Nouvelles brèves : mardi 20 septembre 2011

Bonjour à tous

Je suis à Abancay, j’ai retrouvé le goudron, ne me reste plus que 2 pics à passer avant Cusco, je crois que j’ai fait le plus dur. Mes étapes sont si  longues et si difficiles physiquement que je n’ai plus la force d’écrire…

Voila, mon épaule va mieux mais ce n’est pas ça… Elle (et moi aussi) est contente de trouver le goudron…

Quand même un cyclo qui m’avait doublé et que je croyais devant moi, je le vois arriver à l’entrée d’Abancay, il était aussi explosé que moi, faut dire qu’une ville que tu vois en-dessous de toi tout près et que tu mets deux jours pour l’atteindre, parce qu’on te fait descendre au fond d’un rio par une piste ensablée où tu manques encore de mourir mille fois, qu’arrivée au rio les bêtes piquantes t’attaquent, cette fois-ci visage et cou et jambes, et après tu crois qu’il reste juste une grimpette, et non ils te font monter presqu’en haut de la montagne… Ouf tu trouves un hôtel avec de l’eau chaude, une fenêtre et du net, le luxe quoi… Tu suis les conseils de Carlos, tu vas manger chifa (le chinois péruvien) et bin tu recommenceras pas…

Détails plus tard, bisous à tous.

Publié dans Pérou | Marqué avec | 11 commentaires

J239 : la route du diable J27 : mon chemin de croix…

Vendredi 16 septembre 2011

Chincheros – Bivouac dans l’altiplano-pampa

Distance parcourue : 25,66 km
Vmoy : 4,1 km/h Vmax : 14,3 km/h
Température : minima : 7°, maxima : 35°
Dénivelée positif : 0 m bon le compteur a un problème..
Dénivelée négatif : 0 m même remarque que plus haut
Heures sur le vélo : 6H12’10″
Départ : 8 h 29
Arrivée : vers 17 heures

Résumé de la journée

  • Objectif :  aller le plus haut possible, atteindre l’altiplano qui n’en est pas un… C’est un vrai pic…
  • Conditions météorologiques : nuages et éclaircies
  • Etat de santé : l’épaule s’aggrave, une nième intoxication alimentaire
  • Particularités de la journée : la piste continue de monter, le goudron promis n’est pas là, en revanche travaux qui vont entraîner deux nouveaux traumatismes de l’épaule,

Je pars, tout va bien, je fais attention de ne pas tomber dans le trou…

Je ne sais pas encore que je vais monter à la hauteur des crêtes là-haut…

Je vais admirer une immense cascade…

La piste est acceptable…

Je pousse ou pédale en fonction de la pente… Je continue à pousser cris et gémissements… Et à faire coucou aux girafes…

Je recule à vie le moment de me reposer…

J’atteins, on ne va pas dire sans problème, mais normalement vu l’état de mon épaule la petite ville très animée d’Uripa. Il n’est que 10 heures 30, j’ai le temps de faire réparer mon porte-bagages, la vis filletée (merci mon frère) sera remplacée par une vis normale avec écrou, plus petite que le pas de vis, le tout est renforcé par du fil de fer, moi je dis ce qu’il faut faire et le ferreteria fait…

Le ferreteria ne m’a pas volé mes mitaines, juste on a les mêmes… Evidemment je fais attraction…

Fait exceptionnel, j’arrive à photographier un oiseau (c’est un aigle)…

Je mange un piquant de poulet délicieux, puis je retourne à mes crêtes…

Mon ventre est à nouveau torpillé et nécessite plusieurs évacuation urgentes, une  très jeune fille qui voulait me parler se fait jeter, attends je lui dis qu’elle voit bien que j’ai mon papier à la main et qu’elle me laisse tranquille, ce qu’elle fait d’ailleurs, je vais devoir me shooter par deux fois (spafon et loperamide).

La piste monte, je monte et je pousse. J’espère le goudron, en fait j’ai une route en travaux.

La circulation est souvent interrompue et une travailleuse du froid me demande de me mettre plus sur le coté, là où il y a un tas de gravier, je lui dis que je ne peux, elle empoigne le vélo, surprise par le poids, elle le déséquilibre, je rattrape le tout et me fais très mal à l’épaule. Puis à un endroit où il faut passer sur les pierres mon pied droit rippe sur une pierre qui roule, je glisse sur la droite, entraînant avec moi mon vélo, instinctivement je rattrape le tout avec mon bras gauche, et là c’est la cata, j’ai l’impression de m’être refracturé l’épaule tant la douleur est forte. Je continue, c’est vraiment très dur.

Sur cette piste les cyclotouristes sont presque plus nombreux que les véhicules motorisés, je vais ainsi rencontrer un couple de français charmants, on parle un peu, elle s’est carrément fait braquer avec une arme pour se faire voler une sacoche où étaient tous ses vêtemnts chauds de montagne. Cela faisait trois jours qu’il avaient franchi la frontière avec l’Equateur, comme moi ils avaient trouvé les gens très accueillants, son copain dans une descente était  200 mètres devant, toujours le même scénario, une camionnette, trois hommes, elle a tenté de résister jusqu’à ce qu’ils sortent une arme… Puis je vais rencontrer deux jeunes filles australiennes, une a cassé sa sacoche, mais maman va lui en apporter une à Cusco… Tout ce petit monde (moi compris) a l’intention de dormir où on peut, de se rapprocher le plus du sommet. Les français n’ont pas de carte du Pérou, ils ont juste les petits bouts d’Enzo (de la carte, pas Enzo coupé en morceaux…)mais ils n’ont pas la loupe… Et peut-être ils ne savent pas faire les puzzles, ils vont photographier la mienne qui est fausse mais il y a un semblant de relief…

