J37-J38-J39 : pièce en 3 actes

Résumé : J37 : montée J38 : montée, bivouac à 3000 mètres, kidnapping par colombiens J39 : descente Météo : soleil, nuages, brouillard, bruine, pluies tropicales à doses variables, température : de froid à 34 Euphorie au zénith J37 : ça ? Monte

Samedi 26 février 2011

Tovar- Bailadores 20,90 km
Vmoy 5 : Vmax : 28,2
Température : 34 ° avec des pointes à 37°
Dénivelée positif : 689m dénivelée négatif 118: m selon compteur Heures sur le vélo : 4H06’43 »
Départ : je sais plus
Arrivée : entre 12 et 13 h
Au moment où j’écris ça dégringole vachetement beaucoup et en ce moment c’est la saison sèche, alors la saison humide ça doit donner, mais il n’y a pas de mystère pour que ce soit si vert il faut qu’il y ait de la pluie, et en plus partout ici des réservoirs et irrigation par aspersion intensive (attention les cyclos on se fait asperger, quand il fait chaud ce n’est pas grave, mais quand il fait froid c’est très désagréable), du coup deux récoltes par an… J’ai découvert une autre chose ici c’est que la terre est chaude, quand le soleil montre son nez il est très chaud, la terre l’absorbe et le restitue, du coup si je suis sur une route sans voiture je pique-nique assise à même le goudron pour bénéficier de cette restitution de chaleur, moi je vous dis que les voyages ça forme pas que la jeunesse ça fait aussi marcher la cabeza (la tête) des vieux… Donc nous sommes le 26 février, je quitte la ville qui fait en tout 8km de long et montante dans mon sens, mon hôtel étant à 3km de l’autre bout de la ville j’ai 5km de ville montante à faire,( je me répète, mais ici c’est comme cela ou on monte, ou on descend) évidemment dés qu’un embouteillage me force à mettre pied à terre, je pousse jusqu’à la sortie de la ville. Mais ce n’est pas grave, on s’habitue à tout. Dés que la pente se radoucit je réenfourche mon vélo, ça monte pour ne pas changer, mais je sens tous les globules rouges de mon corps s’agiter et je monte, la montagne est comme d’habitude très verte et très cultivée. Il fait bon, même chaud, c’est agréable, j’en oublie (erreur fatale) que je suis dans la Cordillère des Andes, mais si toi tu l’oublies vite elle, elle va te le rappeler, la plus forte, la plus imprévisible, c’est elle et pas toi, et quand tu auras froid et que t’as oublié que tu es dans la Cordillera Andina et que gants polaires, écharpe et cagoules sont au fond du sac et que des trombes d’eau froide te tombent sur la tête, et bien tu te dis, c’est bon,je retiendrais la leçon… De belles épingles à cheveux facilitent ma progression, je mets rarement pied à terre. Je pédale, même bien. Devant moi un mur vert, un instant de découragement, ils ne vont pas nous faire grimper ça, si ils vont, et devant moi un ruban asphalté, et curieusement j’arrive à pédaler. De coup de pédale en coup de pédale sous une température clémente (25° au départ, puis 34°, puis sous l’effet des nuages et de l’altitude 22°) j’arrive à Bailadores ( joli nom, cela veut dire danseurs, hier j’ai traversé un village qui s’appelle «M», rigolez pas, c’est vrai, il faut prononcer «émé», pas de photo, c’était ou la photo et pousser pendant longtemps ou pas de photo et pédaler, vu l’heure de la journée, l’altitude, les conditions météorologiques et les globules rouges qui commençaient à partir en petits morceaux le choix a été vite fait). J’arrive à Bailadores qui évidemment est bâti sur la montagne, j’arrive dans le sens montant. Au bord de la route je vois une superbe maison pas tout à fait terminée, pas du tout dans le style d’ici, mais style grand architecte moderne, avec grandes baies vitrées et entourée d’une haute grille, je ne sais pas pourquoi mais cette maison pue la drogue à cent kilomètres à la ronde, je me dis qu’ils se sont eux-même mis en prison. Les maisons ici sont toutes basses, pas d’étage, quand l’endroit n’est pas trop pauvre elles sont pimpantes, très colorées, elles ont un patio couvert (la pluie), l’équipement du patio va de la simple chaise au salon Louis je sais pas combien, certaines sont très fleuries et très jolies, beaucoup quand même sont tristes et lépreuses. A l’entrée de la petite ville beaucoup de posadas, la ville est très touristique (enfin très pour le Venezuela, parce que ça se résume à cinq posadas, le double de restaurants et deux points internet), pas mal de commerces quand même, mais dans toutes les villes il y a toujours beaucoup de commerces. Pour l’instant je ne veux pas m’arrêter, je veux juste manger. Un premier restaurant qui fait aussi posada ne propose que du poulet à la braise, je réfute et poursuis, en fait c’est la spécialité du coin, c’est ça ou rien, je vais dans un autre restaurant moins enfumé et c’est délicieux, je prends la plus petite portion (un quart de poulet) j’ai quatre morceaux dont deux beaux morceaux de blanc, servis avec ce légume dont j’ignore le nom et une sauce qui rappelle celle de mamie avec la langue ( la langue de bœuf, pas la langue de mamie), j’accompagne le tout de deux jus de fraises. Je me renseigne sur la route, on me dit que ça monte, les nuages ont envahi les montagnes, j’hésite un peu et je me dis que le mieux est de m’arrêter, même si il est encore tôt, j’ai vraiment eu là la meilleure idée de la journée, car je ne savais pas ce qui m’attendait après. J’essaie de trouver une posada dans le centre ville, on m’envoie sur un super truc beau, touristique,(les super trucs et les super pourris, en général c’est le même prix) mais ils n’acceptent pas les gens seuls, que les familles, je peux donc crever puisque je suis seule. Puis on m’envoie avec force détails à un endroit, puis un autre et c’est faux. Amis cyclotouristes, méfiez-vous, les gens ici vous racontent n’importe quoi avec une conviction rare et c’est faux, finalement je tourne pendant une heure dans Bailadores (avec mon vélo chargé et évidemment je me fais remarquer,vous allez voir, c’est important pour la suite de l’histoire) pour aboutir dans la posada pourrie et enfumée qui vend du poulet, mais la vue de la chambre est superbe, cela compense la saleté, l’eau froide, les draps sales et le reste. Quand même le soir je ne mangerai pas là, j’irai manger des arepas, pas non plus très propres,mais qui ne me rendent pas malade. Dans la rue je me fais brancher par un colombien qui me propose de m’emmener en Colombie, je lui explique mon projet, il me donne la route à suivre, toujours la plus belle route avec plein de voitures et pas de montées, je lui explique aussi que ce n’est pas mon projet, et quand je lui demande quel est le sommet de la Colombie et si il est difficile d’accès, là il n’y a plus personne. Forte de ces renseignements je vais dans un premier point internet, l’attente est de 45 minutes, la personne m’explique que le samedi il y a beaucoup de monde. Les jeunes jouent ou vont sur facebook. On m’indique un autre point internet, Je vais y passer beaucoup de temps, je me caille un max (climatisation à 17°), me fait aussi brancher par un jeune colombien, il me dit avoir vingt ans, ce que prouve sa carte d’identité, mais je pense qu’elle est fausse et qu’il a moins de quinze ans, je lui donne deux bolivares pour qu’il puisse avoir une demi-heure supplémentaire de net. J’ai des problèmes pour retirer ma clef USB en toute sécurité, du coup je discute avec un vénézuelien cette fois-ci. Il me dit que je parle bien l’espagnol, je suis très flattée. Retour à la posada pourrie, je me fais une opération à cœur ouvert de l’ongle de mon deuxième orteil gauche avec en guise de scialytique ma frontale, j’ai un hématome sous-unguéal (suite à l’ascension del Pan del Azucar) j’évacue bien l’hématome, fais un bon coupage d’ongles, désinfecte le tout, aujourd’hui tout va bien, opération réussie. Ce soir je me fais une refais une opération pour parfaire le coupage, toujours à la frontale, vu l’éclairage d’ici, suites opératoires dans les prochains jours. Partout où je passe je me fais repérer, même quand je repasse en civil, on me dit : «vous êtes la dame à la bicyclette ?», ce qui peut aider quand on a perdu son hôtel et le nom et que l’on dit que l’on cherche un hôtel bleu et blanc alors qu’il est vert et blanc «Vous m’avez vu passer deux fois avec la bicyclette ?» «Oui» «Alors c’est que je suis sur la bonne route, je vais continuer et retrouver mon hôtel» et ça marche. A plus je vais affronter la pluie et manger. En fait dans les villes qui par principe ne sont pas en altitude il ne fait pas froid et la pluie est très supportable. Le lendemain J38 J38 : Bivouac à près de 3000mètres et kidnapping par des colombiens Dimanche 27 février 2011
Bailadores – Cote 2960 mètres dans los Paramos del Batallon y la Negra
20,90 km
Vmoy 6,2 : Vmax : interférences électromagnétiques Température : départ 25 à 31° puis 15° pluie, puis plus basse Dénivelée positif : 1073m dénivelée négatif 42: m selon compteur Heures sur le vélo : 4H59’23 »
Départ : 9h15
Arrivée : vers 16 heures ou plus Je ne me presse pas trop, il y a un rayon de soleil qui pénètre dans ma chambre, j’en profite pour essayer de faire sécher mon linge, erreur, d’une part pour le linge, vu qu’il sera entièrement remouillé et pour moi, vu que je pars trop tard et serai entièrement mouillée… Je m’étais renseignée sur la route : ça monte. La chaleur et la facilité de pédalage d’hier m’a un peu embrumé le cerveau. Je pars cool, pas de préparation mentale particulière. Nous sommes dimanche et le dimanche c’est le meilleur jour pour rouler, sauf que là il n’y a vraiment pas de monde, pour ainsi dire personne. Quand j’ai demandé à la posada la route pour St Christobal, ils ne connaissaient pas, la route pour La Grita, pas plus, j’aurais du tilter, parce qu’ici les gens craignent la montagne et n’y vont pas, donc si il n’y a personne sur la route ça veut dire ? Montagne, et dans la montagne il y a quoi dés 11 heures voire même ces derniers jours avant ? Des nuages. Qui dit nuage dit brouillard et bruine ou pluie. Si chaque première petite goutte de pluie se transformait en averse tropicale, on saurait et on se protègerait aussitôt, mais non des fois c’est que quelques gouttes, et si quelques gouttes et imperméable en haut, en bas, et au-milieu, on se mouille par le dedans, donc on attend de voir, sauf que si ça se transforme en averse tropicale, et bien là c’est trop tard, ça tombe d’un coup à sceau, donc de toute façon t’es mouillé, je pense que le mieux pour ceux qui ne craignent pas de voir se paralyser leurs muscles dés que la température est en-dessous de vingt cinq est de pédaler en maillot de bain, sauf que si le soleil