à cause des chiens… Les chiens me repèrent, les proprios aussi ont du me repérer. Les chiens finissent par se lasser d’aboyer. Je suis quand même protégée de la route par un rebord infranchissable pour les voitures, je mourrai peut-être assassinée mais pas écrasée… Je pense que la nuit les voitures ne me verront pas, j’ai fait en sorte que le vélo soit entre le talus et la tente, parce que les vélos de maintenant ils réfléchissent de partout, y compris les jantes, alors pour se planquer c’est dur. Et voilà je fais un bivouac sauvage dans une montagen déserte à 3224 mètres d’altitude….
Surprise, surprise, la Panam ce n’est pas une autoroute, la Panam est quasi déserte (ça circule un peu tôt le matin, tard dans l’après-midi et la nuit), le jour elle est pour moi, la Panam ce sont aussi des cols élevés, des altiplanos et des paysages à couper le souffle, des zones désertiques, bref je suis réconciliée avec la Panam…

Quand même le soir j’ai un peu peur, j’écris à la lueur de ma frontale et quand j’entends une voiture j’éteinds tout… Il y a des bêtes qui font un bruit de ferraille, j’ai entendu le même bruit quand j’étais dans la guerilla, je croyais que c’était un code des militaires…
Je n’ai pu me doucher, moi aussi j’ai été surprise par la route et n’ai fait le plein d’eau à temps…
Ce fut une bonne journée, la nuit fut calme… Le pied quoi…

Bisous tout le monde