Je souffre le marthyr, je suis très inquiète pour mon épaule, je continue ce que je peux, je fais quand même un coucou à la neige…

A un moment j’hésite à m’arrêter, il y a un replat avec une maison, je passe et quand je verrai le replat d’en-haut je vais vraiment regretter. Une travailleuse du froid me demande pourquoi je pousse, je souffre, je suis épuisée, je dois m’arrêter, elle me dit qu’il n’y a plus que trois virages… En fait après les trois virages il y avait encore une heure et demi de montée… A la fin des trois virages que je grimpe péniblement, m’arrêtant tous les 100 mètres, quelqu’un de la sécurité (ou un policier) me demande où je vais, je dis que m’arrête dés que je trouve un endroit plat où poser ma tente. Il me conseille là où ils concassent pierres et gravier pour la route, non ça ne me va vraiment pas. Un peu plus loin je décide de me poser à un virage de l’ancienne route, d’un coté c’est bloqué mais pas de l’autre, je n’ai pas envie de me faire écraser par un camion qui aurait envie de se reposer là. Les travailleurs du chantier me disent qu’il n’y a aucun risque.

Je réalise que je n’ai rien mangé depuis dix heures du matin…

Je vais passer une nuit épouvantable, la douleur de l’épaule est atroce. Je suis juste à coté de la route et toute la nuit ça va circuler par vagues, donc je me rendors et suis à nouveau réveillée. Je vais refaire mon cauchemar de vol de vélo, sauf que là c’est plus élaboré, les voleurs m’ont volé les rayons et les chambres à air, je me dis qu’ils ont eu du courage de dévisser tous les rayons et je me réveille dehors en train de vérifier qu’on ne m’a pas volé mon vélo… A six heures du soir les ouvriers sont passés voir si tout allait bien, j’étais en train de faire ma douche maison et à 5 heures et demi du matin ils sont revenus voir si je n’étais pas morte de froid… Ouf, j’étais réveillée, je vais donner mes chaussures neuves à la travailleuse du froid, une me fait mal, l’autre roule sur les pierres…

Avant de m’endormir j’ai quand même jeté un coup d’oeil trouble à ce qui m’entourait…

Bisous tout le monde

Publié dans Pérou | Marqué avec , , , | 4 commentaires

J238 : la route du diable J26 : le diable ne m’aura pas…

Jeudi 15 septembre 2011

Sapitchaca – Chincheros

Distance parcourue : 26,77 km
Vmoy : 5,4 km/h Vmax : 23,11 km/h
Température : minima : 19°, maxima : 40°
Dénivelée positif : 0 m bon le compteur a un problème.. Que puis-je faire ?
Dénivelée négatif : 0 m même remarque que plus haut
Heures sur le vélo : 4H56’47 »
Départ : 8h29
Arrivée : vers 15h30

Résumé de la journée

  • Objectif :  je sais pas
  • Conditions météorologiques : couvert le matin, soleil et douce chaleur l’après-midi, averse presque tropicale à 20 heures
  • Etat de santé : l’épaule c’est pas ça
  • Particularités de la journée : je souffre, pas en silence, mais j’arrive à pédaler, la piste est meilleure, le paysage toujours aussi enchanteur, les bêtes m’attaquent, le soleil me brule le visage, tout va bien, j’ai le moral…

Je quitte mon havre de paix…

Sa paillotte ou ti vélo a bien dormi…

Son lever de soleil…

Je me débrouille seule et c’est parti…

Ciel menaçant à six heures du matin, semblant se dégager pour se recouvrir et se dégager en début d’après-midi, les pluies annoncées ne sont pas tombées, je ne me suis pas crémée, sauf pour les bêtes qui piquent, résultat un beau coup de soleil, ouf je n’ai découvert ni les bras et jambes à cause des bêtes qui piquent, résultat coup de soleil limité au visage…

Je peux pédaler…

Ce n’est pas sans souffrance, chaque zigzagage quand la route monte trop, chaque départ quand je pousse parce que la route monte monte trop, m’arrache des hurlements…

Les trous et bosses de la route ne m’arrachent que des gémissements…

La route qui est toujours piste est en meilleur état, terre battue incrustée de
pierres, elle me secoue beaucoup, graviers et sable ne sont pas absents mais ne font pas des tas comme avant Orcos où à coup sûr vous allez chuter, et vous casser si vous n’avez pas les pneus adaptés…

Bien sûr elle est quasi déserte

Petit à petit je reprends confiance en moi, j’ai revu entièrement mon chargement, c’est moins fonctionnel mais plus stable, tout le lourd est au fond
des sacoches, notamment les chaussures de randonnée, au fait Swidge elle a renvoyé les siennes en Suisse, les français du bus ils randonnent avec leurs sandales crantées, mais ils vont pas au sommet de l’Inshinca… Les français se sont aussi séparés de leurs bâtons à l’aéroport pour ne pas dépasser les 20 kg, mais ils sont jeunes… Et moi je persiste et signe avec mes chaussures de rando et mes bâtons abimés par le débottage du Ritacuba Blanca…

Maintenant j’ai une chaussure blanche (enfin qui fût blanche) et une bleue, oui la chaussure gauche neuve me faisait trop mal, ouf je n’ai pas encore jeté les vieilles…

En chemin je vais me délester des chaussettes neuves qui m’ont brulé la plante des pieds hier… Les Winny l’ourson ont failli y passer aussi, puis je me suis dit que je les trimbalais depuis 8 mois, que je n’allais pas les abandonner comme ça…

Criant, gémissant ou parfois faisant silence je remonte un superbe rio qui se prélasse dans son lit… ( Monica le nom du rio, s’il-te-plait ?) Merci Monica, le rio Pampas.

