Nouvelle breves

Bonjour tous

L’ascension del pan del Azucar fut un succes total malgre le froid intense (eau gelee lors du bivouac), avantage : 2 jours au-dessus de 4000 metres, ca bouste les globules rouges.

Hier j’ai du affronter vent extremement violent et orage, l’orage c’est dur.

Aujourd’hui je suis a Toviar, a un peu plus de 150km de la Colombie.

Bisous a tous et details plus tard ( vous n’y echapperez pas aux details) , photos que si vous ètes sages, et surtout si debit internet.

Bisous toutes et tous

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Objectif : El Pan del Azucar, 4700 et quelques metres

Voila, j’ ai parcouru la ville en tous sens, parce qu’une Francounette cyclotouriste et abuela de surcroit ne s’avoue pas vaincue comme cela, quitter Merida sans utiliser les chaussures de rando, impensable…

Donc je suis montee en haut de la ville ( a pied), rien, le centre commercial que j’avais repere est en cours d’ouverture, donc rien, au passage ai trouve internet, ici ca ne manque pas, me suis renseignee, ai pris le bus pour redescendre ( j’aurai mieux fait de faire l’inverse), suis allee dans la zone de feu le telepherique, j’ai trouve une agence. C’est d’ailleurs dans ce coin qu’ il y a des magasins de sport, mais pas de polaire ni anorak, ferai avec ce que j’ai, en revanche Jean-Luc si tu ne veux pas trimbaler tes chaussures jusqu’ici ils vendent des chaussures de rando, qui ne m’iraient pas, je suis trop difficile a chausser, mais pour quelqu’un de normal ca va.

J’ai abandonne l’idee d’aller au Pic Bolivar, trop technique, il faut crampons, piolets, rappel pour redescendre, et compte-tenu de mon probleme musculaire et des conditions meteorolgiques qui regnent ici, et compte-tenu du fait que c’est une vraie expedition sur 5 jours avec portage, je te le laisse Jean-Luc, il faut bien que je te laisse des petits trucs.

Donc voila mom projet ( qui est bien arrête, tout est retenu, paye) .

Dimanche, lundi, repos

Mardi depart heures avec un guide, je prends mon duvet moins 35, tous mes vetements polaires necessaires, chaussure rando batons, bref le barda habituel et ma tente, qui rapport poids technicite est meilleure que celle du guide, reglage des derniers details mardi 8  heures. Mon dos ne me permet pas de porter tente et duvet, donc si le guide ne peut porter je prendrai un porteur en plus, mais parait-il que les guides ont l’habitude de porter  25 kg. Premier transport en jeep a 3000metres, puis marche jusque 4000, puis bivouac, attention, froid extreme la nuit. Le lendemain ascension du Pan del Azucar (pain de sucre) qui m’a-t-on dit porte ce nom car part en petits morceaux, comme cela ca ne changera pas de l’Oisans ou du Diois, donc ascension du pic et redescente au point 3000. C’est parait-il super. C’est aussi parait-il normal que la montagne ici me paraisse si inquietante, elle inquiete tout le monde, elle est si grande, si imprevisible: vetements de pluie obligatoire, normalement en ce moment c’est la saison seche, ca veut juste dire qu’il pleut moins qu’en aout.

Voila si tout se passe bien, Jean-Luc je te donne les coordonnees : agence Fanny aventures, calle 24, sont tres sympas, ce sont des suisses qui travaillent la. Ca coute 160 euros, tout coñpris, y compris la nourriture.

Si je ne reviens pas , vous avez les coordonnees, et je vous rappelle mes enfants, incineration, personne n’assiste a la mise a feu, Eric un peu de cendre aux Chalets de Chambran, Cyril un peu sur la ferme de la Beoux, et Elodie sur les marches de l’opera de Paris, et une ceremonie laïque avec de la musique, des fleurs, mes eloges et vous pleurez un grand coup et apres vous vous dites, quelle belle mort… Mais comme je ne vais mourir qu’ a 108 ans, patience, patience.

Suis super super contente d’avoir mis ce projet sur pied, et comme d’hab je sais que je vais y arriver.

Bisous tout le monde

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J28 : Merida, tout le monde descend…

Vendredi 18 février 2011

1ère posada dans la descente du col du Condor (4118mètres) – Merida (1640mètres)

64,09 km

Vmoy : 17,4  km/h Vmax : 52 km/h

Température : 13 ° au départ, puis 21, puis 34 avec une pointe à 42°

Dénivelée positif : 331 m Dénivelée négatif : 2167m selon compteur

Dénivelée positif selon altimètre :  H.S 

Heures sur le vélo : 3H40’47 »

Départ :9h20

Arrivée : entre 15 et 16 heures

 Résumé de l’article : (pour ceux qui roulent ou les flemmards ou les gens normaux que mon délire n’intéresse guère)

  • Objectif atteint : Merida, capitale de l’andisme vénézuelien  ·         Conditions météorologiques : 13° au départ, 29° à l’arrivée, 21° au milieu et pointes à 40°, petit vent frais, ciel couvert au départ puis se dégageant, le vent frais empêche la sensation de chaleur  ·         Etat de santé : parfait, cuisses toujours fatiguées dans les montées, visage cramé

    ·         Degré d’euphorie : un peu nostalgique comme si l’arrivée à Merida signifiait la fin de quelque chose  

50 km de descente, génial non ? Entrecoupée de quatre ou cinq montées, histoire de rappeler que les cuisses sont fatiguées, et bien sûr les dix derniers kilomètres sont ? Montants. Et les derniers cinq cents mètres ? Je pousse, oui, suis nase ça monte pas mal, je titube un peu et il y a trop de circulation, toujours ce problème aux abords des villes, heureusement que les voitures se cantonnent à la ville et à ses abords. A propos de ville pour les prochains cyclotouristes : il existe des sens obligatoires et des sens interdits, jusque là rien d’original, sauf que ces sens sont de fait, c’est-à-dire non signalés par des panneaux, il faut observer. Et dans un certain nombre de villes que j’ai traversées, on peut tourner indéfiniment en rond, dans un sens on monte, et dans l’autre on descend.

Alors cette descente ? Trop, trop géniale. D’abord c’est long, on a le temps d’apprécier. Et lentement, sûrement on passe de la haute montagne avec ses pentes dénudées et jaunes pour retrouver et apprécier le vert que j’aime tant. Au loin se profile l’observatoire astronomique de llano del alto. Les premiers arbres (des conifères odorants) sont comme une renaissance, et lentement la vie renait, la vallée est superbe, des villages apparaissent, les maisons sont pimpantes, de couleurs vives et variées, les rues sont presque propres, l’impression de grande poubelle que donne le Venezuela a disparu. La région est très touristique, les posadas toutes plus charmantes les unes que les autres abondent, quand je pense que j’ai été dans la seule posada pourrie du coin, c’est bien moi ça, j’ai quand même une excuse, c’est l’état de froiditure et de mouilliture dans lequel j’étais. Je n’ai même pas été malade avec ce que j’ai mangé hier ! Je ne sais trouver les mots pour dire combien cette descente a été un enchantement.

Une impression de gaieté, de charme fou, de nombreuses boutiques de souvenirs et de vente d’objets artisanaux contribuent par leurs couleurs vives à égayer cette superbe vallée. L’étalage de couvertures qui ressemblent plus à d’immenses serviettes de plage de chez nous rappelle que le froid n’est pas loin. Et puis je descends, je descends, ne me fatigue pas et vraiment c’est beau, beau, beau.  Les quelques montées sont juste là pour que je transpire un peu, histoire que je me gèle un peu plus dans la descente, j’ai longtemps gardé mon coupe-vent, mes gants et mon bandeau. Vers midi je m’arrête dans un restaurant et gare mon vélo au soleil. Je sors tout mon linge mouillé de la veille, le temps d’avaler une soupe, des arepas que j’aime (pas au maïs) et un jus de fruit et aussi de parler avec le restaurateur, et mon linge a séché. Le restaurateur m’ a prévenu : les dix derniers kilomètres sont montants, j’en bave, je me repose de temps en temps mais ne pousse pas, sauf les derniers cinq cents mètres (vu mon titubement et la circulation, cela devenait trop dangereux), j’ai quand même subi deux ou trois interviews, une vidéo, une traversée de rio, un passage de coulée de boue, mon vélo est retout sale, et un certain nombre d’encouragements. J’ai rencontré des vrais cyclistes et un coureur à pied. Je cherche une posada en centre ville, c’est plus pratique (et la nature je la palpe tous les jours), la première est complète, la deuxième est parfaite, un charme fou, une propreté absolue, un accueil chaleureux, une place de choix pour mon vélo et un endroit où je pourrai le nettoyer, donc parfait sauf que l’eau chaude est froide, mais c’est juste qu’il y a des heures. Pas grave. Je vais rester là quelques jours, demain et dimanche repos. Je vais me renseigner pour aller titiller la montagne. Selon les difficultés je vise le Pico Espejo (4765m) ou mieux le Pic bolivar (5007m), mais là je suis vraiment en terrain inconnu. La montagne ici est très différente de chez nous, et surtout les conditions météorologiques très difficiles, et avec la montagne il ne faut pas plaisanter, l’erreur en général ne pardonne pas. Pour l’instant personne n’a pu me renseigner, je vais voir demain. Je vais aussi essayer de contacter quelqu’un qui habite Merida et qui a laissé un mot sur mon blog et la personne dont j’ai eu les coordonnées à Chichiriviche et qui habite ici, ça c’est le programme de demain, plus la feria, et oui j’ai de la chance, demain ici c’est la fête avec parade de 2000 chevaux, à voir. Quant à mes  eaux thermales, j’avais tellement en objectif Merida que je les ai loupées, elle sont à 20km d’ici, à Tabay où je suis passée, je vais voir si j’y vais en bus ou pas. Donc programme chargé, surtout que pour monter à 5000 mètres je pense que cela ne se fait pas en un jour, je ne sais si il y a des refuges ou pas, bref je vais me renseigner, le plus sage étant quand même je pense de prendre un guide, à suivre. Ce qui est sûr c’est que je ne trimbale pas mes chaussures, mes bâtons et mon sac à dos pour rien. Mon frère Jean, toi qui calcule ma vitesse d’avancement selon des méthodes très scientifiques qui m’échappent, compte-tenu du fait que je veux titiller les sommets de chaque pays où je passe, de combien de temps je dispose à Merida, avec toujours pour objectif d’arriver en février 2012 à Ushuïa ? Je commence à avoir un certain nombre de renseignements sur la Colombie, tous vont dans le même sens, génial. Ce soir j’ai eu une discussion intéressante (et en français) avec un professeur d’université en gastronomie ou diététique, je ne sais pas exactement, il enseigne aussi en Colombie, même son de cloche sur la Colombie, donc ma famille pas de soucis, et les chamois, ce n’est pas encore demain que vous serez débarrassé de moi… Sauf que j’ai lu qu’il y avait à Merida un tremblement de terre tous les cents ans, à quand remonte le dernier ?