apparaît c’est la brulure à tous les coups et qu’en plus ,c’est comme en France, ça ne se fait pas. Je monte allègrement, la route déserte me permet de choisir ma trajectoire, de ne pas me laisser enfermer dans le creux des épingles à cheveux, la route est magnifique, comme je les aime, et j’en profite un max, je suis quand même un peu inquiète quand je vois un écriteau «La Grita 77km », sur ma carte je l’estimais à 30km. Les paysans sont dans les champs et travaillent. Plus ça monte, plus je suis dan les nuages, plus l’air se rafraichit. Je pique-nique assise à même la route qui renvoie de la chaleur, je suis à coté d’une tombe, les routes sont émaillées de tombes, au début je croyais que c’était comme chez nous les fleurs pour ceux qui se sont tués sur la route, non, visiblement ce sont juste des tombes, cela va de la plus petite et simple à la plus élaborée, voire un véritable monument. Je ne les ai pas encore prises en photos, vu que c’est souvent le même problème, tu t’arrêtes, tu repars pas (enfin pas sur ton vélo). Je monte, je monte encore, en fait je ne fais que cela toute la journée, je monte (et en pédalant et je suis sûre que ce sont les globules rouges fabriqués, et Vérocyclette je sais que ce n’est pas psychologique, je sais très bien quand je monte avec la tête ou avec les jambes (Le Ventoux j’y suis allé trois fois, et bien une fois je l’ai monté avec la tête), donc là je monte avec les jambes, il n’empêche que les premiers coups de pédale du matin sont toujours aussi durs pour les cuisses. Soudain j’entends, quelques épingles au-dessus de moi des gens qui parlent fort, il y a une maison, je crois qu’ils font un peu la fête, certains jouent aux boules sur une minuscule piste cimentée. Juste à coté un grand écriteau, je crois que je suis au bout de la montée, mais non c’est une bifurcation : à gauche La Grita, à droite La Grita. Je me renseigne auprès des joueurs de boule, à droite c’est plus long, mais ça monte moins, à gauche ce n’est pas pour les cyclistes, ce message et l’étude de ma carte me disent que je dois aller à gauche, et j’ai raison, oui ça monte, mais absence de circulation et vraiment c’est beau, il pleut un peu, je ne mets que mon kwé (qui est pas un kwé), ça descend un peu et la pluie devient averse tropicale, trop tard, je me suis gelé les mains, j’enfile au plus vite pantalon kwé (qui est pas kwé) et cape, sous ma cape magique et sous l’effet de la remontée je me réchauffe. Mais ça monte, et ça monte encore et il pleut très fort, ça fait une flaque au milieu de ma cape, j’évacue. Je ne sais pas combien de temps ça va encore monter, je ne sais pas si ils vont me faire passer un col à 3000 ou à 4000, je fatigue, je mets pied à terre de plus en plus souvent et maintenant tout le temps. Une camionnette passe, me propose son aide, j’explique que je cherche un endroit où dormir, oui j’ai décidé de m’arrêter dés que je trouverai 2mètres carré de plat, même dans un endroit isolé au bord de la route, je sais que je ne risque rien si ce n’est la curiosité dans un premier temps, et après les encouragements. Je ne sais pas d’où vient la réputation de dangerosité de ce pays parce que vraiment je me sens très en sécurité, je sors la nuit sans problème et sans peur, peut-être que maintenant je ressemble à une vagabonde, je n’en sais rien, ou peut-être je me fonds dans la population locale, ou peut-être je suis une star et on me vénère… C’est vrai que les vénézueliens eux-même sont méfiants et disent de ne se fier à personne, et si souvent il y a des grilles aux petites épiceries, c’est pour permettre à la vendeuse de vaquer à d’autres occupations et éviter aux enfants en bas-âge et aux abuelas ayant perdu la tête de se précipiter sur la route et de se faire écraser. Les occupants de la voiture me disent qu’à dix minutes (au secours dix minutes de quoi ?) il y a un bon emplacement. Pour l’instant à droite il y a l’à pic de la montagne, à gauche l’à pic de la montagne, plus ronces, plus fils de fer barbelés pour les vaches (ou les taureaux) qui quand elles (ou ils) se retrouvent sur la route ne peuvent plus retourner dans leur verts pâturages, en plus de l’à pic il y a aussi des ronces, et dormir dans le fossé, impossible vu qu’il se transforme en fleuve impétueux sous l’effet de la pluie. Enfin je vois un deux mètres carrés, mais c’est vraiment petit, en plus c’est un WC public, et je crains que l’unique voiture qui passe ne m’écrase, je note quand même le kilomètre, c’est au kilomètre 30,33, je poursuis mon chemin et là dix mètres carrés qui me permettent de ne pas être sur la route. Un peu plus loin au-dessus une ferme. Je suis à nouveau épuisée. Je plante la tente en me disant que les occupants de la ferme vont rappliquer, non, rien. La pluie s’est calmée. Je me mouille intégralement les pieds. Dans l’herbe il y a plein de bêtes et des limaces. Une fois la tente plantée je porte tout mon barda à la porte de la tente pour éviter de faire rentrer trop de bêtes. Que deux bêtes dans la tente que je tue. Il y a un petit accroc dans le tapis de sol, pour le reste ma tente est super, j’ai eu un peu de mal à la monter car le guide avait retendu les attaches et je n’arrivais pas à enfoncer les tubes, une fois compris le truc ça a été tout seul. Vu que personne n’a rappliqué alors que je suis sûre que l’on m’a vue je débale mes petites affaires, il repleut, je me glisse dans mon double duvet, je mange mes sardines à la sauce tomate, franchement à éviter (la sauce tomate), quelque soit le soin que tu prennes t’es sûr d’en mettre partout, j’entends un peu le camion de la ferme qui rentre et qui sort. Quand même je ne sors pas mon ordinateur, j’évite de montrer que j’ai un ordinateur, sinon je crois que ma réputation de clocharde en prendrait un coup. J’entends à nouveau un véhicule qui s’arrête à ma hauteur, je n’ai aucune peur mais je ne bouge pas, et là le coup fatal, on m’appelle par mon prénom, je suis quand même obligée de sortir la tête de mon igloo, je ne peux pas rester là, c’est trop dangereux, j’essaie de négocier, rien à faire, il faut que j’aille planter ma tente à la ferme au-dessus, snif, snif, moi j’étais bien, allez une heure de deponer (enlever) la tente, de tout remettre n’importe comment dans les sacoches, j’évite quand même de mélanger le mouillé et le sec, l’idée de remonter tout mon vélo chargé me rebutte, alors je ne charge que les sacoches et le reste je l’emmène au portail de la ferme, alors ILS (les colombiens kidnappeurs de Francesa) arrivent avec leur camion, leur intention étant de m’éviter de monter avec mon vélo chargé, j’accepte pour les sacs mais je monte le vélo chargé expliquant qu’il est fragile, c’est vrai. Et voilà, rekidnappée, au début ils voulaient me faire mettre la tente à l’entrée de leur maison, mais c’était plein de pierres, je leur dis que je préfère la mettre dans l’herbe, mais c’est sous la gouttière du toit, ils me le déconseillent, je dis que je peux dormir par terre sur mon matelas dans la cuisine et je vais finir dans le lit d’une des personnes de cette maison. Voilà, et nous nous croyons les meilleurs du monde, moi je pense que nous avons beaucoup de progrès à faire, nous avons peut-être de jolies maisons toute propres, mais dont la porte reste fermée à l’étranger. Ces colombiens sont des cultivateurs depuis longtemps émigrés au Venezuela. Il y a un couloir étroit qui dessert trois chambres où vivent trois familles, plus un ou trois ouvriers agricoles. Une grande salle de séjour cuisine, et tout ce petit monde vit très bien ensemble. Dans une des chambres il y a trois lits superposés, chaque chambre est équipée d’un téléviseur; Dans la cuisine-salle de séjour une radio crépite et me rappelle les jours heureux où les refuges n’étaient pas équipés de téléphone et où chaque refuge communiquait avec le suivant pour dire qui franchissait la brèche de la Meije, qui arrivait et qui repartait et le temps qu’il faisait ou le menu du soir, et bien là c’est pareil. Les fermes sont en pleine montagne, à presque 3000 mètres d’altitude, cette radio est un lien important entre les personnes d’une même ferme et ceux d’une autre. La maîtresse de maison a une allure très moderne avec ses cheveux noirs très courts, elle a 48 ans, pas une ride, et est déjà grand-mère d’une petite fille de quatre ans, matin et après-midi elle fait les aller-retour en camionnette pour emmener les enfants à l’école (son dernier et sa petite-fille) au village voisin. Tout de suite je sympathise avec cette femme, elle s’appelle «Nubia», quel joli nom, elle me dit qu’elle me reçoit sans cérémonie, je lui dis que cela me va très bien, je hais les cérémonies, j’ai droit aux photos d’usage, à la visite de lointains voisins et je dois remanger : des pâtes, oui encore des pâtes, mais ouf sans la viande hachée, elles sont bonnes ces pâtes, je demande à quoi est faite la sauce: lait et mayonnaise, curieux, mais essayez c’est pas mauvais ( pendant que j’y pense, mon fils Cyril si tu as le courage de me lire jusque là, un jour j’ai commandé un truc, je ne savais pas trop ce que c’était, en fait c’était un genre de tartiflette avec unes escalope de dinde au fond, essaie, trop bon, bonjour les calories, mais pour nous c’est ce qu’il faut. Je remange, je me dis que ça ne peut pas me faire de mal : pâtes, pommes de terre et bananes frites. Quand je leur dis qu’en France on mange les bananes crues, ils me regardent bizarrement… Le chat est enfermé dans un grand filet pour les pommes de terre, Cyril c’est aussi une idée pour ton sweffer. On me montre «el bano» là je suis comme mon vélo, je crie pas la douche, pas la douche, à l’eau froide et avec le froid qu’il fait, non, ouf c’est juste pour les toilettes, il faut passer dehors sans lumière et il y a un WC sans chasse d’eau, un sceau que l’on remplit avec le jet de la douche froide commandée par une vanne. Tout est plus que rudimentaire ici, mais le bonheur et la joie de vivre d’une vie simple, tranquille et proche de la nature vous envahit facilement. Demain matin quand il fera jour il faudra que j’aille voir les poules. Nous nous couchons de bonne heure (9 heures), moi ça me va bien. Je refuse une couverture propre, j’ai mon duvet. Ici ils dorment sans drap, juste avec les couvertures, et la petite avec qui je vais partager la chambre dort toute habillée, inutile de dire qu’il n’y a ni douche le matin, ni le soir pour personne, il fait trop froid et il n’y a pas d’eau chaude. Dans la nuit quelqu’un frappe violemment à la porte, peut-être était-ce le mari de la fille ainée de mon hôtesse ? Dodo