Je traverse des villages fleuris, les bougainvilliers explosent de couleur, je ne
voulais pas rater le printemps, je l’ai… Je le paie très cher mais je l’ai…

Les pommes de terre sortent, le maïs est bien avancé, pourtant la femme avec qui je vais discuter le midi me dira que c’est le temps des semailles,mais je ne suis plus à la même altitude… Et le temps de la pluie c’est quand ? Quand Dieu le veut, me voilà bien avancée… Et normalement ? Normalement en novembre… Ouf… Prions Dieu que tout se passe normalement…

Certains arbres sont en fleurs et en même temps donnent leurs fruits, les
spécialistes c’est quoi ? Moi je pencherais pour des tomates de arbol dont les équatoriens savent tirer de somptueux jus et dont les péruviens ne font rien…

Une maison prépare sa descendance, ici les maisons viennent de la terre et retournent à la terre…

Criant, hurlant et gémissant je monte…

Le paysage s’est remis au spectaculaire et les bêtes piqueuses attaquent dur,
aujourd’hui elles s’en sont pris à mon petit doigt…

Ma tête me fait souffrir, non ce n’est pas le mal des montagnes, c’est la plaie du
cuir chevelu suite à bambou acéré dans la paillote…

Les genoux à chaud se calment, à froid c’est dur… Je prends quand même ce que
je crois être du diantalvic, un au départ, un quatre heures après…

Évidemment ça monte…

Et là, voilà ce qu’on appelle une saignée…

Et là, ce n’est pas un cadeau pour Julien, vu qu’il ne me dit jamais merci, juste
pour lui demander de me faire signe quand il arrivera à en faire pousser un comme ça dans ses pots de fleurs…

Tandis que je pousse une moto s’arrête à ma hauteur, ils sont deux, s’appellent
Manuel et Williams,  travaillent dans le financier, vont de Ocros à Chincheros, ils vont me proposer de monter sur la moto pendant qu’un des deux pousse mon vélo, ce n’est pas beau ça ? Je crois que sans rien demander j’aurai pu faire Caracas-Ushuaïa dix fois sans jamais donner un coup de pédale, ni pousser, ni retenir, ni porter, qui plus est sans jamais chercher un endroit où dormir, ni de quoi manger…

C’est vraiment très beau, le Pérou est un immense pays magnifique, ce que j’ai
oublié de dire c’est que pendant la saison sèche la poussière est partout, on en respire, elle se colle à la peau, rendent les cheveux durs comme la pierre, tout est empoussiéré, au début tu luttes, tu te laves, laves tes vêtements, puis tu abdiques…

Ce midi la bouteille d’eau que j’ai achetée dans une petite épicerie était
empoussiérée comme pas possible, l’eau gazeuse n’était plus gazeuse, je ne l’ai pas bue, suis plus prudente maintenant, ce soir j’ai craqué pour la manzana, le restaurateur m’a juré qu’il mettait du chlore dans l’eau, mais auparavant il m’avait demandé en mariage, ça faisait longtemps ça… Il voulait bien voyager mais pas en bicyclette, je lui ai proposé l’âne, non il voulait la voiture, alors ça a pas fait…

J’arrive à Chincheros, l’eau serait-elle potable ? Je ne sais encore, je
teste… Bon l’avenir me dira qu’elle n’est pas potable… Je retesterai plus…

Voilà demain je vais à Uripa où je vais trouver un morceau de route goudronnée,
tous me l’ont dit, c’est tellement rare ici, hay pista, hay pista… Même les petites jeunes filles avec qui j’ai discuté devant internet qui se déconnectait tout le temps et qui voulaient encore m’apprendre le quetchua me l’ont dit « hay pista, hay pista »… Toutes les quatre étudiantes, deux en gestion d’entreprise, une en comptabilité, une dans le design… Le pays avance…Cela fait 3 mois maintenant que je suis au Pérou, je m’y sens comme chez moi…

Demain je vais atteindre la ville d’Uripa, on m’a dit qu’il y avait un magasin de
vélo, peut-être peuvent-ils me réparer mon porte-bagages, de toute façon il faut que je fasse quelque chose de plus solide car si ça lâche, les rayons cassent, et moi avec…

Puis je vais essayer de continuer à grimper, j’aimerais atteindre l’altiplano-pampa, à Uripa je vais faire provision d’eau et nourriture, je sais maintenant que dans ces zones de haute altitude il n’y a… Rien…

Voilà, rien n’est encore gagné… Mais je sens que je tiens le bon bout…

Bisous tout le monde

 

Publié dans Pérou | Marqué avec , , , , , | 4 commentaires

J237 : la route diabolique J25 : la curva del diablo ou le virage du diable…

Mercredi 14 septembre 2011

Orcos-Sapichaca, hameau de 24 personnes sur la rive droite du rio Pampas

Distance parcourue : 34,13 km
Vmoy : 4,9 km/h Vmax : 17,3 km/h
Température : minima : 11°, maxima : 34°
Dénivelée positif : 0 m bon le compteur a un problème.. Que puis-je faire ?Dénivelée négatif : 0 m même remarque plus haut
Heures sur le vélo : 6H56’56 »
Départ : 7h55
Arrivée : vers 17h30

Résumé de la journée

  • Objectif :  je sais pas
  • Conditions météorologiques :
    couvert, pluie 2 fois une heure, ça se dégage dans l’après-midi
  • Etat de santé : l’épaule c’est pas ça
  • Particularités de la journée : je livre une de mes plus grandes batailles, je vais retenir mon vélo pendant près de 7 heures sur une piste encore dérapante et pentue, le paysage va devenir spectaculaire, je rejoins le rio, plante ma tente près d’une case dans un hameau, ça  y est j’ai entamé (de peu mais quand même) le troisième pic, ce soir il fait chaud.