Ce soir je  me sens moins fatiguée, la descente ? Le plein de globules rouges ? Et ce soir j’ai mangé à en éclater, une immense salade avocats concombre tomates salade et un truc orange très bon dont j’ai oublié le nom, un énorme plat de frites, 2 portions de pain et toute une plaque de chocolat (petite quand même la plaque). Je viens de mesurer ma masse graisseuse : 1mm (pour les néophytes ça se fait sur la face antérieure du bras, on pince la peau et on mesure), je reprends du poids.

Bisous tout le monde

La’ au-dessus, c’est moi a Merida

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Aidez-moi J?

Oui, aidez-moi, je suis completement perdue dans le comptage de mes jours, qui peut reprendre a zero et me dire ou j’en suis ? je sais juste que je suis a Merida devant un ordinateur et si on s’etait donne rendez-vous sur skype ou autre il y a du debit et une webcam

Bisous

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J7 : une famille d’accueil exceptionnelle 2eme edition

Jeudi 27 janvier 2011

Musée archéologique d’Hacienda Limon – Portachuelo : 11km

Qu’il est difficile à écrire ce J7, pas tant par manque de temps que par toute l’émotion qui s’y rattache… Des gens, des inconnus, des pour qui j’étais une étrangère m’ont ouvert leur maison et leur cœur, en suis encore bouleversée…

Le matin réveil de bonne heure, je traîne un peu, il fait froid, et puis la tente est toute mouillée de rosée, j’ai un bon prétexte pour retarder mon départ, je dois attendre le soleil pour qu’elle sèche un peu, (au passage quand j’ai cru qu’elle était sèche je me suis aperçue qu’elle était sèche coté externe mais pas interne, mais je sais aussi qu’à partir de midi les nuages vont envahir les montagnes, alors je me presse un peu. Ca y est mon vélo est prêt, arrive la responsable du « camping », je lui demande ce que je dois, elle me dit que je donne ce que je veux, je lui réponds que je n’ai encore aucune expérience de la valeur de l’argent au Vénézuela et que j’ai peur de donner trop ou pas assez, elle réfléchit un peu et me dit 30 bolivares. Je parle un peu, ne suis pas une sauvage, ce que je pensais s’avère être exact, il s’agit ici d’une aire d’accueil pour les étudiants qui viennent au musée archéologique. Elle me demande de venir signer le livre d’or, ce que j’accepte volontiers, et voici encore une rencontre magique, je visite le musée, apprends plein de choses, j’ai l’autorisation de photographier, l’heure tourne, je pars il est 10 heures, je sais que j’ai 50km devant moi de route montante et ? Je pousse… Ce n’est pas la grande forme, je n’ai pas encore récupéré de mes deux jours de jeune et de la turista qui s ‘est installée, j’étudie la carte et me dis que vu l’heure, vu l’état de la route et de la pente et aussi l’état de mon corps il vaut mieux que je fasse étape au dernier village avant ma destination, soit Portachuelo, je croise la route qui vient de Chichiriviche, ma carte étant précise sur les environs de Caracas, je sais que je suis dans ce dernier village avant Colonia Tovar. Quelques maisons, dans la cour de l’une d’elle de ce qui me semble être un ferrailleur deux personnes travaillent :

–       Où puis-je dormir . J’ai ma tente…

–       Ici

–       Là ? Chez vous, je peux mettre ma tente ?

–       Non, vous allez dormir dans la maison, mais je vous préviens il fait froid la nuit.

–       Ce n’est pas un souci j’ai ma tente

C’est vrai que la nuit il fait froid, cette nuit-là je supporterai mon duvet moins 35° et une couverture.

Et voilà, l’homme m’ouvre le portail, me fait rentrer mon vélo, la femme qui travaille avec lui me dit de faire attention aux chiens (ils sont trois, dont un chien husky, je verrai qu’ils sont menés à la baguette, j’apprendrai que comme chez nous les chiens husky sont rares et chers.

Je gare mon vélo,

l’homme me fait pénétrer dans sa maison, sa femme et la petite dernière, Daniela, 3 ans ont les mains plongées dans de la pâte et confectionnent de délicieux petits gâteaux secs.

Une fois les gâteaux enfournés, la femme me proposera à manger, je dis que je viens de manger ( c’est vrai un peu de brioche et de chocolat, le peu que j’ai pu absorber), elle m’offre un verre de jus de fruit

–       Désolée, je ne peux pas, j’ai la turista, j’ai mal au ventre (et je n’ose avouer j’ai aussi de la diarrhée)

–       Buvez, c’est très bon pour le ventre.

Je n’ose refuser, je bois, je m’attends à une grande catastrophe. La maison est spacieuse mais très sale, le ménage n’est pas leur priorité, je pense que leur vérité est ailleurs, je suis en train de prendre une de mes plus grandes leçons de vie. Damelis a les cheveux très noirs et le type indien, elle respire le calme et la joie de vivre. Sa petite fille lui ressemble, comme tous les enfants du monde elle est vive et pleine d’énergie, on sent déjà chez elle quelque chose qui, à nous occidentaux, nous échappe. Puis Damelis installe deux chaises dehors, nous parlons. Damelis me prépare une tisane à base de plantes médicinales qu’elle va cueillir dans son jardin, qu’elle me montre et me fait sentir, je ne reconnais rien. La tisane en plus, bien sucrée est délicieuse. Puis j’ai le droit à un massage du bras et une imposition de sa main sur ma main, sa maison ne touchait pas la mienne et j’ai senti une grande chaleur qui me pénétrait. Puis Damelis me parle d’une douche, et m’emmène sur un chemin, je me dis que la salle de bain est au fond du jardin, je prends mes affaires et la suis, quand je m’aperçois qu’en fait nous allons nous balader, je lui dis mon erreur, elle se marre et je vais changer mes affaires de douche contre mon appareil photos.

–       Allez-y toute seule, je vous attends.

J’y vais, au passage me perds (c’est une vraie maladie chez moi). Je me retrouve et la rejoins. J’ai droit à une leçon de botanique :

–       Voici le café

–       Là les avocatiers

Et plein d’autres fruits

–       Les mandariniers

Je suis obligée de manger une mandarine, elle est délicieuse, une mandarine cueillie sur l’arbre et mangée aussitôt ça n’a pas le même goût. Je suis de plus en plus affolée sur le devenir de mes intestins qui me torturent, mais je n’ai pas le choix .Puis nous admirons les montagnes perdues dans la brume, montagnes qui le matin laissent entrevoir la mer.

–       Pourquoi tenez-vous un bâton dans la main ?

–       C’est pour les chiens

Les chiens sont gentils et obéissants, juste ils sont à leur place. Tout ici semble à sa place et Damelis est comme à la fois enracinée dans la terre et légère malgré sa corpulence, comme faisant à la fois partie de la terre et du ciel. La petite Daniela grimpe dans les arbres, elle-aussi est de cette terre et du ciel à la fois. Nous nous arrêtons un peu pour regarder, bavarder, penser. Une amie de Damelis est venue la rejoindre, elle a un air un peu triste, est très mince, habillée « inn »les cheveux décolorés, elle glane ça et là quelques fruits, elle bavardera aussi, je répondrai volontiers à toutes leurs questions.

Après avoir visité le verger, nous nous dirigeons vers le potager, une seule plante pousse, je ne sais ce que c’est. Puis nous allons dans le champ de maïs, en fait c’était l’objectif principal de notre promenade. Le maïs est rare, ce n’est pas de la culture intensive, et je vais tout apprendre sur le maïs, c’est la base de l’alimentation des vénézueliens. Je commence par apprendre à les cueillir :

–       Non pas celui-là, il faut que la barbe soit noire

–       Non la barbe n’est pas assez noire

–       Non, pas celui-là non plus les feuilles ne sont pas assez vertes.

Nous nous amusons aussi, faisons des photos, rions… Une fois les deux sacs de maïs pleins nous remontons vers la maison, au passage cueillette de « lolo ». A peine rentrés les lolos sont transformés en jus et je dois en boire, oh la la, en plus il doit y avoir de l’eau pas potable, je bois et c’est délicieux, cela rappelle un peu le citron. Damelis me fait chauffer plein de bassines d’eau et m’envoie à la douche. Dans la salle de bains il y a une douche avec de l’eau froide dont l’arrivée est commandée de l’extérieur, voilà mon sceau plein d’eau à bonne température.