J39 : que du bonheur
Mardi 2 février 2011
Ferme perdue dans le Paramo Batallon y la Negra à 3000 mètres d’altitude – La Grita
27,62 km
Vmoy 13,3 : Vmax : 46,3
Température : 15 ° à 26°
Dénivelée positif : 189m dénivelée négatif 1692: m selon compteur Heures sur le vélo : 2H04’35 »
Départ : vers 8h30
Arrivée : vers 13h
A 5h45 la radio à tue-tête réveille tout le monde, aux champs il faut vivre avec le jour, je reste dans la tiédeur de mon duvet, je dors à moitié, je me vois en train de donner un cours de roller à ma fille et c’est dingue les pirouettes que je fais, je crois que cela fait des années que je ne fais que des cauchemars, et là un rêve, un beau rêve, un vrai rêve… Jusqu’à ce que la maman vienne réveiller Lady-Johanna, qui est très très belle mais si timide que je n’ai pas entendu le son de sa voix. Pas de douche le matin, mais des chaussures impeccables longuement cirées la veille au soir par la maman qui attend son deuxième pour dans un mois, et puis plein de petits nœuds dans les cheveux, toutes les petites filles ici sont impeccablement coiffées, et l’école c’est sacré, uniforme, chaussures et coiffure impeccables, le reste ce n’est pas une priorité, remarquez que moi dans le froid je ne me lave pas non plus. Et écoutez-moi bien, moi qui répugne à beaucoup de laitages je bois une soupe de lait salé, oui, oui, du lait salé bien sûr avec des arepas, qui dans cette région ne sont pas au maïs. Avant de partir je dois attendre le retour de Nubia pour les adieux et la visite du poulailler. Pendant ce temps un des hommes à qui j’avais parlé de mon problème de frein me montre comment le raidir, il me fait remarquer que mon patin est mal positionné, il s’en va, les champs n’attendent pas. Je fais l’erreur de vouloir remettre le patin en place mais à nouveau mon frein ne revient pas, finalement j’y arrive, sauf que en arrivant à la Grita qui ? Est construite sur une pente, il faut suivre, mon frein arrière se bloque d’un coup. A l’hôtel (que pour une fois je trouve très facilement, peut-être parce qu’il sont deux l’un en face de l’autre et qu’ici quand vous demandez votre chemin on ne vous dit ni à droite ni à gauche mais «arriba» (en haut) ou baja (en bas) où il y a une cour et avant qu’il ne pleuve je vais rebatailler plus d’une heure avec ce frein, ce n’est pas parfait mais je pense que c’est bon, j’ai procédé par tâtonnement sur les vis cruciformes pour que mon frein revienne et je pense que si je n’arrive pas à régler les patins c’est que ma roue doit être légèrement voilée. Il faut que ça tienne jusqu’en Colombie, parce qu’ici pas de vélo, donc pas de magasins de réparation. Ca dégringole, ça dégringole la pluie, c’est impressionnant. Je me demande si la super tente résisterait à un déluge pareil, et j’imagine que ça ne résiste pas, pas d’affolement, si pas d’abri possible, je mets kwé veste et pantalon, la cape de pluie et la couverture de survie sur mon duvet, et… je prie le ciel que ça s’arrête. Revenons au temps où j’étais otage des colombiens et où on me faisait boire du lait chaud salé. Je charge mon vélo, Nubia est de retour, un coucou aux poules, les adieux, échange de mail, enfin Nubia va voir avec sa sœur car ici pas de net. Je pars vers les 8h30, 9heures je ne sais plus, et là je profite un max de la route, elle est magnifique, déserte, je pédale, je vais encore monter quelques 100 mètres ou un peu plus, en tous cas pendant trois kilomètres, je me dis que j’ai bien fait de m’arrêter, la veille c’eût été une galère, et là c’est un pur délice, toute la journée va d’ailleurs être un pur délice (tiens il repleut, là pendant que j’écris pas quand je pédale, quand je pédale j’ai droit à une demi-heure de soleil), les derniers cent mètres je pousse (pente encore supérieure à 20% et je pousse arqueboutée et en m’arrêtant régulièrement, et j’arrive au col : 3000 mètres. Du coup je me suis mieux renseignée sur la route des prochains jours, encore paramo, qui dit paramo dit haute montagne, j’ai donc renouvelé mes provisions et je vais partir plus tôt pour essayer de ne pas pédaler sous la pluie. 3km de montée, puis que de la descente, une route sans personne, sublime, quelques montées pour sortir d’un ou deux rios, oué, ça fait mal aux cuisses, des nuages coquins, le temps, le temps de faire des photos, le temps de m’arrêter à un abri-bus où aucun bus ne passe mais où les gens font du stop, le temps de parler avec deux jeunes : art, peinture, écriture, philosophie, religion, vente d’iphone, oui toute cela, ils font partie d’une communauté qui n’a pas l’air d’être une secte, sont très très très cultivés (oui ils connaissent Ushuaïa, prononcez uchuaia), dans cette communauté toutes les religions sont admises, c’est une communauté qui vient de l’Himalaya, je crois que nous nous régalons réciproquement de nos échanges, je partage avec eux et avec les lycéens qui viennent d’arriver le seul bien matériel que je peux partager : du chocolat. Voilà, je les quitte, redescends, dérape sans tomber dans un virage sec et mouillé (oué c’est la conjugaison des deux), sans tomber, donc redouble de prudence, tranquillement j’arrive à La Vigra, qui a une imposante église et un carillon superbe, et le train train : réparation vélo, douche, lessive, étendage, là en plus étendage de tout ce qui est mouillé dont la tente, manger, pluie, net, pluie, transfert photos, pluie, écrire, pluie, manger, pluie, dodo (je précise, ici été et saison sèche…) Tout au long de la journée je me suis dit que j’avais bien fait de m’arrêter, hier sur la même route j’aurai galéré, aujourd’hui je déguste… Demain étape montagne, sauf si pluie je fais comme tout le monde ici, je m’abrite et j’attends… Bisous tout le monde

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28 fevrier 2011: nouvelles breves