Je  suis en train de livrer une des plus grandes batailles de ma vie…

J’ai passé une excellente nuit, hier j’ai préparé toutes mes affaires et c’est parti…

Dommage qu’ils n’aient pas le même stock pour les vélos…

C’est plus difficile que je ne le pensais, sur la place du village ça va, mais après sur la piste je ne peux… Durant la journée je vais faire cinq essais de pédalage,
je ne peux, la douleur fait que je me sens très instable sur mon vélo, alors je pousse… Je vais compenser l’absence de vitesse (4,9 km/h à la descente, il faut le faire) par la durée de poussage, je vais ainsi terminer la descente du deuxième pic et entamer la montée du troisième.

Souvent je serre les dents…

Martial, son frère et sa mère vont m’accompagner un moment, eux ils vont aux champs travailler. Martial va m’aider sur quelques centaines de mètres, là c’est « la curva del diablo » (le virage du diable)…

Mais Martial ne connaissant pas l’astuce de freiner pour retenir, il va vite, moi ça me va, mais l’autre mamita ne suit plus, je vais donc reprendre rapidement les rennes de mon vélo…

A 10 heures, cela fait deux heures que je retiens, surgit un restaurant, je ne sais quand j’en retrouverai un autre ( et bien pas de la journée), je mange riz, pommes de terre, viande dure de chez dure, je m’abstiens de boire la boisson maison et bois mon eau minérale. Je reprends la route. La matinée va m’offrir
deux averses de une heure chacune, des pluies normales, bien de chez nous. Rien ne m’arrête, je continue. A plusieurs reprises je tente de monter sur mon vélo, mais je ne peux…

J’ai vraiment l’impression que je vais tomber, je manque d’équilibre, en plus j’ai eu la bonne mauvaise idée de réorganiser mes bagages, tout le matériel de montagne je l’ai mis dans un sac qui va sur le porte-bagages, laissant ainsi plus de place dans les sacoches pour les affaires dont je me sers tous les jours, oui, sauf que j’ai déplacé le poids, avec plus de poids en hauteur, ce qui bien sûr déplace mon centre de gravité et risque de me faire chuter. Je ne prends aucun risque, je sais qu’avec mon bras handicapé une chute me serait fatale… Une fois toute l’eau de mes gourdes avalées, je vais avoir soif, non parce que je manque
d’eau mais  m’arrêter me pose beaucoup de difficultés à cause de mon bras, je dois passer de l’autre coté du vélo pour mettre la béquille et c’est tout un problème.

Malgré ces difficultés je n’oublie pas de faire provision de Kdo (j’écris en langue ado , espérant qu’il comprenne…) pour Julien…

Un camion que je laisse passer va discuter un peu avec moi, il me donne des renseignements sur la route, je vais avoir un morceau de goudronné dans les prochains jours et après la piste serait meilleure… Je ne sais ce que valent
ses renseignements car il m’a aussi conseillé de dormir à Puenta Pampas, il y aurait même l’électricité, et après il n’y aurait plus de village pendant longtemps… Oui, sauf qu’à Puente Pampas il y a une dizaine de maisons et pas de place pour une autre ni même pour une petite tente, je ne demanderai même pas.

Je continue courageusement quand je me fais doubler par deux vélos couchés, deux belges, Laurie et Julien qui parlent français  » Vous êtes la française qui traverse seule l’Amérique du Sud ? »  « Oui je suis  » Bin ça alors je ne savais pas que ma réputation, était allé jusqu’en Belgique… En fait ils ont entendu parler de moi à la Casa de Ciclista de Trujillo et comme j’ai laissé une photo dans le livre d’or ils m’ont reconnue.

Ils vont à Ushuaïa, ils sont jeunes, donc leur temps est limité, donc les parties trop difficiles ou quand il fait trop mauvais temps ils les font en bus ou en stop.
Pourquoi je ne prends pas un bus moi ? Dans l’état où je suis… Parce moi je suis du genre butée et acharnée… Nous parlons un long moment, ils ont l’intention de dépasser Puente Pampas et de s’avancer pour demain (bin oui, l’ascension du troisième pic), moi aussi j’aimerai bien, mais arrivée au rio j’en ai assez, cela fait
six heures que je retiens, j’ai mal à la main, j’ai mal aux pieds (chaussures neuves, j’ai soif et je commence quand même à être fatiguée… Ils pensent mettre dix jours pour atteindre Cusco (deux jours par pic) moi je pense mettre 15 jours (3 jours par pic), n’oubliez pas que les pics peuvent dépasser les 4500 mètres et que l’on redescend jusqu’à 2000, où je suis ce soir, et je crève de chaud… Mais ça ne me dérange pas. Julien et Laurie se sont pris la grêle sur l’altiplano-pampa… Ils y ont aussi dormi.

Le paysage retourne au spectaculaire…

Certains arbres ressemblent à de petits vieux à longue barbe…

L’état de mon épaule ne m’empêche qu’à moitié de profiter de ce paysage…

En revanche c’est dur de profiter de la route…

Qui reste quand même magique…

Comme dans tous les canyons je vais rencontrer une jolie maison fleurie

A propos de fleurs j’ai vu que les pommes de terre étaient bien sorties.

Comme toujours le rio me fascine…

Là il a fait des fantaisies, il a fabriqué une vallée verdoyante suspendue…

Comme je l’ai dit je n’ai pas vu de place où planter ma tente à Puente Pampas…

Je m’engage dans un canyon, je me sens partie pour un galère, en plus je commence à remonter le rio.