–       Je crois bien que c’est la meilleure douche que j’ai jamais prise

Et je le pense sincèrement. J’ai enfilé mes polaires car maintenant il fait très froid et l’opération d’épluchage et de grattage des épis de maïs a lieu dehors. Tout le monde vient aider. La femme qui travaillait comme un homme dehors et qui a le teint très clair et les cheveux gris, je n’ai pas très bien compris qui elle était dans la famille, elle est mince, contrairement à la majorité des vénézueliennes, a le teint très clair, comme d’ailleurs le mari de Damelis (mais est-ce son mari ? Je ne sais pas, est-ce le père des enfants ? Je ne sais pas) . Damelis a trois enfants, très différents, deux garçons d’une vingtaine d’années et la petite Daniela. La femme aux cheveux blancs donne l’impression d’être une forte femme et je le dis.

–       Vous aussi êtes une forte femme est sa réponse

–       Ah ?

Je n’en suis pas si convaincue, là je suis en piteux état, je n’ai pas récupéré de ma folle équipée et la turista me torpille le ventre, je ne sais pas encore que je vais connaître pire. Tard le soir l’épluchage et grattage de maïs se poursuit, puis arrive le mixage, je crois que ce n’est pas le bon terme, mais c’est mis dans un espèce de moulin à légumes solidement fixé à la table de travail, et il faut tourner, sort de ce maïs un lait blanc et crémeux, je n’ai pas très bien compris si c’était ce jus qui servait à faire les arepas, sorte de petites galettes de maïs.

–       Tenez, voici la première

Apparemment, ce n’est pas comme pour nos crêpes, la première n’est pas raté et c’est un honneur d’avoir la première. Nous ne mangerons pas vraiment à table, par la suite j’observerai que les vénézueliens mangent un peu n’importe où, un peu à n’importe quelle heure, souvent et rapidement, et que notre sacro-saint rite du repas familial n’existe pas vraiment ici. Je mange plus que je ne peux, c’est à dire deux arepas, le fromage de chèvre rappé est très salé, et la margarine aussi. Comme boisson de la tisane, toujours de je ne sais pas quoi, mais pas la même que tout à l’heure et toujours aussi délicieuse. Une fois le repas vite avalé l’ainé des garçons sort une espèce de guitare à quatre cordes. Puis ce sera chants et danses, et quant à la question

–       Quel est le président du Venezuela ?

Je réponds dans ma grande ignorance :

–       Simon Bolivar

C’est un grand éclat de rire général, vu qu’il est mort il y a 100 ou 200 ans ! Alors on va me chercher Charlie, l’actuel président. Bientôt ce sera l’heure de dormir, mais avant j’ai droit à une grande séance de massages.

–       Vous êtes d’origine indienne ?

–       Je suis indienne

–       Damelis va chercher son collier de perles, s’en pare, continue ses savants massages, tout y passe, y compris les pieds, elle devine tous mes maux et m’en débarrasse, devant l’état de mes jambes (hématomes, nombreuses piqûres et plaies diverses, elle va m’appliquer différents onguents. Puis nous allons nous coucher, je supporterai une couverture en plus de mon duvet. Au réveil je vais encore être gâtée :

–       Mangez ça c’est bon.

Le ça en question est une arepa fourrée à l’omelette aux oignons. Je mange, j’ai du mal, je sens que ça ne va pas passer, et ça passera, et même la turista passera. Je ne savais pas qu’elle allait revenir plusieurs fois. Au jour où je vous écris (repos du 9 février à Bocono) la turista ou plutôt les turistas semblent être de lointains souvenirs. Puis arrive l’heure du départ, mais avant de partir il faut que j’écrive quelque chose sur mon fanion, alors sur les conseils de Damelis j’écrirais : « cuidado abuela », cela veut dire : « attention grand-mère », et ce « cuidado abuela » m’ouvrira bien des portes. Puis le drapeau il faut qu’il soit bien fixé, non je ne peux pas partir comme ça, l’homme de la maison va chercher une clef Allen, qui se dit aussi Allen en espagnol et refixe au bon endroit mon porte-fanion. Il est 10 heures, trop tard, et je pars, laissant derrière moi une famille exceptionnelle, mais avant, ouf j’ai du réseau, je peux appeler ma fille et la rassurer, je ne sais pas que c’est la dernière fois que je lui parle avant longtemps, je ne sais pas que je vais devoir me passer de téléphone. Et puis aussi je dois téléphoner à une amie de mon indienne et à sa mère, je ne m’en sors pas trop mal malgré mon absence de maitrise de la langue. Dernier cadeau : une plume d’indien pour me porter bonheur

Voilà, c’était juste une famille qui à la question :

–       Où je peux dormir ?

A répondu spontanément :

–       Chez nous

Je voudrais juste leur dire merci, merci pour cette grande leçon de vie.

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J28 : je suis a Merida

Voila, j’y suis, Merida capitale de l’andisme venezuelien, vais me reposer, troquer mom velo contre chaussures et batons, article a ecrire…

Bisous tout le monde

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J27 : passage d’un col à plus de 4000 mètres (4118m)

Jeudi 17 février 2011

Rincon de la Venta – 1ère posada dans le descente sous des trombes d’eau et à peine7°

31,24km

Vmoy :  6,2 Vmax : 31,24

Température : 8 ° avec des pointes à 23°

Dénivelée positif :786 m (c’est faux, j’ai surveillé mon compteur tout le lonf j’i fait plus de 1100 m, et aussi selon la carte, dénivelée négatif : 485m selon compteur

Dénivelée positif selon altimètre :  H.S.

Heures sur le vélo : 4H58’29 »

Départ :8h30

Arrivée : 16h30

Résumé de l’article : (pour ceux qui roulent ou les flemmards ou les gens normaux que mon délire n’intéresse guère)

  • Objectif atteint : col du Condor à 4118mètres d’altitude ·       Conditions météorologiques : 8° au départ, 7° à l’arrivée, 23° au milieu, petit vent glacial, 3 heures de soleil réglementaires, puis nuages, puis brouillard, puis neige, puis pluie diluvienne ·       Etat de santé : état d’épuisement chronique, pour le reste rien de grave, pas de mal des montagnes

    ·       Degré d’euphorie : élevé

    Alors là les diois vous sortez la Clairette et les non diois vous sortez le champagne. Du vélo à 3000 mètres d’altitude je n’avais jamais fait, du ski, oui. Mais du vélo à plus de 4000 mètres d’altitude, ça non, du ski d’ailleurs non plus, et surtout il ne faut pas oublier les 118 mètres derrière le 4000 car bien sûr ce sont les plus difficiles, surtout quand on te fait le coup du Mont Ventoux (pour les cyclistes), il te reste deux virages, sauf que là c’est pas deux c’est six, et que bien sûr les nuages t’ont rattrapée, et que depuis déjà un moment tu cours après les petites bulles d’oxygène qui sont passées on ne sait où et quand tu crois en attraper une, erreur c’est une grosse fumée noirâtre d’un camion poussif.