Bonjour a tous

Je viens de faire 3 etapes de montagne, un bivouac a pres de 3000 metres, ai subi un nouvel enlevement, par des colombiens cette fois (je suis toujours au Venezuela ( a la Grita), je prevois de rejoindre St Christobal en trois ou quatre jours, il y a a nouveau de la montagne a 3000, je prends nourriture pour 1 ou 2 bivouacs, voila la sante est excellente, les globules rouges pas tous uses (si quelqu’un peut me dire quel est le sommet de la Colombie et les difficultes techniques, et aussi la duree de vie des globules rouges pour programmer mes petits sejours a plus de 4000 ( pour les globules rouges), je suis maintenant un peu comme chez moi au Venezuela… Probleme de la pluie tous les apres-midi et difficile de faire secher mes affaires, je vais partir tot demain. DETAILS plus tard

Bisous a tous

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El Pan del Azucar en images

Voila les photos promises

Reedition mais ca fait tellement plaisir

 

Le departLa vallee de la Culata, tres belleToujours la valle de la CulataEncore la vallee de la Culata, verte, rieuseFin de la route, il va quand meme falloir marcherMon guideLa cyclo au depart, fraîche et sourianteQuand meme l’est beau mon guidePremieres frailejonesC’est beauMon guide sait comment faire la siesteY a pas, c’est beauMon guide l’est comme moi, joueurRencontre des slovenesLes nuages, d’abord on n’aime pas, puis on s’habitue, puis on aimeTrop, trop geniale ma tenteCelle des slovenes moins, ils vont se cailler toute la nuitLa cuisine a un bivouac pas loin des 4000 est une affaire serieuse, epluchage des legumes, lavage des legumes, et cuissonLe vin chaud au bivouac ? Trop, trop genialNon, ce n’est pas l’ivresse de l’altitude, c’est le schnaps
Je l’aime, pas autant que mon velo ou mon duvet, mais presqueDu feu, genialAu debut petitPuis tres, tres grandPetit matin frileuxC’est de la glace, de la glace, la agua es helada, es la verdadAdieu les slovenes, elles vont a un autre sommetDepart dans le froid, mais toujours avec le sourireCa va, on est sur le bon chemin
Paysage lunaireLa cyclo en pleine actionLong est le cheminUne fleur rouge perdueLe sommetUne fleur jaune, perdue elle-aussiVictoire d’abord frileuseVictoire a deuxVue superbeEl Pico Bolivar, 5700 metres, sommet du Venezuela et son glacierDes frailejones bicentenairesDes nuages, encore des nuagesNuages, je vous aimeVoila, c’est fini pour aujourd’hui, bisous tout le monde

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J36 : Etape courte

Vendredi 25 février 2011
Santa Cruz de la Mora – Tovar 19,21 km
Vmoy : 8,1 Vmax : 36,2
Température : 25 ° à 30°
Dénivelée positif : 418m dénivelée négatif : 97m selon compteur
Heures sur le vélo : 2H22’19 »
Départ :9H40
Arrivée : vers 13 ou 14 heures

Résumé de l’article : (pour ceux qui roulent ou les flemmards ou les gens normaux que mon délire n’intéresse guère)

• Pas vraiment d’objectif, juste avancer et éviter de reprendre un orage

• Conditions météorologiques : 25° à 31°, ciel couvert, demi-tour dés que la pluie commence à tomber

• Etat de santé : les globules rouges dans les montées disent « on est là, on est là »

• Degré d’euphorie : moyen, la circulation est intense, le temps pas top et je ne veux pas risquer un autre orage

• Particularités de la journée : montagnes russes dans le sens de la montée, petite journée

Je pars un peu tard, mais j’ai du mal à me réveiller et à sortir du lit. Le ciel est couvert, il ne fait ni chaud, ni froid. La route montante mais style montagnes russes m’est favorable, les petits bouts de descente me permettent de récupérer, je pédale presque tout le long. La vallée est verte, les sommets dans les nuages, la circulation assez intense ne me déséquilibre pas. Tout d’un coup mon vélo se bloque et je manque de passer par-dessus bord, je m’arrête aussitôt croyant qu’un frein s’est bloqué, non c’est mon linge lavé de la veille, bien enroulé dans ma serviette (qui au passage tente désespérément de sécher car avec une humidité dépassant les 100% c’est dur) , qui probablement mal arrimé a glissé et a bloqué ma roue arrière, il y a plus de peur que de mal, j’en suis quitte à relaver ma serviette. Je continue allègrement. Vers les onze heures je vois une boulangerie, m’arrête pour manger, n’ayant pas encore déjeuné vu l’absence de pain, la boulangerie est soit fermée, soit n’a plus de pain, j’achète un mauvais pain d’1kg dans un sachet en plastique, mange par terre pain, chocolat et coca, au passage donne un morceau de chocolat à un gamin qui passait par là. Je repars. Mon frein arrière est presque en bout de course, il va falloir que je regarde cela et le vitesses grincent un peu, là aussi vais regarder. Je rate mon coup dans une montagne russe et déraille, je stoppe net pour ne pas casser et du coup je pousse un peu. J’hésite sur mon point de chute : Tovar est un peu près, La Grita un peu loin, Balaidores serait bien. La route évite Tovar, je continue donc, mais il commence à pleuvoir, non je ne veux pas me retrouver sous l’orage, et je me trouve d’autres bonnes raions, il faut que je regarde mon vélo, il faut que j’aille donner des nouvelles sur internet, il faut que j’écrive tous mes articles en retard et que je traite mes photos, tant de bonnes raisons font que je fais demi-tour et rejoins Tovar qui évidemment est construite sur la montagne, donc comme d’hab ça monte, et me voici à nouveau en quête d’un endroit où dormir, et ici ça ne court pas les rues, je demande, on me renvoie sur un hôtel que je n’ai pas vu tellement l’enseigne est effacée et décrépie, ce n’est pas le luxe mais ça m’est égal. Je commence par m’occuper de mon vélo que je peux (avantage d’un hôtel décrépi) mettre dans la chambre, j’ai un peu de mal à régler le frein et d’ailleurs je n’arrive pas à reserrer comme il faut le câble, le revissage au guidon étant en fin de courses, je pense qu’il faut que j’agisse sur le câble lui-même mais n’ose, ayant peur de ne pas y arriver, allez ça freine, il faut que ça tienne jusqu’en Colombie, il y a parait-il là-bas beaucoup de vélos, ici ils sont rarissimes, j’en ai rencontré deux ce matin, ils étaient tous les deux accompagnés d’une mobylette (pour les protéger ?), et pourquoi les véhicules à moteur se croient-ils obligés de klaxonner quand ils me doublent ? Ils veulent quoi ? Que je me jette dans le fossé ou que je disparaisse si il n’y a pas de fossé ? Ou que j’aille plus vite, je fais ce que je peux et depuis hier je pédale mieux grâce aux petits globules rouges durement acquis à plus de 4000. ensuite je regraisse bien mon vélo, tout tourne nickel, je regonffle aussi les pneus, l’arrière en avait besoin. Je regrette de ne pas avoir pris le temps à Lyon d’aller à l’association qui organise des ateliers mécanique vélo. Quand j’étais dans mon club de roller à Lyon c’est une des choses que nous avons appris : l’entretien des rollers, depuis les roulements à billes, les inversions de roues, le changement de frein (pour les rollers) n’ont pour moi plus aucun secret.Puis douche (froide), lessive (eau froide), et je cherche un internet, et quand on se connecte, on se déconnecte, oui rigolez pas c’est vrai, ce qui fait que en sortant on ne sait plus où on est ni où on habite et re le coup de Damas, je cherche mon hôtel sans savoir comment il s’appelle et ici ça monte et ça descend partout, bientôt je vais faire plus de kilomètres à pied qu’en vélo. Bien que m’étant trompé sur la couleur de l’hôtel je finis par le retrouver. L’employé de l’hôtel qui n’est plus le même que celui de cet après-midi est un peu bizarre, il me conseille un endroit où manger, berk c’est une baraque à hamburgers, je me sauve, le restaurant que j’avais repéré est fermé depuis plusieurs années. L’hôtelier de Merida a tenté de m’expliquer que le gouvernement fermait comme cela certaines boutiques sans vraiment de raisons. Ici les gens critiquent beaucoup le gouvernement, mais à voix basse et en a parte…Les hamburgers ne me tentant pas je me rabats sur des arepas, trop, trop salées. La propriétaire qui avait sorti une bière à ma demande l’a vite fait disparaître quand elle a vu que je mangeais sur place, la vente d’alcool est très réglementée ici, sauf qu’à la Venta, village perché à 3000 mètres d’altitude il y avait à l’épicerie plus d’alcools forts que de sauce tomate… J’ai bu un jus de je sais pas quoi, délicieux. Et voilà retour à la chambre, j’espère ne pas prendre de pluie demain. J’ai oublié, sur internet, plein, plein de messages su mon blog, ça vaut tous les globules rouges du monde ça, merci à toutes et à tous, bisous.