C’est dur, je resserre les dents mais y arrive (en poussant), je crois que pour l’instant il ne faut pas compter pédaler, à moins de trouver du goudron plat, ce qui dans ce pays n’existe que sur les places de villages (au Vénézuela même
les places sont en pente raide…). Je sors vite de ce canyon, un endroit plat et isolé me tente à moitié, je passe, un peu plus loin une maison en construction, je demande aux ouvriers, ils me conseillent d’aller à la « vuelta », il y a un village,
ouf ce n’est pas la « vueltita »… Avant le village un hameau. Je demande, il y aurait un hôtel à un village à une demi-heure, une demi-heure de quoi ? Non moi je n’en peux plus, j’avoue ma faiblesse, mon bras cassé.. Les enfants (sur conseil des parents) vont me conduire à une paillote d’une femme qui ne vient
ici que très rarement.

Les enfants sont ravis de m’aider à tout transporter…

Y compris le vélo à cause des épines…

Puis ils vont à nouveau tenter de m’apprendre du Quetchua, ils ne le parlent plus couramment mais sont très fiers des mots qu’ils connaissent… Je pense que la génération suivante ne parlera plus le quetchua, c’est peut-être triste ou
peut-être pas, c’est comme cela que se fait un pays, et le Pérou est encore en construction… Pour l’anglais les connaissances sont très limitées… Compter jusqu’à 10, bonjour, bonsoir, pas plus… Ouf il y a pire que les français…

J’allais oublier, que se passe-t-il quand on descend ? Oui, on gagne des degrés, mais encore ? Les bêtes piqueuses, là c’est une autre race, elles volent plus haut, n’ayant pu m’attaquer les jambes qui étaient couvertes,  elles se sont attaquées à ? La paume de ma main, vrai de vrai, même les enfants n’ont jamais vu ça…

Je m’ouvre trois fois le crâne sur des bambous acérés qui dépassent du toit de la case où je ne vais pas planter ma tente, le pilier central limitant la place… Quand même je suis très bien, sauf  mon épaule qui me gêne beaucoup pour faire tous les petits gestes de la vie sous tente, merci les enfants de m’avoir aidée, et au passage je vais faire breveter mon invention pour ma tente, c’est génial, je la monte maintenant sans effort…

Bisous tout le monde…

Publié dans Pérou | Marqué avec , , , , , | 3 commentaires

Nouvelles de notre cyclo

Bonjour à tous
Voilà j’ai repris la route, hier je n’ai pu que retenir `*descente¨*,
j’ai compensé le manque de vitesse par la durée de poussage … Et ai
bivouaqué un peu plus loin que Puente Pampas. Aujourd hui j’ai pu
pédaler quand la pente n’est pas trop forte, je crie, je hurle mais
j’avance. Je suis à Chincheros, personne ne sait à quelle altitude
nous sommes, je pense vers 3000 m, peut-être plus.
Bisous a tous et continuez de m’encourager, ça m’aide

Publié dans Pérou | 13 commentaires

J236 : il se passe toujours quelque chose sur www.direction-ushuaia.com…

Mardi 13 septembre 2011

Arrêt de bus en pleine montagne – Orcos, petit village à 3500mètres d’altitude

Distance parcourue : 2 km
Vmoy : 4 km/h Vmax : 13,5 km/h
Température : minima : 11°, maxima : 34°
Dénivelée positif : 0 m bon le compteur a un problème..
Dénivelée négatif : 0 m même remarque que plus haut
Heures sur le vélo : 0H31’55 »
Départ : je sais pas
Arrivée : je sais pas

Résumé de la journée

  • Objectif :  je sais pas
  • Conditions météorologiques : couvert, pluie, orage, froid
  • Etat de santé : l’épaule c’est pas ça
  • Particularités de la journée : bus jusque Ocroz, le bus ne s’arrête pas, je réagis 2 km plus loin et me fait déposer en pleine montagne, mon porte-bagages est cassé, je rejoins Ocroz, c’est dur, l’épaule et j’ai peur… Je retrouve mes lunettes, diagnostic porte-bagages, vis cassée, elle est retirée mais il n’y a pas de vis de rechange, je rebricole un truc, je vais tenter de repartir demain

Mon réveil sonne, pas de problème pour me réveiller, intestins un peu en vadrouille, bizarre l’eau est chaude, j’en profite.

Pour le taxi, ici demander qu’on vous réserve un taxi, c’est aller dans la rue et en héler un, moi il me faut un taxi qui puisse prendre mon vélo, effectivement en 5 minutes le tour est joué. La gare de bus est assez loin, sur le chemin je vois deux cyclos qui peinent à pousser leur vélo, je leur fais de grands coucous et je me dis que ça ce sont des courageux de partir à 6H15 du matin. On m’a recommandé d’être au terminal de bus une heure avant le départ, parfois celui-ci est avancé… Ici c’est comme pour l’avion, il faut enregister ses bagages, prendre une carte d’embarquement, payante, pas cher et pas pour tout le monde…

J’avais bien prévenu hier en prenant mon billet que j’avais un vélo, eux ce qu’ils n’ont pas prévu, c’est qu’il y aurait trois vélos… Les gens ici voyagent rarement et quand ils voyagent ils sont hyperchargés… Dur dur pour rentrer tout dans les soutes, tout rentrera…