    Commençons par le commencement : je sais que je dois passer un col à 4118mètres d’altitude, je sais que la chose ne va pas être aisée, alors je me prépare, physiquement et mentalement. Pour la préparation physique le repas du soir c’est raté, pas grave. Je calcule le temps qu’il me faut, je suis à 3000 mètres, j’ai 1100 mètres de dénivelée à faire, j’ai un peu observé le temps qu’il fait : le matin il fait froid et vers midi les nuages envahissent la montagne, en gros si tu ne veux pas rouler (euh enfin rouler est un bien grand mot, vu que le plus souvent je pousse), si tu ne veux pas rouler dans des conditions météorologiques exécrables tu as un créneau de trois heures, ce qui évidemment n’est pas suffisant, mais je vais essayer de faire au mieux. Le soir je range un peu mes affaires, je décide de partir vers 8h30, donc je mets mon réveil à 7heures, car là c’est sérieux quand même la montagne à plus de 4000mètres, faut pas trop plaisanter avec ça. Mon réveil petit premier prix est complètement nase, il faut dire que je l’ai choisi parce qu’il était léger, et qu’il s’éclairait, mais surprise quand j’ai ouvert l’emballage, il fonctionnait avec de grosses piles bien lourdes, et en plus le réglage est approximatif. Je mets donc mon réveil, entrouvre la fenêtre vu le risque d’intoxication au gaz, mais j’ai l’habitude de dormir même par moins vingt avec la fenêtre ouverte, il suffit d’avoir de bonnes couettes, là ce sont des couvertures un peu lourdes mais ça va, je ne veux pas sortir mon duvet pour gagner du temps demain. Je dors, suis réveillée en sursaut par un boucan d’enfer, c’est mon réveil, et stupeur il est six heures, bien sûr je ne me rendormirai pas, bon tant pis, je survivrai. Je me lève à 7 heures comme prévu, inspecte le ciel, pas trop top, je ne sais si ce sont les nuages de la veille qui ne se sont pas encore dissipés ou ceux de la journée qui sont déjà là. Dans la cabane il fait 13°, je ranime le feu, le feu c’est mon truc, je vais brûler jusqu’au dernier morceau de bois… Je prépare mes petites affaires (au passage cela va bientôt faire un mois que je suis partie, les choses n’ont pas encore trouvées leur place et je passe toujours beaucoup de temps à chercher mes affaires et à me faire des frayeurs croyant que je les ai perdues, c’est dingue comme on, on  enfin moi, d’autres peut-être pas, on a besoin de se raccrocher à du matériel, mais pour l’instant, à part mon crayon, ma demi-gomme et mon surligneur, tout me sert… Mon surligneur c’était pour marquer l’itinéraire emprunté, mais je raconte tellement mon voyage aux gens, leur faisant découvrir leur propre pays que mon itinéraire il est imprimé dans ma tête), je déjeune devant un bon feu de bois, le soleil atteint juste la cabane, il est 8heures30, il fait 8°, je pars. J’ai trois polaires sur le dos, des collants, un pantalon polaire et des chaussettes de laine. Je pédale (je le signale, car des fois je me dis que pour ce que j’entreprends un âne serait mieux adapté… Je pédale plus que je ne pousse, cela ne va pas durer longtemps, vais bientôt plus pousser que pédaler, je trouve quand même que je manque de ressort dans mes jambes, il va falloir que je surveille un peu plus mon alimentation et surtout il va falloir que je me repose plusieurs jours d’affilée, c’est ce que je compte faire à Merida. J’ai mis mon compteur en mode altimètre, je sais qu’il y a un décalage de 300 mètres, je n’ose essayer un reréglage de peur de déglinguer encore un peu plus le truc, je me mets dans la tête que je dois faire 1000 mètres, me disant que les derniers cent mètres ce sera du bonus… Le ciel est plutôt laiteux et le cristallin d’hier a disparu, la montagne recommence à devenir inquiétante, parfois oppressante, je vois derrière moi une énorme masse nuageuse, je me dis que la course engagée contre les nuages va être difficile à gagner. A environ trois cents mètres (en dénivelée) de la Venta, il y a un refuge en cas de fort vent mais le portail est fermé, il y a un numéro de téléphone à La Venta, je ne sais trop comment ça fonctionne. En attendant du vent il y en a, pas trop fort mais glacial, j’enfile mon coupe-vent que je ne quitterai plus de la journée. Quant à mon bandeau polaire il va faire des aller-et retour jusque vers 3500, puis restera sur ma tête. Mes mitaines resteront bien sur mes mains, et mes gants polaires aussi, sauf le gant droit le temps d’une photo. A 3400 mètres d’altitude les salades cessent de pousser, mais les chevaux paissent, à 3600 mètres , même les humains désertent la région, et bientôt ce n’est plus qu’herbe rase, pierres et une espèce de plante grasse basse dont j’ignore le nom. Sous le soleil la température affichée à mon compteur est de 21°, elle va même passer à 23° quelques minutes, mais la sensation est glaciale, peut-être le petit vent froid… La montagne est grandiose. La route excellente et presque déserte va d’abord grimper la montagne au-dessus de La Venta, puis va passer sur une autre vallée, la grimper, puis elle va enjamber une autre montagne, et quand on croit qu’on est arrivé au col, et bien non, elle rechemine le long d’une montagne pour finir par la grimper et enfin (après les six virages type les deux derniers du Ventoux) arriver au vrai col. Plus je prends de l’altitude, plus le paysage devient montagne majestueuse où bientôt seuls auront droit de cité les pierres, quand même quelques fleurs réussissent à pousser. Sur la gauche plusieurs pics acérés dont le plus haut s’appelle (je n’en suis pas sûre) le Pic de la Culata. Consciente de la difficulté de ce que j’entreprends aujourd’hui, je ne force pas trop sur les pédales et si c’est trop dur je pousse, je crois bien que j’ai du pousser 99% du temps, mais l’objectif que je me suis fixée est d’y arriver, si possible avant les nuages, mes chances de gagner la bataille (avec les nuages, car y arriver quand j’ai décidé j’y arrive…) s’amenuisent de minute en minute, je bois beaucoup de coca, suce quelques bonbons des belges, repousse l’heure du pique-nique, je me dis que je mangerai quand j’aurai fait 800 mètres de dénivelée, en attendant je décide d’avaler ce que je crois être une barre de céréales donnée par les belges, horreur c’est une saucisse directement importée d’Allemagne, si j’avais su elle aurait été la bien-venue hier… Dans cette ambiance très montagne et assez spectaculaire, je finis par faire mes imposés ( les 800 mètres) et que vois-je ? Un restaurant. Pour une somme très modique j’ai une excellente soupe, une excellente arepa, différente de celles que j’ai mangé jusqu’à présent, peut-être est-elle faite avec une autre farine que celle de maïs et un verre de jus d’abricot. Dans ce pays ils font des jus de fruits avec tous les fruits, il les mixent, rajoutent eau (pas beaucoup) et sucre, c’est délicieux, c’est plein de vitamines, plein d’énergie et ça ne donne pas la turista. A l’intérieur du restaurant il fait froid, je leur demande si je peux manger dehors au soleil à l’abri du vent, aussitôt dit, aussitôt fait, comme d’habitude j’ai ma petite cour de curieux, maintenant je leur demande de corriger mon espagnol, sinon comment progresser ? Et je les fais voyager dans leur propre pays, je leur raconte aussi la France quand ils me le demandent, bref je me comporte comme il faut. Eux m’apprennent aussi plein de choses : le téléphérique de Merida est toujours fermé, samedi il y a une parade de 2000 chevaux à Merida, je vais essayer de voir ça. L’espace de quelque secondes je me dis qu’une sieste au soleil à l’abri du vent aurait été un moment de pur bonheur, mais je ne veux pas mettre ma vie en péril, ici les conditions sont très difficiles, notamment les conditions climatiques et il ne faut pas traîner. J’ai toujours les yeux rivés (quand même je regarde la montagne) sur l’altimètre de mon compteur, enfin arrive les 4000mètres je suis heureuse, heureuse, si heureuse que je perds de précieuses minutes à photographier les nuages qui se lancent à la vitesse grand V à l’assaut de la montagne, mais là ce n’est pas photographier qu’il faudrait mais filmer, c’est impressionnant, cela part en volutes, ça va dans tous les sens, ça vous envahit, vous laisse puis vous reprend pour ? Ne plus vous quitter… Dans la folle course du nuage et de l’abuela, que croyez-vous qu’il arriva ? Ce fut le nuage qui gagna, ce fut d’ailleurs bien pire, mais suspens, suspens… Voilà patiemment, lentement, laborieusement même nous voici, moi, ma bicyclette et ses monstrueux bagages au « colado del Condor », le plus haut col du Venezuela, 4118mètres, le temps d’une petite bafouille avec des touristes vénézueliens, avec une jeune femme qui vend des souvenirs (qui au passage m’invite chez elle à Chachopo, mai j’y suis passé avant-hier et je ne rebrousse pas chemin), le temps de m’informer sur ces drôles de friandises qu’ils vendent, le temps de quelques photos… Et ? Que croyez-vous qu’il arriva ? Je vous rappelle qu’il y avait une bataille engagée entre les nuages et moi, bien sûr ce sont les nuages qui ont gagné mais ? Tempête de neige, parait-il que c’est en août qu’il neige, je sais bien que je suis exceptionnelle, mais messieurs dames les vénézueliens vous n’étiez pas obligé de me commander la neige, je vous crois sur parole, je suis à 4118mètres. Tandis que j’écris j’en suis à la deuxième fournée de réanimation de doigts paralysés pour cause de froid, la troisième en deux jours, ça commence à faire beaucoup. Ne pouvant utiliser la technique de douche brulante vu que je suis dans une posada pourrie de chez pourrie et chère, c’est dingue je vais dans un truc presque de luxe c’est 150 bolivares la nuit, là je suis dans un truc vraiment en dessous de tout et c’est 100 bolivares la nuit. Revenons à la tempête de neige, au début c’est drôle, après moins, vite je me couvre et entame la descente, je vais très prudemment car la route est mouillée, mon frein avant ne freine pas assez, il faut que je le règle, et mes mains progressivement se paralysent, et… la chute de neige se transforme en trombes d’eau glaciale, le temps que je m’arrête pour me protéger je suis intégralement trempée et gelée, j’ai du mal à renfiler mon gant, je découvre que ma cape a un système d’élastique pour passer devant le guidon et protéger mes mains de l’effet délétère de la pluie et du vent froid, mais c’est trop tard, mes mains sont limites. Que vais-je faire des trucs que j’ai si amoureusement confectionnés et que j’ai testé lors de ma première pluie et qui ne sont pas pratiques, les jeter me fait mal au cœur, si j’essayais de les transformer en protège-pieds ? Idée qui me vient soudain à la tête et que je vais étudier car la cape ne protège pas mes pieds et ils sont trempés, tout ce qui était dans ma sacoche avant gauche est aussi trempé, car le temps que je l’ouvre pour prendre de quoi me protéger et aussi le fait que je l’ai mal fermée au col, fuyant trop vite la tempête de neige. Dommage qu’il pleuve autant,  la route est belle, serpentant dans une montagne dénudée, je passe un premier petit village, dans le deuxième il y a une posada, je ne fais pas la difficile, je suis trempée et gelée. La douche tiédasse ne me réchauffe pas, il fait 7° dehors à mon arrivée et il est 16 heures 30, je n’ai noté ni mon heure d’arrivée au col, ni les kilomètres pour y parvenir, l’ivresse de l’altitude peut-être, surtout celle de la réussite, peu importe le temps que j’ai mis, peut importe que j’ai plus poussé que pédalé, j’ai réussi, pour la première fois de ma vie j’ai gravi un col à plus de 4000mètres en vélo, et qui plus est un vélo chargé. La douche ne me réchauffant pas j’utilise ma technique des deux duvets qui finit par marcher au bout d’un temps plus ou moins long. Je suis inquiète sur le séchage de mes vêtements car dans la chambre, même les gouttes d’eau sur le vélo et les sacoches ne sèchent pas. Je suis réchauffée, il est l’heure d’aller manger, quand je vois ce que la posada propose, c’est sale, peu avenant, des arepas fourrés avec ce qu’on veut, je réfute la viande hachée, je choisis une espèce de salade et des œufs durs dans une espèce de sauce, je vais avoir ma turista, c’est sûr. L’arepa a comme souvent un goût d’huile rance ( ils la font réchauffer dans un appareil un peu huilé jamais nettoyé qui donne cet arrière goût caractéristique). En plus la salle du restaurant, qui sert aussi de boutique de vente de souvenirs est ouverte à tous vents, et je suis sûre qu’il ne doit pas faire plus de 5° dans la pièce. J’avais amené mes chaussures en espérant trouver un endroit chauffé pour les faire chauffer, un non à peine poli m’a été rétorqué. J’avale en vitesse mon arepa, j’ai encore faim, veux acheter du chocolat l’équivalent de 2 euros les 7 grammes d’un mauvais chocolat, je me contente de sept grammes, car quand même il ne faut pas me prendre pou une idiote. Retour à la chambre, enfin si on peut appeler ça une chambre, je me demande bien comment vont sécher mes affaires, je peux en mettre quelques unes avec moi dans le duvet ( je dors dans mon duvet, le drap n’est pas propre). Je mets mes chaussures sur le porte-bagage vu que le sol ruissèle d’humidité et… ??? Ca ressent le gaz, ce n’est pas possible, je ne vois pas d’appareil à gaz, je me dis que que je ne suis pas folle, je veux bien admettre que j’ai des hallucinations gustatives, mais pas olfactives, probablement que c’est leur appareil en bas qui sert à réchauffer des boissons qui a des émanations de gaz et que ça passe par les multiples trous de la chambre d’où émergent fils électriques et antenne de télé. Je ne veux pas mourir intoxiquée, la fenêtre de la chambre ne s’ouvre pas, avant de me décider à dormir porte ouverte je vais inspecter la salle de bains, j’ouvre la fenêtre et le rideau ( que je n’avais pas réussi à ouvrir, ce qui fait qu’à chaque fois que je le touchais j’avais envie de me relaver les mains, sauf que pour sortir de la salle de bains il fallait retoucher le rideau, certains appellent ça le mouvement perpétuel) mais là devant la menace de mort imminente j’ai trouvé le moyen de tirer ce rideau. Je retourne me blottir dans mon duvet, et là dans un coin : une source de chaleur et des traces noires qui en sortent, voilà le gaz, derrière il y a un chauffage à gaz, du coup j’ai trouvé le moyen de faire sécher mes chaussures, je réalise un système complexe d’attaches en utilisant le fil électrique qui va à la télé (en plus de mourir intoxiquée vais mourir par explosion car gaz plus étincelle ça fait boum) et deux de mes tendeurs; l’un sert à pendre, l’autre fait contre-poids, on dirait pas, mais de descendre la Cordillère des Andes en vélo, en solo et en autonomie, ça développe pas que les mollets, ça développe aussi l’intelligence. Question : quand on respire et que ça fait de la buée il fait quelle température ? C’est celle de soir, je crois que je dois être vers 3600 mètres. L’avantage de ma maladie musculaire, c’est qu’après la paralysie il y a une déparalysie, c’est comme une renaissance avec tout le bonheur qui l’accompagne. Je pense que dans l’ensemble  (toujours des précautions oratoires, j’ai tellement horreur des généralisations) je pense que nous ne savons pas apprécier à leur juste mesure les petits plaisirs de la vie et même la vie tout court, comme respirer un bon air (ici c’est duraille, une camionnette qui passe c’est dix minutes de pollution, même à plus de 4000), le plaisir d’être en bonne santé, le plaisir d’avoir à manger et à boire. De faire ce que moi et d’autres entreprennent remet vite les choses à leur place. En attendant je vais devoir racheter une polaire et un anorak, j’espère trouver quelque chose à Merida. Je ne pensais pas qu’il allait faire si froid ici, et en vélo on se refroidit vite.