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J35 : Deux nouveaux ennemis : le vent et l’orage

Jeudi 24 février 2011

Merida – Santa Cruz de Mora

71,74 km

Vmoy : 11 km/h  Vmax : erreur, dommage, je crois que j’ai battu mon record de vitesse dans la descente de Merida

Température : 34 ° avec des pointes à 41°

Dénivelée positif : 495m dénivelée négatif : 1775m selon compteur

Dénivelée positif selon altimètre :  altimètre définitivement H.S. Après intervention du restaurateur qui vendait aussi des piles, qui a forcé comme un malade pour ouvrir l’engin, qui a tout cassé, n’avait pas la bonne pile, je l’ai trouvée ailleurs (chez les japonais),mais tout est cassé, je crois que plus personne ne touchera à un cheveu de mon matériel…

Heures sur le vélo :6H29’44 »

Départ : 9h20

Arrivée : 7H20 à la posada, mais imprévus

Résumé de l’article : (pour ceux qui roulent ou les flemmards ou les gens normaux que mon délire n’intéresse guère)

  • Objectif atteint : Santa Cruz de Mora
  • Conditions météorologiques : 26° au départ, 29° à l’arrivée, 35° au milieu et pointes à 41°, vent chaud violent de face en continu plus rafales, ciel bleu au départ puis se couvrant, chaleur intense, violent orage à l’arrivée puis trombes d’eau
  • Etat de santé : turista la veille, douleurs musculaires dans les cuisses après le 4700m, nez cramé, plutôt bonne forme
  • Degré d’euphorie : bon sauf lors de l’orage alors que je fais demi-tour pour trouver un endroit où dormir

Le départ s’effectue un peu tard, mais la veille je ne me suis endormie qu’à deux heures du matin vu les litres d’icetea préparés par le guide et qui étaient délicieux. Au début tout va bien, les embouteillages de la ville le matin, j’adore. Ce matin je n’ai mangé que du chocolat et bu du coca, n’ayant pu faire de courses la veille vu la rentrée tardive. Je trouve une « panaderia » (boulangerie) et achète 4 petits pains, la route descend, descend, descend, descend, parfois monte un peu, je bats mon record de vitesse dans une descente pour pouvoir remonter la cote en face, je reconnais que je prends un peu de risques, la route est à cinq voies, au milieu la voie du tramway, mais pas de voie d’arrêt d’urgence. La circulation est intense, le bruit infernal, j’ai donc décidé de tracer, oui c’est comme ça quand la route ne me plait pas je trace, en plus ça descend beaucoup plus que ça ne monte. Je regarde sur mon compteur les kilomètres qu’occupe Merida, en fait Merida et la ville voisine Ejido se touchent, cela fait presque une mégapole sur plus de 15km de long, la ville s’estompe mais pas la circulation. Plus je descends, plus il fait chaud. Un recoin devant une usine me permet de m’arrêter, je suis au kilomètre 25, je me découvre, décide de manger et fais sécher mon linge en l’attachant car le vent commence à souffler. Une femme et un homme de l’autre coté de la route (route à quatre voies avec beaucoup de circulation) m’appellent et insistent, j’y vais et commence à manger, la femme va me chercher de la soupe dans sa maison, je n’entre pas chez elle, ne voulant m’éterniser, et puis je surveille quand même mon vélo et ne veux ni traverser la route avec, ni franchir les marches de sa maison. La femme quant à elle surveille sa mère qui a plus de quatre vingt ans et qui perd un peu la tête, la femme fait attention à ce que sa mère n’aille pas sur la route. Horreur, la soupe est aux lentilles et à ce que je crois être des saucisses qui en fait sont des légumes dont le goût rappelle celui des châtaignes, bien sûr j’ai oublié le nom de ce légume, la soupe est excellente, et finalement elle passera bien. J’offre du chocolat à l’homme et la femme, ils sont ravis. L’homme s’en va. Je discute un peu. J’apprends que tout le village vit grâce à l’usine de traitement du cuir devant laquelle j’ai garé mon vélo, la femme lance la discussion sur Dieu, je lui dis que Dieu je veux bien, même j’espère mais que les religions je n’aime pas, et me voilà partie dans mes grandes démonstrations, je reconnais que le coup qui va suivre je ne l’ai pas senti venir, échange de noms, je lui laisse mon adresse email, elle me donne son numéro de téléphone, et au moment de partir : le nouveau testament, non pas ça, du surpoids comme cela ce n’est pas possible, je ne veux ni la vexer, ni prendre sa bible pour la jeter plus loin, alors j’explique le poids et dis que je connais le nouveau testament, ouf, elle le reprend, je retraverse mes quatre voies, rerange mon linge et repars. Et voilà que le vent devient puissant, violent, m’obligeant à mettre pied à terre et à m’arquebouter sur mon vélo pour avancer, rien de trop grave jusque là, je suis habituée, mais dans la descente ça se corse, je suis extrêmement concentrée, ralentis, il n’y a pas de voie d’arrêt d’urgence pour me protéger, soit je force comme une malade sur les pédales soit je freine, la route passe quelques cols et quelques trouées dans la montagne, ça descend, le vent est de plus en plus violent, je suis obligée de mettre pied à terre, c’est très râlant d’être à coté de son vélo dans les descentes. La route suit une vallée étroite et le vent s’est engouffré dedans et à mon avis n’en sortira jamais. La vallée devient canyon, pour un peu on se croirait au Colorado, le vent en plus… A une station service une voiture fait marche arrière pour venir interviewer, et moi je suis là en train de lutter désespéremment contre le vent, je demande comment est le vent après, on me répond comme ci comme ça avec la main, je ne suis guère avancée. Le vélo coincé dans une main, l’autre ouvrant la sacoche, faisant attention que rien ne s’envole, j’arrive quand même à faire quelques photos. Sans les voitures, sans les camions, sans le vent la route serait superbe… Il fait très chaud, mais cela ne me dérange pas. Mon calvaire va durer quinze longs kilomètres, puis la vallée va s’élargir et un semblant de voie d’arrêt d’urgence ( de la largeur de mon vélo, pas plus) et en très mauvais état me permet de réenfourcher mon vélo, c’est dur, très très dur, oui dur de maintenir le cap, de temps en temps je remets pied à terre. Un espèce de terre plein central me permet de m’arrêter un peu, de boire, de manger pain et chocolat fondu (oui, oui, je me suis fait avoir) mais il est presque meilleur fondu, on dirait presque du nutella. Les nuages ont depuis longtemps envahi les montagnes, mais là ils sont noirs, je me dis qu’au mieux ce sera la pluie, au pire l’orage. Je rerépartis mon bazar de la sacoche avant droite ( la seule accessible avec la sacoche guidon (quand je pense que j’ai mis gants et cagoules dans la sacoche guidon et qu’il fait entre 35 et 49°), je range donc tout et enferme tout hermétiquement et j’essaie de tracer, on m’a dit qu’après ma bifurcation vers  El Vigia  (où on veut m’envoyer, les gens ne comprenant pas que pour un velo il vaut mieux une petite route qui grimpe qu’une autopista et son bruit infernal), donc on m’a dit qu’après la bifurcation le trafic était moindre. Enfin au kilomètre 50 cette bifurcation arrive, et miracle, une petite route sans vent, à deux voies seulement, avec moins de circulation et surtout moins de bruit, le paysage est superbe, une vallée étroite, verte, tropicale, magnifique, elle n’ a qu’un inconvénient, elle ? Elle monte… Et les montées en fin de journée c’est ? Epuisant, tuant, mortel, horrible, épouvantable et le village n’arrive pas, pourtant d’après ma carte je le situais entre 5 et 8 km de l’embranchement. Je finis par craindre de l’avoir dépassé sans le voir et me sens dans l’incapacité de rejoindre la ville suivante qui est à une vingtaine de kilomètrezs et probablement montants. Je me dis que je suis peut-être en train de vivre un deuxième Timotes, sauf que je ne suis pas complètement épuisée. Je demande si il y a une posada, et où est Santa Cruz, les réponses vont de 10 minutes à 10 km ! Je vois un village au loin sur la colline, j’espère que ce n’est pas Santa Cruz, non ce n’est pas Santa Cruz, Santa Cruz est plus loin… Je commence à craindre d’être prise par la nuit. En ce moment j’écris, il continue à tomber des trombes d’eau, quand je pense qu’aujourd’hui j’étais dans une vallée aride où seuls poussaient les cactus, que là je suis dans une vallée verdoyante et qu’hier je me suis réveillée avec mon eau toute gelée, c’est fou, fou, fou. Je poursuis donc ma route courageusement. La route monte, il fait très chaud, heureusement l’ombre est de mon coté, enfin elle redescend, rapidement je mets mon coupe-vent et mes mitaines, l’air de la descente sur mon débardeur trempé de sueur me glace, au bout de quelques kilomètres la route remonte, je n’ai pas enlevé le coupe-vent, je transpire un max. Finalement je l’enlève. Je me renseigne, la ville n’est plus très loin, et c’est sûr, il y a posada et hôtel, puisque c’est si sûr que cela je garde le moral, et fait un mixt de pédalage et de poussage. Après une heure ou deux(il arrive un moment où on ne compte plus j’arrive dans les environs de Santa Cruz, un écriteau indique une posada, je comprends vite que l’écriteau est après la posada, je suis dans une montée, je me dis que je suis pas épuisée, que je vais aller à la ville, ce sera plus pratique et je me suis déjà fait avoir plusieurs fois par ces premières posadas qui sont aussi chères que nulles. J’arriveà Santa Cruz de Mora. Je me renseigne sur la posada, on m’envoie là, puis là. La place de la petite ville est très montante, elle est dominée par l’église et pour y accéder encore une de ces petites rues cimentée à 45% dont les vénézueliens ont le secret. Je monte, toujours arqueboutée sur mon vélo, je redemande et finis par aboutir à un hôtel, celui-ci ressemble plutôt à une boîte de nuit, et quand je demande si je peux dormir, la réponse est un non catégorique, j’en déduis que l’hôtel ne fait plus hôtel. Dans les rues encore quelques flaques d’eau et au loin un peu de tonnerre, je me dis que je l’ai échappé belle, que l’orage a du passer par là, et je suis arrivée, voilà la posada, elle est à coté d’une pharmacie. Tout est fermé, deux femmes qui discutent devant la pharmacie me disent qu’il faut frapper, seuls trois énormes chiens me répondent. J’insiste, que des aboiements, je reviens vers les femmes qui discutent, elles me disent que ça doit être fermé, que la personne a du partir.
– Y-a-t-il d’autres hôtels ou posadas dans la ville ?
– Non
– Je vais faire comment alors ? Moi je suis très fatiguée, je viens de Merida ( là ça en jette, c’est loin, très loin), il faut que je trouve un endroit où dormir
– Il y a une posada sur la route de Merida.
– Mais ce n’est pas possible, refaire tous ces kilomètres (en fait il y en a cinq et ça monte et ça descend)
– Vous allez tout droit et au sémaphore vous descendez et il y a un hôtel.