Durant tout le voyage je discute avec Sébastien, Lætitia dort, elle n’est vraiment pas bien. Ils ont un an devant eux et veulent aussi faire un tour en Asie, alors ils font des portions en bus. Là ils ont décidé de shunter la route du diable et ses horribles pics. Eux aussi ont beaucoup de problèmes de maladie, n’ont aucun problème avec l’altitude, comme moi, probablement parce que l’on monte lentement, qu’on passe notre temps à dormir vers les 4000, donc on est super acclimaté… Ils n’ont pas le même accueil que moi, je pense que mon état de femme maigre âgée y est pour quelque chose et puis aussi je suis la plus grande habladore de l’Amérique Latine…Il ne fait pas beau, même il pleut. Le temps passe vite, avec Sebastien on « accroche », on parle montagne, voyages, vélo aussi, on se passe des petits trucs, lui il a bricolé des attaches de sacoches avec du câble permettant de mettre un petit cadenas, c’est symbolique mais ça évite les mains fureteuses, on parle tour des Ananapurnas, c’est pas ici ? Pas grave.. Pourquoi j’accroche bien avec des gens et je suis mal à l’aise avec d’autres ? Pourtant Sébastien a le même âge que Christophe…Ils voyagent très léger, n’ayant pas plus de 20kg chacun, il me donne le truc du filtre café pour filtrer l’eau, tiens je n’avais pas pensé à ça… Nous parlons tant et si bien et étant la seule à descendre à Ocroz, oué il faut de bonnes raisons pour descendre Ocroz, que je laisse passer la ville, euh le village, je vais donc arrêter le bus dés que je m’en aperçois, on me dit de descendre au village, plus loin, et pourquoi je vais pas plus loin, la route est très dangereuse, je sais, je me suis cassée l’épaule… J’explique mon truc (ça sert de parler la langue, les français sont gênés par ça ils savent le minimum, mais pas l’indispensable, style arrêter un bus en pleine montagne loin de tout…) Le car s’arrête, je descends sous des tonnerres d’applaudissements…

Et me voici à nouveau seule avec moi-même sur cette piste difficile…

J’ai un moment de doute quand je vois mon vélo, les deux Winnie l’Ourson et un troisième sac, plus mon sac a dos, oui je ne sais pas comment je fais, je déleste, je déleste et le poids et le volume de mes bagages augmentent, j’ai encore laissé plein de choses à l’hôtel… J’ai un temps d’hésitation, je remonte à Ocroz ou je continue, ça descend. Comme d’habitude je suis mon instinct, je me dis que je vais aller à Ocroz, manger et aviser.

Je vais pour charger mon vélo, stupeur ils ont tellement bourré pour faire tout rentrer que mon porte-bagages est cassé… Allez savoir pourquoi la ficelle que j’ai acheté à Ayacucho pour faire des paquets je ne l’ai pas donnée… Elle va me servir, je bricole une attelle pour mon porte-bagages. Et… Je pousse… Et c’est hyper dur, j’ai mal à l’épaule. La route qui va à Ocroz descend. J’y vais, sur mon vélo, et… J’ai peur… Pourtant j’ai bien vu en poussant que mes pneus accrochent bien… Je suis obligée de descendre et de retenir, et j’ai mal… Bon c’est pas gagné, en plus il pleut et le tonnerre gronde et la température a chuté, on est encore aux alentours de 3500. J’ai la bouche engourdie de froid et j’ai du mal à parler… Arrivée à Ocroz je me dirige vers l’hôtel, l’hôtelier m’embrasse presque. J’explique mon problème de porte-bagages, aussitôt j’ai un attroupement autour de moi, peut-on faire une soudure ? Inspection des dégâts, non c’est de l’alu. Même le porte-bagages ? Non, moi je suis sûre que le porte-bagages n’est pas en alu.

Reinpection, en fait c’est la vis qui a cassé. Je vais manger, je reviens pour m’occuper du vélo avec l’homme qui a bien vu, il arrive à dévisser la vis, va en chercher une dans le village, n’en trouve pas, me propose de bricoler ça avec un clou, moi je ne préfère pas, ça va abîmer le pas de vis, et comment on dit « pas de vis » en espagnol hein ? Oh la la c’est compliqué la vie de cyclotouriste…  Je me déleste de mes super pneus de route, je ne pourrai monter avec un tel chargement, un est usé, mais l’autre super… Mais pas pour le Pérou… Et en Bolivie c’est pire… Pour mon porte-bagages, je m’en sors, je vais rebricoler une attelle avec la ficelle et un scratch double face que j’avais fabriqué avant de partir pour le « on ne sait jamais »…

Ca y est mon velo il est comme les vaches et moutons d’ici, avec des rubans…

Normalement dans une petite ville après le prochain pic je devrais trouver une vis, je range bien précieusement la petite vis cassée, je suis tentée de démonter une partie de mon porte-bannière, mais mon épaule me fait trop mal, j’abandonne, je suis tentée de laisser les Winny l’ourson ici, un a un grand trou, oui il a pas aimé le bus… Et ici on trouve des sacs genre sacs de pomme de terre, mais en plastique dont tout le monde se sert pour porter ses affaires… Je me dis que vu l’état de mon épaule, vu la souffrance avouée de mon vélo, ce n’est peut-être pas le bon moment de me délester de ces sacs bien pratiques…

Mais les aventures ne sont pas finies, je vais au restaurant et au moment de payer la dame plonge ses mains, bien justement dans un de ces grands sacs et en sort ? Mon étui à lunettes et mes lunettes dedans, je m’étais installée, moi, mon ordi et mon épaule cassée dans son restaurant en attendant le bus de Lima pour lequel je n’ai d’ailleurs pas eu de place… Quand je pense que j’ai fait retourner tout l’hôtel d’Ayacucho, allant jusqu’à explorer la case sous le lit avec ma lampe frontale, jurant sur toutes les têtes du monde que justement j’avais vérifié que je ne les avais pas perdues dans le car et que je les avais lavées là, tout juste si je les ai pas accusés de me les avoir volées… Les cyclos français aussi ils perdent plein de choses, je vous dis, dure la vie de cyclo, oui surtout que le joli vernis aux ongles que j’ai fait mettre hier avec de jolies petites fleurs est déjà écaillé…