    J’espère atteindre Merida demain ou après-demain, cela dépendra de la pente.

    En attendant vous tous qui me soutenaient mettez vite au frais clairette ou champagne : je vous rappelle, mon premier 4000 en vélo. Je me souviens encore de mon premier 3000, j’avais quinze ans, j’étais avec des amis du village où je passais mes vacances, le nom du sommet m’échappe, famille aidez-moi (l’Alzheimer a commencé depuis longtemps pour moi) donc on va dans la vallée de la Clarée, on monte à un col dont la vallée suivante donne sur l’Italie, à l’époque on laissait la voiture là, on commençait par redescendre, ça y est j’ai le nom c’est le Grand Thabor, n’empêche qu’on commençait par redescendre, ce qui au retour faisait une bonne grimpette, mais à l’époque nous étions jeunes, juste nous ne le savions pas… Donc au sommet du grand Thabor, on m’a fait boire une goutte, juste une goutte de pastis, je te dis pas à quelle vitesse j’ai redescendu les névés. Et bien le col d’aujourd’hui c’est comme mon premier 3000, c’est comme mon premier refuge ( c’était Adèle Planchard) ma première haute montagne (là je sais plus, je crois que c’était Neige Cordier), mon premier refuge de l’Aigle, mon premier 4000, le Ventoux en vélo ou l’Alpe d’Huez et tous ces cols magiques, ou le Mont Blanc, ou le Toubkal, ou la première descente de la Vallée Blanche à skis, pourquoi tous ces premiers ( remarquez les deuxièmes aussi, et les troisièmes et les nièmes), pourquoi tant de plaisir alors que tant d’efforts et de courage sont nécessaires pour y parvenir ? Allez les philosophes, à vos plumes et répondez-moi. En un mot, même que toutes mes affaires sont trempées, même que ça sent le gaz, même que la posada est pourrie, je suis heureuse, heureuse, heureuse.

    Question accueil de la population : je ne retrouve pas dans la Cordillère la chaleur, l’enthousiasme, la joie de vivre et de partager que j’avais trouvés jusqu’à présent. Je sens que si je suis en train de crever on me laissera crever (un peu comme en France).Sinon pas de problème de sécurité.

    Question santé : je suis toujours aussi épuisée musculairement et des douleurs musculaires à l’effort, mon frère Jean quand tu as fait tes trucs extrêmes et notamment ton 7000 mètres est-ce que ça t’a fait pareil ? Moi c’est la première fois, mais je reconnais que des efforts aussi soutenus et aussi longtemps et dans des conditions climatiques difficiles c’est aussi la première fois.

    Sinon je n’ai plus de fièvre, je mouche et racle encore mais c’est clair.

    Mes piqûres d’insectes sont en bonne voie de guérison et là vu que les bestioles ne survivent pas à cette altitude, vu aussi les épaisseurs de vêtements qui couvrent mes jambes, je ne risque plus rien.

    Les tuméfactions interfessières ont disparues aussi vite qu’elles sont apparues.

    Je n’ai pas le mal des montagnes (faut dire que j’ai vraiment pris le temps de m’acclimater), juste j’ai senti deux fois mon cœur battre, et encore c’est peut-être parce que j’y étais attentive.

    En revanche ( ma copine Françoise au boulot) j’ai de petites taches allongées bleuâtres de 2mm sur 6 sur la face interne de la cuisse gauche, je regarderai mieux ça en plein jour (si j’y pense).

    Un coup de soleil sur le visage et les lèvres gercées (oui il y a quand même eu les trois heures de soleil réglementaires et soleil tropical et altitude, ça ne pardonne pas)

    Quelques irritations habituelles aux cyclistes qui disparaitraient vite si je n’avais pas oublié ma crème magique, quant à ma vaseline je l’ai retrouvée, je l’avais mise dans ma trousse à outils, ayant rangé mes outils au fond d’une sacoche, à l’abri d’éventuelles petites mains fureteuses.

    A part cet état d’épuisement tout va bien, et la tête est au ciel.

    Le chauffage est arrêté, ça ne sent plus le gaz, mais mes chaussures ne vont pas sécher… Une de mes polaires a un peu fondu, j’éloigne mes chaussures, préférant des chaussures mouillées à des chaussures fondues. Tu te rappelles Brigitte, quand après avoir marché de longues heures sous la pluie ton fils a fait cramer mes chaussures voulant les faire sécher dans ta cheminée ?

    Bisous tout le monde.

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J 26: 3000 mètres, je suis à 3000 mètres d’altitude…

Mercredi 16 février 2011

Timotes – Rincon de la Venta

19,15 km

Vmoy 5,3:  Vmax : 38,5

Température : 23 ° avec une pointe à 34° pendant une demi-heure

Dénivelée positif : 936m dénivelée négatif : 71m selon compteur

Dénivelée positif selon altimètre :  altimètre H.S. ( pile nase)

Heures sur le vélo : 3H35’36 »