Ouf, je vais tout droit, sauf que pour aller au sémaphore il faut tourner à gauche, et là j’ai franchement un doute, je m’arrête, rentre dans un truc dont la porte est entrouverte : une salle pleine d’ordinateurs, je ne sais si il s’agit d’un point internet ou d’une entreprise, mais peu importe, moi je veux un endroit où dormir. On me confirme qu’il n’y a pas d’hôtel là et que la seule possibilité est la posada, Ca me fait râler, mais je n’ai pas le choix. La nuit tombe, je mets mes petites lumières, me refais préciser le chemin plusieurs fois, j’ai peur de la dépasser sans la voir cette posada tant recherchée, quand soudain un immense éclair, mais alors bien plus grand que chez nous, je n’ai pas le temps de compter, que la montagne entière tremble sous le bababoum… je vais vous dire je pédale à toute vitesse dans les montées, voilà le chemin qui mène à la posada, où est-elle ? Perdue dans la montagne ? Les éclairs et tonnerre continuent, je suis morte d’angoisse et puis des trombes, mais quand je dis des trombes ce sont des trombes, sur la gauche un hangard, je m’y engouffre, je n’ai même pas vu le chien attaché, et je me suis engouffrée si vite qu’il n’a pas eu le temps de me mordre. De l’autre coté du hangard une maison avec son petit patio abrité, le bruit de l’orage et de la pluie empêche les gens de comprendre ce que je demande. Je prends mon courage à deux mains et traverse la cour. La pluie fait un bruit d’enfer sur les toles de la maison, un enfant de trois ans s’amuse avec l’eau qui coule en torrent bouillonnant du toit. Je dis que je cherche la posada, on me dit qu’elle est là, je demande si je peux m’abriter, on m’offre une chaise, j’explique que j’ai très peur de l’orage, le boucan qui nous entoure nous empêche de discuter. Je reste là pas loin d’une heure, puis quand ça se calme une des jeunes filles m’emmène à la posada qui est juste à coté. Cette posada est charmante, très propre, la propriétaire me dit qu’elle ne peut me faire à manger, qu’il faut que je retourne au village, alors là non, je lui dis que je vais manger ma boite de sardines et mes cackers, elle prend pitié de moi et me propose deux oeufs et deux arepas, j’accepte, avant je vais prendre une douche (froide), mais il ne fait pas très froid. En sortant de la douche j’ai droit à deux oeufs sur le plat, mes deux arepas, une bière (je lui avais demandé si il y avait quelque chose à boire), elle m’offre aussi un délicieux jus tiède à base du miel d’ici (pour ceux qui n’ont pas suivi je rappelle que c’est une boisson à base de sucre de canne cuit avec différents épices), et puis elle prépare le repas pour les deux ouvriers qui logent là : oeufs brouillés avec jambon, elles leur chipe une part pour me la donner, je termine mon repas avec les deux électriciens, nous sommes installés sur le bar d’une cuisine à l’américaine. Notre hôtesse a les yeux bleus, les cheveux blonds et le teint clair, elle est dit-elle andine pure souche, et certains andins sont clairs de peau, elle est mince, habillée avec beaucoup de goût et passe son temps à essuyer son évier, pour la deuxième fois depuis que je suis au Venezuela je vois quelque chose de nickel de chez nickel. Les ouvriers en déplacement sont heureux de voir que je connais leurs villes respectives. Je rebois une cerveza en leur compagnie, ah oui, j’ai oublié il y a aussi eu la panne d’électricité (l’orage). La pluie va continuer à tomber en trombes la moitié de la nuit. J’ai encore du mal à m’endormir, il va falloir que je me recale histoire de partir et d’arriver plus tôt. Dans la nuit je me réveille, nausées, les quatre œufs y sont peut-être pour quelque chose…

Bisous tout le monde.

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J33-J34 : ascension de mon premier sommet andin réussie

Mardi 23 février 2011 – Mercredi 24 février 2011

Autres photos plus tard, merci de votre patience…

Que dire ? Génial, grandiose, fabuleux, impressionnant, à faire, pour quelqu’un qui aime la montagne, vraiment il faut aller dans la Cordillère, dedans on se rend compte que c’est quelque chose, c’est grand, c’est haut, il y a des montagnes partout, rien à voir avec les Alpes, très, très différent, reliefs différents, végétation différente, climat différent, un autre monde… Tous les efforts faits pour porter mes chaussures, mes bâtons et mon sac à dos sont récompensés. Quant à mon duvet et à ma veste-duvet, je savais qu’ils étaient géniaux, ma tente se révèlera encore plus géniale.

Réveil 6 heures.

La veille au soir j’ai descendu une partie de mes bagages dans la salle réservée à cet effet et y ai aussi entreposé mon vélo. Je n’ai donc plus grand chose à descendre. Départ de la posada 7h20, il fait frais, le ciel est bleu, je suis armée de mon sac-à dos, de mes bâtons, de ma tente, de mon matelas et de mon duvet, il est entendu que le guide me portera duvet, matelas et tente. J’arrive chez Fanny aventures, elle ouvre juste, me dit qu’en général elle dit au client 8 heures et au guide 7 heures 30, histoire de faire coïncider les horaires, vu qu’au Venezuela, les heures ne sont pas respectées. Patricia recompresse mon duvet afin de ne pas faire peur au guide sur le volume à embarquer. Je lui laisse mes derniers euros pour lesquels elle va s’occuper du change, elle me prête une assiette en plastique que je n’ai pas. Elle me montre la nourriture qu’elle a achetée, ce n’est pas ce que j’aurai emporté, mais vu que ce n’est pas moi qui porte, je m’incline, par exemple du cerfeuil, c’est pas trop mon truc en vivre de courses (l’expérience me montrera que j’ai tort… Moi j’ai fait provision de chocolat et de coca (que je porte quand même), elle me donne une grande bouteille d’eau à porter aussi, ça va, mon sac est portable.
Le guide arrive, le chauffeur de jeep aussi, la jeep ne ressemble pas à ce que j’imaginais, elle ressemble plutôt à un 4X4. Nous retraversons Merida et remontons la vallée de la Culata, superbe vallée, toute verte, touristique, les maisons ont souvent deux étages, ce qui n’est pas le cas au Venezuela, c’est vert, c’est beau, c’est gai, des fois on se croirait en suisse, détour recommandé aux cyclotouriste (c’est vraiment un détour vu que c’est un cul de sac, inconvénient : ça monte… Mais ici le plat n’existe pas, ça monte ou ça descend, et en général pour redescendre il faut commencer par monter, et quand ça monte, ça monte… Après la route de la Culata, il y a un chemin bétonné juste pour le passage des roues qui se termine devant une clôture, allez hop tout le monde (mon guide et moi) descend et c’est parti pour l’ascension du Pan del Azucar, 4700 et quelques mètres (ici on ne sait pas l’altitude exacte, je vais chercher sur internet). Première difficulté : un escalier à monter et à descendre pour franchir la clôture, pour ceux qui ont eu comme moi l’idée farfelue de gravir le Ben Nevis en Ecosse, là-bas il y a la même chose, vous vous dites que c’est rien un escalier, sauf que ma bouteille d’eau étant mal fixée, se détache, explose, on peut quand même la récupérer, sauf qu’il en manque un quart et que je dois la porter à l’envers, et que les petits malins qui rigolent en pensant que je l’ai fait exprès pour m’alléger, et bien non, je ne l’ai pas fait exprès, sauf que maintenant je bois l’eau des rios sans filtre et sans pastille et que je survis, il faut dire que passé 4000mètres plus rien ne vit, sauf les félés qui vont traîner par là, alors les microbes ou parasites dans le rio, à mon avis il n’y en a pas.