Je profite d’Ocroz ou modernite et tradition se melent, comme dans tout le Perou…

Voilà demain je pars, ça va descendre, j’espère que je vais pouvoir monter sur mon vélo… Je suis en train de livrer un de mes plus rudes combats…

Ce soir ça caille, normal on est encore à 3500 mètres…

Bisous tout le monde…

Publié dans Pérou | Marqué avec , , , , | 4 commentaires

J236 : retour au petit grain de sable avant celui où je me suis arrêtée…

Lundi 12 septembre 2011

Départ hôtel 6 heures
Départ bus prévu à 7h30
Arrivée à Ocros prévue 5 heures plus tard

Ensuite… Je vais voir… Me reste 5 pics, 3 jours par pic, arrivée prévue à Cusco vers le 27 septembre…

Je crains de ne pas avoir beaucoup de connexion internet sur mon parcours…

Je me suis vraiment fusillé le genou aujourd’hui, j’espère que tout va tenir, l’épaule, le genou, je vais voir…

Bisous tout le monde

Publié dans Pérou | 4 commentaires

J123 à J135 : retour à Ayacucho pour fracture épaule

En attente

Publié dans Pérou | Laisser un commentaire

11 septembre 2011 : 10 jours

Bonjour à tous

Oui je sais pour certains cela fait 10 ans, 10 ans qu’ils pleurent…

Moi ça fait 10 jours, 10 jours que je suis dans cet hôtel de passe… Bon il y a une fenêtre, un internet qui marche, une chaine cinema avec des films français des fois… L’eau chaude est aléatoire… Les bruits nocturnes systématiques… J’aurai pu changer d’hôtel, je n’ai pas le courage… Chaque jour j’espère… Chaque jour je suis déçue… Mon test : décoller le vélo non chargé du mur, là c’est bon, descendre le trotoir, c’est bon, le remonter, je ne peux pas, la douleur est trop forte… Ce soir j’ai mal sans bouger… Je déprime…

Je suis allé deux fois à la salle de gym faire du vélo d’appart, bon ils datent du siècle dernier, j’ai mal aux genoux, aux fesses, la hauteur de la selle ne se règle qu’avec des crans assez espacés… J’ai mal au coude aussi de tapoter sur mon ordi mal installée sur mon lit, ni table, ni chaise, faut pas rêver, on est au Pérou…

A la salle de gym il y a une balance précise avec poids, la cata…

La lune est pleine ce soir, le ciel est redevenu clair…

Ce que je vis là est dur, très dur… Despacio, despacio, combien de jours ? Combien de semaines ?

Allez, ça ira mieux demain, peut-être…

Et les diois vous faites quoi ? Vous n’êtes plus dans le top5… Deux villes du Canada vous ont ejectés… Paris reste en tête, mais attention talonné de près par Lyon..

Et mon webmaster tu fais quoi ? Les kilomètres, mon décompte : 1500 km avec la première pile du compteur… Environ 200 km sans compteur…5795 km avec la deuxième pile qui vient aussi de rendre l’âme… Soit 7500 km… Le dénivelée cumulé : éjectée de la voie lactée depuis longtemps… En ce moment éjectée tout court…

Bisous tout le monde

Publié dans Pérou | Marqué avec | 14 commentaires

Mercredi 7 septembre 2011 : point info santé

Bonjour à tous

Résumé : petite fracture de la tête humérale, lente amélioration.
Nième infection intestinale avec une fièvre d’enfer.

Je crois que j’ai déjà raconté l’hôpital, l’absence d’examen, la radio de très mauvaise qualité, l’immobilisation de l’épaule par bandage du bras, l’absence d’intimité, quand un meurt, on tire quand même le rideau, la saleté, le tu paies avant qu’on te soigne…

Alors maintenant je vais raconter la médecine quetchuase :

Le décor : le magasin de vélo en face de celui où j’ai fait équipé mon vélo de pneus à crampons et où j’ai fait changer le cable de frein qui ne tenait plus que par un fil. Pourquoi en face ? Parce qu’on bouge avec le soleil, parce que nous ne sommes pas loin de 3000 en plein hiver, que le soleil chauffe bien, mais que l’air ne retient rien, pare que j’ai attendu longtemps, rendez-vous à 13 heures, je viens à 14, je commence à connaître ici, le quetchua qui sera une quetchuase arrive à 17 heures… La femme arrive avec son baluchon typique des vieilles indiennes d’ici et encore de quelques rares jeunes dans les coins perdus de la montagne.

Je suis assise sur un tabouret, toute la famille m’entoure. La quetchuase m’examine et fait même un examen contro-latéral, le diagnostic tombe : petite fracture de l’épaule. Le pronostic : je vais guérir mais il faut que je reste tranquille plusieurs jours. La quetchuase s’enduit les mains d’un onguent, me manipule, me masse, j’ai très mal, je crie, je pleure, la femme du réparateur de vélo me tient la main, les enfants compatissent, la séance va durer plus d’une demi-heure. Puis la quetchuase va m’immobiliser l’épaule, à sa manière aussi avec une bande que la femme du réparateur de vélo a été acheté à la pharmacie, je dois la garder une semaine, je négocie, quatre jours, aujourd’hui j’en suis à mon septième jour d’immobilisation… Et pour la douche je fais comment ?Je n’en prends pas, une douche, quelle idée saugrenue…Je dois combien ? Je donne ce que je veux.