Départ : 8h30

Arrivée : 13h45

Pour être dans la Cordillère des Andes, je suis dans la Cordillère des Andes. Je suis sur la plus haute route du Venezuela. Tout le monde m’a prévenu, la route est très difficile, elle monte, il faut franchir un col à plus de 4000 mètres. Ce matin réveil 7 heures, je m’active, je mange bien pain chocolat coca, après tous les salamaleks d’usage je décolle à 8h30. Surprise ce matin quand je vais charger mon vélo : un petit sac plastique est accroché avec dedans des bonbons (ce seront mes premiers), du chocolat et un petit mot d’encouragement des belges que j’ai rencontrés hier. Oui, depuis mon départ de Caracas, pour la première fois je rencontre des touristes, ils sont belges, ils sont quatre retraités, ils voyagent en minibus et ont organisé leur voyage à l’aide d’une agence allemande. Ils sont partis de Bogota, ont traversé la Colombie, ont beaucoup aimé la Colombie, les colombiens sont parait-il très accueillants, la Colombie est beaucoup plus propre que le Venezuela, ils se sont sentis en sécurité. Je les revois avant mon départ, ils me reproposent leur carrosse (nom donné aux voitures ici) (ils vont à Merida), évidemment je refuse, ils me renouvellent leurs encouragements et me font cadeau d’une boite de gâteaux. Avant mon départ un cycliste vient me saluer, la nouvelle s’est vite propagée comme quoi y avait une folle-dingue cyclotouriste qui traînait dans les parages. Hier j’ai découvert « el centro de informatio » c’est un endroit avec accès libre (gratuit) à internet pour tous, j’en ai revu dans un des villages que j’ai traversés, je ne sais pas si c’est dans tout le Venezuela ou seulement dans l’état de Merida. J’ai compris que le pays est formé de plusieurs états, que chacun a sa spécificité, il y a même un état portuguais, on y parle le portugais. A chaque entrée et sortie d’un état un grand porche enjambe la route et il y a un contrôle de police aléatoire. Moi j’ai déjà été contrôlée deux ou trois fois, mais à des contrôles inopinés au bord de la route, je n’ai jamais du sortir mon passeport, ma tête et mon baratin ont suffi, une fois ils voulaient savoir ce que je transportais dans mon chargement impressionnant, l’autre fois ils étaient intrigués par mon bracelet stabilisateur ( je rappelle que depuis que je le porte, n’ai plus du tout mal au genou alors que je traine cette douleur depuis des années, en revanche ce bracelet n’a aucune efficacité sur la douleur du dos). Donc ce matin je pars d’assez bonne heure, plus tôt je vais me geler, il faut que je calcule entre le froid le matin et le brouillard qui tombe entre midi et treize heures. Ca y est j’ai compris comment le temps fonctionne ici, enfin en ce moment. Pour les amateurs d’andisme vénézuelien je vous préviens : la montagne quand le brouillard est tombé n’est pas belle, elle est inquiétante, vous donne des frissons de partout et vous n’avez qu’une envie c’est la fuir. Mais ce matin le soleil brille et il y a dans l’air quelque chose de cristallin que l’on retrouve aussi dans nos Alpes, et la montagne est belle, belle. Un vrai torrent coule en bordure de routes, tout sourit, j’entends même un sifflement qui n’est pas un sifflement de marmotte, mais quand même c’est un sifflement. La nature ce matin est, selon l’expression consacrée riante. La route monte, la route est excellente, le revêtement non bruyant et la circulation peu intense, je profite intensément de cette Cordillère qui pour la première fois me paraît accueillante. Les dix premiers kilomètres se passent sans problème, je pédale plus que je ne pousse malgré la montée. Les dix derniers seront encore très durs, je pousse plus que je ne pédale… Ouf quand je rencontre mon cycliste du matin ( j’ai soupesé son vélo et suis encore partie avec le vélo à bout de bras en courant, c’est sûr quand je reviendrai, si je n’ai pas dépensé toutes mes économies et après avoir fait refaire mon toit, je rappelle au passage qu’il y a trois fuites dans ma maison… Donc si il me reste des sous je m’achèterai un vélo poids plume et j’en mettrai plein la vue à tous mes amis cyclistes. Suis frimeuse ? Oui, j’assume. Hier ma sœur m’a convaincue d’arrêter de compter mes sous et de manger à ma faim, donc hier soir j’ai mangé un steak, mais quand le plat est arrivé, il y avait deux quarts de pommes de terre, trois rondelles de tomate et autant de concombre, une demi-feuille de salade… J’ai rappelé la serveuse et lui ai dit que vraiment ce n’était pas possible, elle m’a ramené deux quarts de pomme de terre, un peu de riz et deux tranches de pain. Cela commence à devenir une obsession la nourriture, bientôt je vais avoir des hallucinations. Sauf que je comprends ce qu’il m’arrive : je me paye un marathon par jour, qui plus est avec des dénivelées et une bicyclette chargée, ou deux Granons, ou pour ceux qui ne connaissent pas le col du Granon un ou deux Alpes d’Huez, ou un Ventoux( au fait je recommande le col du Granon avant de partir affronter la Cordillère des Andes, 1000 m de dénivelée sur 10km, soit une pente moyenne de 10%, sauf qu’en ce moment il doit être enneigé). Ici la pente est souvent est souvent supérieure à 10%. Dans le village de Chapocono la pente devait encore avoisiner les 35%, même les vélos vides poussent, et moi je pousse à 2,4 mais dans les pentes normales (inférieures à 20%) je pousse à 4,2, et quand je pédale mais que je suis limite, je suis à 6,2, là l’équilibre devient précaire (mon frère aîné, explique moi donc la chose, la vitesse et l’équilibre). Donc ce matin tout va bien. Je m’arrête pour pique-niquer sur un rocher qui aurait été bucolique si des ordures n’y traînaient pas. De mon piédestal je domine trois épingles à cheveux et le spectacle est fascinant, il y a les camionnettes avec leur chargement de légumes (ici toute la montagne est cultivée ; choux, poireaux, oignons, céleri), pas de serre, mais un arrosage automatique qui de temps en temps vous arrose. Je ne quitterai  ma polaire qu’une petite demi-heure car une petit vent froid descend de la Cordillère. Donc je suis sur mon rocher au soleil, car le soleil est chaud mais le vent froid. Vu la limite explosive de mon sac de ships je comprends que j’ai gagné de l’altitude, une fois j’ai senti mon cœur battre un peu vite. Je suis toujours sur mon rocher et je regarde les épingles à cheveux, les camions de plus de deux mètres ne peuvent franchir l’épingle sans manœuvrer, de même que les bus… Allez je ne traîne pas trop, on m’a bien dit qu’il y avait un col à 4000 mètres à franchir, j’espère trouver un endroit où dormir avant car évidemment les nuages arrivent à la vitesse grand V. Je vois un petit village au fond de la vallée montante, je me dis que quoiqu’il en soit je dors là, c’est suicidaire compte-tenu de mon état de fatigue et des nuages qui maintenant ont envahi presque toute la montagne d’essayer de franchir ce col aujourd’hui, si il n’y a ni posada, ni hôtel je fais du sitting, le grand sitting. Ouf une posada. La dame qui m’ouvre va chercher quelqu’un, mais apparemment cette posada est fermée et ne peut me recevoir, on m’en indique une autre cent mètres plus loin, cette posada est allemande et il y a des « cabanes ». J’arrive, le portail est fermé et les chiens aboient et les nuages ne sont pas loin. Quelqu’un vient m’ouvrir, oui je peux dormir. C’est hyper cher (320 bolivares), c’est aussi cher que c’est beau, c’est aussi beau que l’hôtelière est inhospitalière, c’est aussi beau que peu confortable, enfin cela pourrait l’être, mais voilà, le sort en a décidé autrement. J’ai fait une erreur, c’est sûr. J’arrive je suis chaude, les nuages sont au-dessus de ma tête mais ne me sont pas encore tombés dessus, je me dis qu’il faut absolument que je nettoie mon vélo, que je dégraisse et regraisse chaînes et pignons, donc je m’y attaque, cela me prendra une heure et demi, ce n’est pas parfait, la chaîne est vraiment pleine de cambouis et je n’ai pas assez d’essence, mais quand même c’est mieux que rien, sauf que les nuages sont tombés sur ma têtz, qu’il fait froid (on a beau être sous les tropiques, à 3000 mètres avec le brouillard ça caille un max, donc je me paralyse les mains. Dans ma « cabane » il y a une cheminée avec un feu tout prêt, sauf que mes mains sont tellement paralysées par le froid que je peux craquer une allumette qui est par ailleurs de très mauvaise qualité, j’essaie avec mon briquet, j’ai du mal, mes mains ne répondent pas et le briquet non plus, quand enfin j’arrive à sortir une flamme le feu tout prêt se révèle aussi mal préparé que beau, je défais tout et recommence à ma façon, j’ai l’habitude de faire du feu, je rebataille longtemps pour réussir à tirer une flamme de ces allumettes et de ce briquet, et quand enfin j’en ai une, j’ai décidé que le feu prendra, et il a pris. Avec le feu il fait 16 dans la cabane, je n’arrive pas à me réchauffer, avant de filer dans mes deux duvets (le duvet et la veste en duvet) je tente une douche chaude, l’eau n’est pas assez chaude. Le feu chauffe le ciel ( bon j’ai l’habitude, c’est exactementcomme dans mon studio, juste ce n’est pas le même ciel). Je viens d’ouvrir la porte de ma cabane car je crois que je suis en train de m’intoxiquer avec le gaz, c’est féérique, il fait nuit, le brouillard est intense, ça et là dans la montagne des lumières émergent, on devine la route qui grimpe tout droit en face avec les lumières des voitures, impressionnant… Demain je dois attaquer et vaincre ce col. Me reste à reprendre des forces, c’est un peu dur ce soir, et bien calculer l’heur de mon départ, pas trop tôt à cause du froid, pas trop tard à cause du brouillard qui tombe très vite, je crois que j’ai un créneau de 3 heures, il va falloir que je vise bien et que je ne traîne pas trop en route, mais là je fais ce que je peux. J’ai déjà préparé mes polaires, gants, bandeau et cagoule. Pourquoi ouvrir la porte à cause du gaz ? Mon hôtelière qui est, je vous l’ai dit, peu accueillante m’a dit que pour manger il y avait quelque chose un peu plus haut, moi je pensai qu’il y avait un restaurant. A six heures moins le quart je suis enfin réchauffée, j’ai fait un feu d’enfer et vais lui brûler tout son bois (enfin celui qui est à ma disposition, donc limité), je sors pour essayer de trouver du coca pour demain. Je commence par batailler comme une dingue avec le portail, l’hôtelière m’ayant laissé la clef et s’absentant. Je descends deux maisons, on ne voit pas à 100 mètres. Il y a une minuscule épicerie, pas de coca, on m’en indique une plus haut, au passage je me fais un peu mouiller par un arrosage, ce n’est déjà pas drôle de jour et au soleil, mais là dans le brouillard, beurk. Je passe devant le restaurant de la posada, fermé. A l’épicerie on me dit qu’il n’y a rien d’autre. Comme dans ma cabane il y a de quoi cuisiner, j’essaie d’acheter de quoi manger, il n’y a pas grand chose : du riz, des pâtes, du thon et des sardines. J’opte pour des pâtes, mais il n’y a pas de sauce tomate, je change d’avis (erreur) et prends du riz, et je vois des œufs, je me dis que des œufs au plat feront une bonne sauce pour le riz, que je vais en faire cuire dur pour demain avec du riz froid ce sera parfait. Sauf que le riz ne veut pas cuire, je suppose que celui vendu chez nous est plus ou moins traité. Au bout d’une heure j’abandonne, ce d’autant plus que j’ai l’impression que je m’intoxique avec le gaz. Je mange pain œuf dur et toute ma provision de chocolat… Voilà une journée qui a bien commencé, qui a moins bien fini, mais je suis à 3000 mètres d’altitude, j’ai un toit, j’ai rempli mon estomac, et en plus je regarde la télé, ils disent qu’il y a eu la révolution en Egypte et que ça bouge en Iran. Si quelqu’un peut me donner quelques informations sur ce qui se passe dans le monde, vu par nos yeux de petits français, car ici la vision est différente, ce qui est normale. Quand même c’est intéressant ce que je regarde, ils parlent de tout le proche-orient, d’Israël, etc, un autre point de vue… Hier j’étais contente de reparler français avec les belges, je n’ai plus parlé le français depuis mon dernier coup de fil avec ma fille. J’entends aussi qu’il y a eu un tremblement de terre en Amérique latine, mais je n’ai pas compris où, en tous cas pas ici. Les relations entre la Colombie et le Venezuela se normalisent. Le gouvernement colombien demande la libération de tous les otages farks. Ils se sont battus dans un parlement, je ne sais pas non plus lequel. Allez dodo, demain le premier col à plus de 4000 mètres, ce ne va pas être rien. Ca sent toujours le gaz, je vais regarder si il n’y a pas moyen de le fermer, je n’aime pas ça, déjà qu’à cette altitude il n’y a palus d’oxygène, que le peu qu’il reste est pollué par des véhicules de toutes sortes, si en plus le gaz s’y met…Non, il n’y a pas de robinet et le joint doit avoir cent mille ans, je vais laisser un peu ouvert. C’est malin de payer une fortune pour dormir et d’être obligée de dormir en plein courant d’air, je serai mieux dans ma tente, mais où la mettre ? Ce matin, à moins de 10km de Timotes, il y avait deux campings, ce sont les premiers que je vois, mais il fallait que j’avance plus loin, je crois que là j’ai bien calculé mon coup en partageant la montée en deux. Il fait vraiment froid, avec mon feu 15° dans la cabane…   A Merida je vais devoir racheter une polaire et un anorak, on verra.