Voilà, nous marchons, j’ai des atome crochus avec mon guide, d’abord il est à peu près aussi gras que moi, et ensuite il adore faire des photos comme moi, et en plus on a la même vision des choses, et en plus il me corrige mes fautes en espagnol et je progresse; tout va bien, le guide va vite, je m’accroche, peut-être me teste-t-il un peu, surtout qu’il avait dit qu’on allait se la jouer cool aujourd’hui… le ciel reste bleu, nous marchons bien, grimpons un premier ressaut,assez long, puis traversons une longue vallée, de l’herbe rase, des cailloux et cette drôle de plante qui donne au paysage un aspect féérique : des frailejones. Ce sont des plantes vert pale, aux feuilles velues, qui poussent en fauteur, seul le haut est vert, le bas est marron foncé presque noir, certaines sont bicentenaires. Dans cette première vallée quelques chevaux. A ma question : « pourquoi n’y-a-t-il ni moutons ni chèvres ? » Le guide me répond que c’est parce qu’il fait trop froid, et le trop froid bientôt je vais savoir ce que c’est, pour l’instant ça va, ni chaud, ni froid, j’ai quand même collant, pantalon polaire, deux polaires en haut et mes mitaines. Nous pique-niquons : chacun deux sandwichs pain jambon fromage et un nouveau fruit « des papariviches » ou quelque chose comme ça, c’est bon, très juteux, un peu acide, ça se mange en coupant le haut et en piochant dedans, ça a la forme d’un petit pamplemousse allongé, d’accord ça ressemble pas à un pamplemeousse, mais ça n’a pas non plus la forme d’une orange, donc ça a la forme d’un papariviche, et en plus une fois mangé ça sert de verre. Nous continuons à avancer, le guide s’octroie une petites sieste bien méritée, puis à nouveau une grimpette et une longue vallée. Mon guide s’appelle Marco, en rigolant j’ai dit « Marco Polo », surprise c’est le nom qu’il a donné à l’entreprise de tourisme qu’il a créé, il m’explique qu’il travaille à son compte, quand il veut et avec qui il veut, et que là il travaille pour Patricia parce que c’est une amie. Il me parle de sa montagne, je lui parle de la mienne. Je lui raconte comment on devient guide en France, il me dit comment on devient guide au Venezuela. J’apprends par ailleurs qu’il a été à l’université et qu’il a soutenu un mémoire sur l’environnement. Il me dit que comme je marche bien (ça fait toujours plaisir d’entendre ça d’un professionnel) nous planterons la tente au camp de base numéro deux, en tout il y a trois camps de bases. Nous sommes seuls dans cette montagne immense, lors d’une pause, surprise nous voyons arriver un autre guide qu’il connait avec deux jeunes femme slovènes, il faut le faire, rencontrer deux slovènes dans ce bout du monde (seulement deux millions d’habitants en Slovénie), la langue commune sera l’espagnol qu’elles parlent d’ailleurs beaucoup mieux que moi, toutes les deux travaillent dans la même boite de tourisme et parlent l’espagnol, l’anglais, le slovène et le russe… ce groupe va plus lentement que nous, nous les laissons et rejoignons le camp de base n°2 où se trouve une maison à moitié écroulée qui sert de cabanes aux chevaux, mais il y a deux murs qui peuvent protéger du vent. Les slovènes et leur guide arrivent, ils décident de bivouaquer un peu plus loin près du rio, nous décidons d’en faire autant. Le terrain n’est pas vraiment, vraiment plat (je le constaterai durant la nuit, mais ça ira), ouf je sais comment monter ma tente sans me tromper, les sardines rentrent bien dans la terre et deux grosses pierres tiennent deux tendeurs, le vent peut souffler fort, elle ne bougera pas. Évidemment les nuages ont envahis toutes les montagnes, évidemment le vent souffle, pas très fort, suffisamment pour s’infiltrer partout, évidemment ça caille un max, je change débardeur et mon espèce de sous-pull doux, j’enfile ma veste duvet qui vraiment est très chaude, encore un investissement que je ne regrette pas. Et nous mettons à faire la cuisine, et oui, ici dans la Cordillera Andina del Venezuela, à un bivouac à 3800 mètres nous faisons la cuisine… La recette, parce que c’était vraiment trop bon, déjà on mélange ce que les deux cordées (sans corde, ici pas de corde) ont apporté soit: un sachet de soupe aux champignons, un sachet de soupe à je sais pas quoi, mais n’importe quel sachet de soupe fera l’affaire, des pommes de terre coupées en fines lamelles, un poireau (ils ont bien rigolé quand j’ai commencé à couper mon poireau comme en France, il fallait que ce soit beaucoup plus petit), du céleri, du cerfeuil, un poivron, deux oignons, du lait en poudre, des espèces de céréales de soja (les slovènes sont végétariennes), du sel, on fait cuire( réchaud à gaz avec cartouches de même diamètre que les nôtres en camping gaz, mais plus hautes), et trop trop bon. Les slovènes ( Anita et Katia) ont des sacs immenses, je comprends pourquoi : dedans le nécessaire pour bivouaquer et escalader, mais aussi du schnaps, le drapeau slovène, et 2 bouteilles de vin rouge, je m’abstiens du schnaps, pas les guides, on fait du feu, et du vin chaud, alors là le vin chaud à un bivouac à près de 4000mètres, trop géant, on chante et puis on va se coucher, mon guide et moi on a super chaud dans la tente, les slovenes elles vont mourir de froid toute la nuit, la moitié de la nuit moi je vais lutter pour me remonter vu que la tente est en pente. Réveil à 7 heures, tandis que je m’habille (oui j’ai dormi à moitié à poil, que à moitié à cause du guide, et à poil, merci le duvet moins 35° et merci la tente, et pas la moindre petite goutte de condensation dans la tente, alors que l’eau que j’avais mis dans mon écuelle est toute gelée. Pourquoi de l’eaiu dans l’écuelle ? Parce que j’ai éclaté la bouteille, donc je la vide par le fond, ce qui oblige à un premier transevasement dans l’écuelle, un deuxième dans mon gobelet et le troisième dans la bouteille de coca vidée, et oui c’est très compliqué de gravir un 4700 mètres (au fait après recherches pour savoir 4700 combien c’était, en fait c’est que 4680 mètres, mais quand même le neuvième sommet du Venezuela, le troisième du massif de la Culata (au fait sieur Janodou, je te recommande fortement de mettre les pieds, et j’ai dit les pieds, pas les roues au plus profond de la Cordillère, c’est vraiment quelque chose, c’est magique, dément, c’est autre chose que vu de la route, à défaut va voir la vallée de la Culata, attention ça monte, et éventuellement tu peux juste marcher un peu au fond pour avoir une idée, après pour le sommet, attention trois ou quatre passages délicats, ne pas y aller seul, car en plus il y a l’altitude et pas de PGHM ici, et le portable du guide ne passait pas). Je m’habille donc très chaudement et le guide me prépare quoi ? Deux superbes toasts jambon fromage et chauds en plus, génial de chez génial. Je ferme la tente, ici on peut tout laisser sur place car il n’y a plus personne. Nous partons, le soleil ne nous a pas encore atteints, il fait un froid polaire, et toujours le petit vent, nous traversons le rio pour retrouver le soleil plus tôt, je fais très attention, la veille j’ai glissé sur une pierre mouillée et l’eau est rentrée dans ma chaussure par le haut, ma chaussette a séché dans mon duvet, ça pour les futurs explorateurs de Cordillère c’est un truc à savoir, si tu as des affaires mouillées, tu dors avec à l’intérieur de ton duvet et le lendemain c’est tout sec, ça marche à tous les coups. Nous marchons d’un bon pas, le guide déchargé du poids (on a tout laissé sur place, nous avons juste de l’eau, du chocolat, des gateaux, du coca, du thé (en poudre), le guide déchargé du gros sac, il a pris mon sac, court comme un lapin, je vais un peu moins vite, tout va bien, le chemin comme tous les chemins de toutes les montagnes du monde est emprunté par un petit cours d’eau, lequel est gelé, je fais attention de ne pas glisser, nous montons, rejoignons vite le soleil, je peux enlever ma veste duvet, mais pas le reste, froid et vent ne nous quitterons pas. Nous marchons au milieu d’un paysage grandiose, fabuleux, lunaire, et que nous, mon guide et moi ( Les slovenes et leur guide sont allé à un autre sommet), le silence est là, pas de nuages pour l’instant, une ou deux poses gâteaux et coca ou eau (du rio ni filtrée ni pastillée, mais vu qu’ici plus rien ne vit sauf l’araignée qui a réussi à se faufiler dans mon thé et que j’ai avalé n’arrivant pas à la retrouver). Les pose sont brèves, pas plus de cinq minutes, histoire de ne pas couper le rythme,nous atteignons les 4400 mètres (mon guide a un altimètre), je n’ai aucun problème respiratoire ni cardiaque mais je sens mes cuisses limites, surtout la droite, un moment je doute, je doute d’y arriver, je ne dis rien, trop peur que le guide dise stop, je ralentis un peu mon pas, le Pan del Azucar se fait désirer, pour les diois c’est comme la cervelle (euh la Servelle de Brette), on croit y arriver, on n’y est jamais, même les frailejones ne poussent plus, trois ou quatre passages délicats ébranlent un peu ma confiance en moi, quand c’est du gravier glissant ou l’on peut planter les pieds ça va, quand c’est un petit gravier glissant juste posé sur la pierre, si il y a des prises pour les mains ça va, mais pour le reste faut vraiment assurer, c’est si tu tombes tu te tues, et ici pas de corde et le guide à part marcher devant ne m’apporte aucune aide, je crois qu’il a une entière confiance en mes capacités, je suis vraiment passé limite au niveau musculaire, et tout d’un coup le guide s’arrête et me laisse le sommet en premier, un caillou à monter et à moi la victoire. Marco mon guide est aussi heureux comme un roi et il crie, et je crie, nous crions notre joie tous azimuts, nous traînons un peu au sommet, nous nous amusons à faire des photos, c’est moi qui vais voir El Pico Bolivar, le sommet du Venezuela, 5700 mètres avec son petit glacier, et ce dans une trouée de nuages, j’ai paraît-il une chance inouïe, la personne de l’agence qui est là depuis plusieurs années et qui parcourt les montagnes en parapente n’a pas encore réussi à le voir. C’est trop chouette, trop génial, et le temps est avec nous, pour l’instant pas de nuages au-dessus de nos têtes, ils sont plus loin, à regret nous quittons le sommet et entamons une longue descente. Suis très à l’aise dans la descente, j’ai l’habitude, bien face à la pente, la tête légèrement en avant pour abaisser le centre de gravité, les talons bien plantés quand on le peut et sur les passages délicats (plantage de talon non possibles, faire gaffe, très gaffe, je n’ai aucune appréhension (n’en ai d’ailleurs plus aucune depuis le réveil en pleurant d’une anesthésie , je pleurai et disais «  je ne voulais pas me réveiller, je ne voulais pas me réveiller », je crois avoir fait comme une expérience de la mort, et c’était bien, depuis je n’ai aucune appréhension du vide et comme je suis coquine, je m’amuse à faire peur aux autres en m’en approchant, pas dangereusement, je ne prends pas de risque, je m’amuse à « Titanic », je suis presque dans le vide, je lève très haut les bras au ciel, et je vole, je vole, au sommet del Pan del Azucar j’ai joué à Titanic, et comme mon guide était en résonance avec moi, nous avons joué tous les deux, il y a des moments comme cela dans la vie, des moments de pur bonheur, et quand en plus il y a un partage, un écho, c’est du sublime, voilà, j’ai vécu du sublime, rien que ce petit moment vaut que la vie vaut d’être vécue, je crois que je parle charabia là, mais il y des minutes comme cela dans la vie qui resteront gravées à tout jamais. Quand même vu que nous ne sommes pas suicidaires, nous redescendons. Arrêt au bivouac, pendant que le guide prépare à manger (pates sauce tomate gruyère, cote de porc cuit avec du jus d’orange, trop bon) je plie la tente, duvet et tout le barda. Je perds de précieuses minutes à enlever tous les rapamous qui se sont faufilés dans mes vêtements, vu que j’ai eu la malencontreuse idée d’enlever chaussettes et chaussures. Nous avons mangé, les sacs sont faits,nous redescendons, le paysage est aussi beau à la descente qu’à la montée, et qui nous rejoint ? Allez, un petit effort, oui les nuages, et quand on est trop près des nuages on a quoi ? Un deuxième effort, oui la pluie, mais pas trop forte, elle ne sera forte que lorsque nous aurons rejoint la jeep. Nous sommes en retard sur l’heure prévue, nous arrivons à la jeep à 17heures 30 au lieu des 16 heures prévues, mais 16 heures c’était trop juste, nous avons quand même gravi mille mètres, redescendu 2000 mètres, défait le bivouac et mangé. J’ai rendez-vous à 19 heures avec des amis d’ami qui habitent Merida, je me dis que je n’y serai pas, j’y serai, mais eux ne seront pas là, ils ont du avoir un empêchement, et je n’ai pas de téléphone, dommage, c’eut été sympa de rencontrer des gens que je ne connais pas et qui s’intéressent à ce que je fais. Bon pas grave.