Depuis j’ai appris qu’il y a deux cliniques privées à Ayacucho, que l’hôpital est très mauvais et réservé aux nécessiteux.

Aujourd’hui je suis sûre du diagnostic : petite fracture de la tête humérale. Aujourd’hui je note une amélioration mais je trouve que c’est très long. Hier j’ai voulu décoller mon vélo du mur sur lequel il est adossé, mais le résultat n’a été qu’un long cri de douleur…

Aujourd’hui une nième intoxication alimentaire m’a clouée au lit avec une fièvre qui m’ a fait déliré, du coup mon épaule est restée bien au chaud.

Je profite de ce repos forcé pour mettre à jour mon blog, faire tout ce que j’aurai du faire depuis longtemps…

Et puis j’ai vraiment réfléchi : cet accident est entièrement de ma faute, pourquoi n’ai-je pas pris le temps de changer de pneus ? Pourquoi alors que j’étais tombée une fois déjà ai-je persisté ? Pourquoi avec l’épaule cassée j’ai au début essayé de continuer à descendre sur mon vélo ?

Pourquoi n’ai-je pas fait comme dans la descente de Pallasca, mis pied à terre dés que je sentais que cela devenait trop dangereux ? C’est vrai que cette piste est traitre, tu crois que c’est roulable et tout d’un coup tu as une zone hyperdérapante ou un gros tas de sable qui te stoppe net. Vu le danger et mes pneus inadaptés j’aurais du tout descendre à pied… J’aurais mis deux, trois ou quatre heures de plus et alors ?

Je pense que le discours de Christophe « on peut encore arriver à Ushuaia en mars avant l’hiver » a fait son chemin, surtout quand je l’ai vu derrière moi alors que je le croyais à un jour devant moi. Je crois aussi que d’avoir traversé cet altiplano à toute vitesse a endormi ma vigilance.

Je me suis bien renseignée, j’avais des renseignements faux sur Ushuaïa, le vent contre lequel on ne peut lutter, et bien il souffle plus fort en été qu’en hiver… La neige, il y en a aussi en été, le froid, il fait froid toute l’année. Ce qui est sûr, c’est qu’il faut absolument que je trouve un surpantalon genre salopette de ski, que n’ai-je pris la mienne ? J’espère peut-être en trouver au Chili ou en Argentine qui sont des pays plus « civilisés ». Ou je vais peut-être essayer de m’en faire envoyer un, en poste restante c’est possible, le problème c’est que c’est long, donc il faut calculer…

Des nouvelles de nos amis cyclos :

MandolPierre en a eu marre de l’odeur d’eucalyptus et a pris l’avion jusque Darwin.

La famille cyclo a emprunté la piste magnifique au bord du rio, puis bus, la grossesse avancée d’Alice ne lui permettant plus d’aller plus loin, le bébé sera bolivien, Maïa a été un peu traumatisée  par les bombes lacrymogènes et les tirs à balle réelle lors des manifestations qui ont eu lieu à Ayacucho, la ville où je suis, ne vous inquiétez-pas, en ce moment c’est calme, je me demandais ce que c’était que ces grands tas de pierres qui barraient la route, maintenant je sais… Papa cyclo, lui quand il n’a pas son précieux chargement se transforme en avion.

Janodou se remet lentement de son accident, et se débat dans les formalités administratives pour faire réparer son vélo… Nul ne sait quand il repartira, c’est compliqué, continuons à lui souhaiter un prompt rétablissement.

Christophe je sais pas, juste je sais qu’il a fait demi-tour avant de se casser.

Anne est rentrée, prépare son départ à Buenos Aïres. Pour André je ne sais pas exactement, je crois que le retour est dur.

Pol et Verocyclette dégustent tout de la vie…

Et tous ceux que j’ai perdu de vue, si vous avez des nouvelles amis cyclos, donnez-moi en, il y a Diego, Oscar, José, Swidge, les brésiliens cyclocarbone, les argentins, les suisses, les français, Jean G., Jannick, et d’autres encore… J’ai une idée, on devrait faire un blog où chacun donnerait des nouvelles brèves car en roulant, on n’a plus le temps de consulter tous les sites…

En attendant je ne prends plus de risques incensés et je vais à ma vitesse (là c’est la vitesse zéro, même j’ai reculé…), j’arriverais quand j’arriverais et je ne laisse plus personne m’insuffler du poison dans les veines, ni personne m’accompagner. Là-dessus je serai à l’avenir très ferme, quitte à passer pour un gougeat ou une emmerdeuse ou tout ce que vous voulez…

Christophe n’a pas voulu me laisser seule parce qu’il avait peur pour moi, le résultat obtenu est l’inverse de ce qu’il cherchait…

Je suis dans un hôtel un peu bizarre mais je n’ai pas le courage de changer… Ca tape, ça crie, moi je me suis enfermée, je crois que c’est un hôtel pour couples illégitimes ou un hôtel de passe, 20 soles les deux heures… 30 la nuit… Mais j’ai une fenêtre, de l’eau tiède, un internet haut débit… Cet après-midi on est venu voir si j’étais morte, on est allé m’acheter de l’eau à bulles, on est venu me délivrer des asticots qui avaient envahis mon lit. Maintenant quand je paie je leur fais écrire mon nom, la date, parce que leur compte à la noix je ne sais pas comment ils s’y retrouvent…

Le moral a des hauts et des bas, là c’est bas…

Bisous tout le monde

Publié dans Pérou | Marqué avec , , | 14 commentaires