Hasta luego (si Dieu le veut, le gaz…)

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J26 : repos a Timotes dans un petit coin de paradis

Enfin, petit coin de paradis le matin sous le soleil parce qu’ apres les nuages rendent l’endroit sinistre
Les montagnes sont  toujours embuees

Le ciel est bleu le matin

Y a des fleurs qui restent bleues toute la journee, meme la nuit

Ou rouges

Ou jaunes

Ou rouge sombre

Les artistes ne manquent pas au Venezuela

Le repos aujourd’hui n’etait pas que necessaire, il etait indispensable, bisous tout le monde

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J25 : aller au delà de l’au-delà

Lundi 14 février 2011
Sortie de Valera (posada la Montana)- Timotes (province de Merida)
46,48 km
Vmoy : 6 Vmax : phénomènes électromagnétiques
Température : 29 ° avec des pointes à 14°
Dénivelée positif : 1288m dénivelée négatif : 639m selon compteur
Dénivelée positif selon altimètre : 6537pieds
Heures sur le vélo : 7H40’25 »
Départ : 9H15
Arrivée : 19H
Altitude atteinte à Timotes : 1818m (parce qu’au col je devais être bien plus haut), erreur mon guide dit 2025m
Tout me monde l’a dit la route est muy subida, elle monte, entre le savoir et le faire, qui plus est avec un vélo chargé il y a un monde…
Déjà j’ai passé une mauvaise nuit, des vénézueliens n’ont rien trouvé de mieux que de venir s’installer sous mes fenêtres dans la cour de la posada pour parler fort et mettre de la musique (fort comme d’habitude), une première fois j’ai crié, sans résultat, la deuxième fois suis sortie et ai crié aussi, pas plus de résultat, j’ai mis mes boules quiès, efficaces.
Je monte, je pédale, je pédale le plus que je peux, le trafic est supportable et surtout le revêtement de la route a changé, il est moins sonore, évitant cette pollution sonore infernale de tout véhicule qui passe. Pour l’instant le soleil brille et la température va même monter à 34°, je traverse beaucoup de villages, qui étant sur la route principale donnent plus l’impression citadine que village de montagnes. Parfois quand même des maisons ont été emportées par la dernière pluie. La route monte vraiment très fort, je termine les cotes en poussant. Sur la droite un gros torrent tumultueux laisse parfois deviner une montagne abrupte et austère, je ressens la force de la nature, la montagne difficile, la montagne où l’homme n’est vraiment pas grand chose, mais ceci n’est qu’un aperçu, la suite sera plus terrible. Au bout de seulement 5km je commence à peiner, je m’étais fixé un objectif de 40 ou 30km, me disant que c’était une route principale, donc sûrement plus roulable, et bien je revois vite mes objectifs à la baisse et me dis qu’il faut que je fasse 20km. Rapidement comme tous les jours les nuages envahissent la montagne et la rendent inquiétante, j’ai froid, je voudrais aussi manger, cela fait bientôt 3 heures que je roule ou pousse. Je cherche désespérément un endroit où la pente se radoucit, je décide de m’arrêter là, je me couvre mais vais plus loin pour manger car un vieux crachouilleur s’est dangereusement rapproché de moi (il faut dire que je suis pile devant sa cour où il était tranquillement assis à regarder les voitures passer (occupation principale de tous les vieux du monde), donc une fois couverte, je repars, j’ai du mal à trouver un endroit où m’arrêter, ouf une boutique, c’est inespéré car je n’ai plu ni coca ni chocolat, je fais mes petites provisions, et en plus ils vendent ces espèces de truc sucrés pleins de graines. Au passage je parle avec le jeune vendeur qui n’a que 15 ans, il me dit qu’il est colombien, qu’il est venu ici pour travailler, que la Colombie est plus pauvre que le Venezuela, j’en profite pour glaner quelques renseignements, la frontière se passe sans aucun problème, le pays est pauvre, il n’y a pas de problème particulier de sécurité. Puis je vais manger sur le rebord du champ de céleri qui jouxte l’épicerie. Bientôt j’ai ma foule habituelle de curieux, quelque me dit que je parle bien l’espagnol ( j’ai du faire des progrès), une jeune fille de 19 ans habillée avec beaucoup de goût ( la couleur de ses bagues dentaires est assorties à celles de ses boucles d’oreille) est très intéressée parce que je fais, son ipod permet d’avoir accès à internet, mais évidemment, avec les montagnes ( c’est comme chez moi), ça ne passe pas, je lui donne quand même l’adresse de mon blog, la prend en photo et lui dis que je mettrai sa photo sur mon blog, elle est ravie. Elles est étudiante en vue d’enseigner dans l’éducation spécialisée. Je suis envahie de mouches, c’est la première fois, elle m’explique les mouches sont attirées par la terre chaude du champ à coté duquel je suis installée. Mais bientôt son bus pour Valera arrive. J’ai terminé de manger et je repars, suis épuisée. Trois fois lors de la remontée sur mon vélo j’ai failli tomber dans le fossé et la troisième fois je me suis vraiment rattrapée de justesse et une voiture arrivait derrière, je renonce à pédaler, c’est vraiment trop dur, je suis épuisée, alors je pousse, je vais pousser, longtemps pousser, j’ai dépassé les 10 km, arrive La Puerta qui est une grande ville, avant La Puerta il y a une bifurcation, à gauche la Puerta, à droite une route qui va vers Timotes, je me fais préciser mon chemin, oui pour Merida c’est à droite, je vérifie sur ma carte, oui Timotes est bien sur la route de Merida, je laisse donc La Puerta à gauche, me disant que si j’y vais je vais passer encore d’interminables heures à la traverser, et surtout je me dis que si j’y vais je vais trouver un hôtel ou une posada et que dans l’état d’épuisement dans lequel je suis, je n’aurai pas le courage d’aller plus loin, alors courageusement je poursuis espérant atteindre cet objectif de 20km. La route monte (ça ce n’est pas un scoop), mais elle monte de l’autre coté de la montagne et domine la Puerta, elle traverse un village tout en longueur et très très pauvre, en bas on voit de riches haciendas, c’est la première fois que j’en vois et le contraste avec la pauvreté de ce village me dérange. Ici comme partout beaucoup de linges pendent sur les clôtures. L’autre jour en lisant un journal j’ai lu un conseil d’hygiène : laver votre jean une fois par mois, nous qui lavons du linge propre et qui passons la moitié de notre vie à laver aussi notre maison qui est déjà propre, sûrement qu’il existe un juste milieu… J’ai vu aussi à la télé des messages de prévention du choléra, le risque est de je sais pas combien sur une échelle de je sais pas combien, donc avec ça me voilà bien informée, je demande, pas d’inquiétude, il n’y en a pas dans la région où je suis, d’ailleurs plus je vais monter, moins j’aurais de risque d’attraper une maladie tropicale, juste je vais devoir affronter les écarts extrêmes de température et le mal aigu des montagnes. Je sors enfin de ce village si pauvre, une descente m’amène à une bifurcation, je prends celle en direction de Timotes, qui sur ma carte est sur la grande route (enfin grande, tout est relatif). Et me voici en plein dans la montagne, je pousse, je peine un maximum, les kilomètres défilent à la vitesse d’un escargot fatigué un jour de sécheresse. Sauf que là il n’y a pas de sécheresse, juste l’humidité et surtout les nuages si bas que je sens que je vais les toucher, d’ailleurs ça y est je les touche. Voilà j’ai atteins les 20km, j’ai rempli mon contrat avec moi-même, et que vois-je, juste sur ma gauche, émergeant des nuages ? Une posada. Elle est moche, elle est laide, elle n’est pas avenante, style bâtiment moderne complètement décrépi, mais elle est là et je suis au-delà de la fatigue. Je me dis que tous les souhaits des vénézueliens « que dieu t’accompagne » se sont réalisés. La porte est fermée, un chien aboie, une femme tente de le faire taire, j’appelle, pas de réponse, je vais voir là où il y a une plate- forme de stationnement, un gros chien aboyant me fait rebrousser chemin. Je retourne devant la posada, une jeune femme finit par pointer son nez sur un des balcons et me dit que la posada est fermée, je commence alors une longue série de où je peux dormir, et je suis fatiguée, très fatiguée, et j’ai ma « carpa », rien à faire, je passe donc mon chemin, et c’est là que les choses sérieuses vont commencer. Je suis sur une toute petite route de montagne, je crois ferment être sur la grande route. Le flanc de la montagne est à pic, quelques maisons ont réussi à grappiller quelques mètres carrés sur cette montagne rude, les quelques mètres carrés ayant été aussitôt repris par cette montagne qui règne en maître, partout ce ne sont que coulées de boues et éboulements de pierres. D’une de ces coulées émerge la moitié d’une carcasse de camion. Certaines maisons ont été miraculeusement épargnées, d’autres sont en reconstruction, là, au