Bisous tout le monde

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J32 : Merida, repos et réparation du premier petit ennui mécanique

Lundi 21 février 2011

Repos, un peu de net, et comme j’ai entendu un petit bruit sur mon vélo, que je l’ai retrouvé par terre et que le frein arrière reste bloqué, et comme j’ai vu un magasin de vente et réparation de bicyclettes, j’y vais, il touche à mon frein arrière, un peu à l’arrache, c’est-à-dire bicyclette ni suspendue ni retournée, vu le bruit de la route, impossible de savoir si il y a encore ou pas le petit bruit, arrivée à la posada, j’entends encore le petit bruit, je retourne au magasin, il refait la même manœuvre, je retourne à la posada, même petit bruit, je décide donc de m’en occuper moi-même, au passage je lave ma bicyclette, à nouveau pleine de boue depuis un passage d’une coulée de boue. Je rerègle le frein, en me souvenant bien des leçons de mon prof préféré, y aller tranquillement, ne jamais forcer, bien observer, ne jamais faire deux choses à la fois, bref je rerègle bien les freins, je rehuile comme il faut et sans plus la chaîne avec passage de toutes les vitesses, j’ai un doute sur la provenance du petit bruit, j’ai l’impression que cela vient du moyeu de la roue, j’observe bien toutes les parties qui tournent, j’en vois une qui n’a pas été huilée, trois petites gouttes d’huile, je fais tourner et fini le petit bruit, j’espère que j’ai bien remis en place les freins arrière… Cela m’a quand même pris deux heures, le reste du temps j’ai préparé mon sac pour la grande aventure dans la cordillère des Andes.

Bisous tout le monde

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J31 : Merida, la Feria del Sol

Dimanche 20 février 2011

Ma posada a deux inconvénients : un elle est bruyante, mais les vénézueliens sont en général bruyants, deux elle est située à coté de l’église, donc il y a le carillon, pas trop grave, mais la messe en direct le dimanche à 6 heures, grave… Les messes sont dites portes grandes ouvertes et avec micro…

Donc dimanche La Feria del Sol, c’est la fête du soleil, beaucoup de tambours, des chants, des danses, et le tout centré sur une vierge noire qui est promenée en musique et en cadence avant de se faire bénir à l’église.

Je n’en dis pas plus, regardez…


Feriaviergenoire


feriabaton


feriachants


feriadanse

Si mes liens marchent, reconnaissez que la j’ai fait fort…Oue, ca marche, j’ai verifie, il fallait bien feter le 100eme article…

Voilà, après tous ces défilés, il est 16 heures, j’ai faim, je me précipite dans une immense pizzeria, d’autres ont eu la même idée, j’attends longtemps, j’ai pris le petit format, la pizza est délicieuse, je sors, je crève de faim, je me jette sur mon pain et mon chocolat, une demi-heure après la pizza, douleurs abdominales, diarrhée et surtout fièvre, ce n’est pas mon habitude d’avoir de la fièvre, cela m’inquiète, j’espère que je n’ai pas attrapé le paludisme, j’espère que cela ne va pas mettre en péril mon projet d’ascension, bref je n’aime pas ça cette fièvre, j’espère que c’est juste une intoxication alimentaire, j’ai de la fièvre toute la nuit et le lendemain ça va, ouf.

Bisous tout le monde

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J30 : Merida, les chevaux

Samedi 19 février 2011

Course après les chevaux, oui, 2000 chevaux doivent traverser la ville, mais où et quand, difficile à savoir, les avis sont partagés.

Finalement ce sera le soir, donc Merida by night, et un samedi soir… Tous les samedi soirs les vénézueliens font la fête à grand renfort de musique, cris, pétards, rires, et aussi beaucoup d’alcool, si en plus vous rajoutez 2000 chevaux, ce n’est pas triste… Ma cavalcade après les chevaux m’a fait découvrir une autre Merida. Merida est une très grande ville, un million et demi d’habitants, elle s’étale sur plusieurs montagnes, et sur la même montagne il y a plusieurs pans, ce qui fait que dés fois on se perd. Finalement ma posada n’est pas si au centre que cela, elle est à une demi-heure (tiens voilà que je me mets à parler comme les vénézueliens, l’unité de mesure des distances ici n’est pas le kilomètre mais le temps que l’on met), donc ma posada est à une demi-heure à pied dans le sens de la descente, un peu plus dans le sens de la montée, dans le sens de la descente, souvent on se gèle, dans le sens de la montée on attrape une bonne suée.

Voilà donc les chevaux

D’abord, il faut canaliser la circulation, pas de probleme pour la police a velo (les seuls de ce pays a avoir un velo)

On boit aussi

Quelle est la couleur du  cheval blanc d’Henri IV ?

2000 chevaux ¡

Voitures, motos et chevaux font bon menage

Blanc, quoi blanc ? La reponse a la question precedente, il faut suivre

Merida by night

Bisous tout le monde

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J29 : Merida

Vendredi 18 février 2011

Traversée de la ville en tous sens, recherche de guide pour explorer la montagne, mission accomplie, voir objectif « El Pan de Azucar »

Un peu d’internet, c’est important pour moi, c’est le seul lien avec ceux que j’aime.

Merida, les montagnes

Les dessous sont au-dessus

Posada de charme, bruyante, mais de charme

Merida, de charme aussi

La même de plus pres

Bisous tout le monde

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