même endroit, là où la prochaine pluie diluvienne l’emportera, d’autres ont profité de l’éboulement pour construire un petit mur de pierres de moins d’un mètre, piètre rempart contre cette montagne qui se veut souveraine, partout la même désolation et pour ajouter à l’épouvante de l’endroit : des chiens, des centaines de chiens, souvent attachés, mais pas toujours, et des chiens qui aboient méchamment, je ne me sens pas de demander asile dans un lieu où il n’y a même pas un mètre carré de plat par personne, alors je poursuis courageusement. Par endroit la route est à peine dégagée, ne pouvant laisser passer qu’une voiture, et encore tout juste, d’ailleurs des voitures cela fait longtemps qu’il n’y en a plus, je me dis que je comprends que Merida ne soi pas un lieu touristique réputé dans le monde vu les difficultés d’accès. Quand un village me semble un peu moins susceptible de plonger dans le néant je demande asile. Les réponses sont négatives, en insistant on me dit l’école, puis on m’en refuse l’accès. Parfois on me dit que plus loin je pourrais, c’est faux, on se débarrasse de moi. A un moment je pense m’installer entre deux coulées de boue qui me protégeraient d’un éventuel passage de véhicules. La route monte toujours, je finis par passer un col dans le brouillard, le crachin me mouille, il fait 15°, j’ai froid, je mets mon bandeau en polaire. Après le col il y a une affiche avec centre d’andisme, je vois des jeunes, je me renseigne, me dis qu’il doit y avoir un endroit plat ou planter ma tente, non, c’est sûr on ne veut pas de moi ici, je le comprends, comment être la bien-venue dans un endroit si hostile ou chacun lutte désespérément pour sa survie quotidienne. Un gros quatre quatre rempli de touristes me dépasse, l’une d’entre eux me photographie, ils tentent de m’accoster en baragouinant un mauvais anglais, je réponds en espagnol, pour la première fois on me demande si je ne suis pas une gringa, je réponds que non, ils en sont presque déçus, mais pour m’aider à trouver un endroit où dormir, je peux crever. Mon calvaire va durer des heures et des heures, en plus j’ai mal à la face externe du pied gauche, il faut dire que pousser un vélo chargé n’est pas chose naturelle, moi je pousse toujours à droite, ce qui d’ailleurs à chaque fois que je m’arrête m’oblige à une séance de gymnastique un peu spéciale : je tiens mon vélo frein avant (poignée de gauche) bloquée, je repousse la béquille ( la pata ici) d’un violent coup de pied (auparavant j’ai fait une séance d’acrobatie pour la mettre, vu qu’avec les sacoches, la béquille est pratiquement inaccessible, et je ne le répèterai jamais assez pour ceux qui décident d’entreprendre cette équipée, hommes et matériels sont soumis presque à l’extrême et je crois que ceux qui nous ont aidés à préparer notre matériel n’ont pas vraiment compris ce que les machines allaient affronter), donc j’ai enlevé la béquille, j’enjambe avec difficultés ( à l’aide d’un petit saut pas vraiment esthétique la barre de mon vélo, là-aussi c’est mal adapté, suis petite, la barre est haute, et un vélo chargé est dur à maintenir en place, donc j’enjambe, puis je lâche le frein gauche, freine du frein droit (non c’est le contraire, je freine du frein droit et après je lache le frein gauche) et me voici du bon coté du vélo pour pousser, sauf que mon pied gauche il aime pas vraiment, j’ai d’abord mal à la face externe, puis au bord interne, puis au talon. heureusement maintenant la route descend plus qu’elle ne monte donc j’ai quelques séances de vrai vélo, c’est à dire sur le vélo et non à coté, et je vois la vraie route en bas (en attendant je ne regrette pas, le détour vaut le coup, et puis là pas de véhicules polluants, pas de risque d’être écrasé, et tu as voulu de la montagne tu en as), je vois qu’en bas dans la vallée il y a des endroits plats, je crois que je vais poser ma tente n’importe où. Suis bien au-delà de mes ressources physiques, et en plus il est 17heures, dans une heure il fera nuit. Je recommence ma quête désespérée d’un endroit où dormir. On me dit que je peux m’installer dans la coopérative, je me fais préciser mon chemin plusieurs fois. J’arrive dans cette coopérative qui est à l’intersection de ma route perdue et de la vraie route, un homme travaille dans un champ de poireaux ou d’oignons, il ne lève pas la tête, je l’aborde, j’y vais de mes explications, qu’on m’a dit que je pouvais dormir là, que j’ai tout ce qu’il faut, il n’ pas l’air convaincu et est peu bavard, j’ai du mal à lui faire lever la tête de ses poireaux-oignons; Arrive un groupe de cinq ou six jeunes en uniforme (des policiers ?). Je recommence mes explications, je réponds à leur curiosité bien naturelle, ils parlement avec le soigneur de poireaux-oignons, essaient de défendre ma cause, finalement ça n’a pas l’air possible, ils me disent qu’il y a un hôtel plus loin, mais où plus loin, mais à combien de kilomètres ? Au passage je vous signale que la route remonte, et sérieusement, il ne faut pas compter pédaler, pousser est même difficile, et à un moment mon lacet s’est défait et j’ai du attendre longtemps un endroit où je puisse m’arrêter pour pouvoir relacer ma chaussure. Donc ce n’est pas loin, c’est à cinq minutes en voiture, et me voilà partie pour deux heures de galère, heureusement je ne le sais pas. Cette ville de Timotes est bizarre, des maisons éparses, pas de magasins, et quand je demande où est cet hôtel, la réponse est « il n’y en pas, ou arriba, arriba, ce qui veut dire en haut », mais moi je ne peux plus arriber, cela fait bientôt 7 heures que je suis sur mon vélo, sur mon vélo est un bien grand mot, disons que mon vélo roule. Ca y est, la nuit tombe, certaines voitures allument leurs feux, moi je mets mes lumières magiques et je les mets en mode clignotant pour être sûre d’être vue. Et je redemande où est l’hôtel, les réponses sont toujours aussi variées. Des jeunes se marrent, me disent qu’il est à trois kilomètres et que je n’y serai pas avant sept heures du soir, j’ai envie de les tuer, mais ce sont eux qui ont raison. Je vois un grand porche, je crois que enfin je suis dans la vraie ville et que je vais trouver où dormir, non c’est le porche qui indique que je suis dans la province de Merida. Au moins c’est déjà ça, je me suis rapprochée de Merida. A la vraie entrée de la ville un truc toux feux éteints se rapproche de moi, je réalise trop tard que c’est un immense camion qui fait une manœuvre pour rentrer dans sa cour, je n’ai que le temps de me jeter dans le fossé tout en maintenant mon vélo, je suis très secouée, ceux qui sont atteint de la même maladie que moi savent que ces chocs brusques sont très mauvais pour nos muscles et que parfois on en reste paralysé, non c’est bon, j’arrive à sortir du fossé, je suis au-delà de la fatigue, je suis au-delà de l’épuisement, cela fait presque 10 heures que je suis sur la route, presque 8 heures que je m’escrime à faire rouler ce vélo, que j’ai eu chaud, que j’ai eu froid, que j’ai eu soif, que j’ai eu mal, mais où il est cet hôtel, je redemande, il est là, il faut encore monter un chemin très très raide, je m’y reprends à plusieurs fois, quand je le vois il est magnifique, de la verdure, des fleurs, des petits pavillons, je me dis que cela va être hors de prix, non, ce n’est pas plus cher qu’ailleurs (j’espère que j’ai bien compris le prix annoncé car vu mon état d’épuisement d’hier, peut-être ma raison aussi a failli), je titube, je demande à l’hôtelière si elle n’a pas de jus de fruit frais, ouf elle en a, si je mets pas quelque chose de sucré immédiatement dans mon corps je vais tomber dans les pommes, ouf elle a, elle se rend compte de l’état dans lequel je suis, elle m’accompagne à ma petite maison, m’apporte le jus de fruit, en une heure et demi j’ai pris ma douche, lavé mon linge, mangé et suis couchée pour une durée de douze heures. Enfin je l’ai mon petit coin de paradis. Demain je reste là, j’ai besoin de me reposer. Là je tapote sur mon ordi sur la terrasse de ma petite maison en sirotant un jus de fruit naturel que je sais pas ce que c’est mais c’est bon. Demain je vais essayer de procéder différemment, je ne peux pas comme cela continuer à m’épuiser. Détail sordide mais qui a son importance, hier sous la douche je découvre une douleur non loin de l’anus, je tente ma seule crème (anti-inflammatoire), une brûlure intense, vite je lave, après examen deux tuméfactions à petite distance de l’anus, ni rouges, ni bleues, juste deux bosses douloureuses, ce matin ça va mieux, à part cela je n’ai plus de fièvre, mouche et racle encore un peu, les intestins vont bien, l’appétit aussi, la tête se maintient.
Sur ces paroles d’un romantisme exquis bisous tout le monde.

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