Mardi 3 avril 2012
Puerto de las Piedras- Villa Santa Lucia
Kilométrage : 23,20 km sur piste
Vmoy : 5,6 km/h, Vmax : 19,5 km/h
Heures sur le vélo : 4h07’20 »
Température 11° à 21°, temps couvert puis pluie
Dénivelée positif : 291m, dénivelée négatif : 185m
Voilà j’ai du mal comme beaucoup de fois ces jours-ci à quitter un endroit où je suis bien, des gens avec qui je me sens en harmonie… Je sens que je sacrifie tout à Ushuaïa, mais j’ai besoin d’aller à Ushuaïa pour dire « je suis là », et pour les argentins Ushuaïa n’est pas la fin du monde, c’est là que tout commence… Le symbole est encore plus fort…
Après un délicieux petit déjeuner avec de la confiture de cinhorendron (orthographe ?)qui abonde par ici, après avoir récupéré mon linge que mon hôte a eu la délicatesse de mettre à sécher au-dessus de la cuisinière pendant que l’abuelacyclofluo jouait la belle au bois dormant…

Après un ultime délestage (là c’est pour soulager le porte-bagages)

Je m’attaque au remontage de mon vélo…

Horreur les freins coincent, j’ai peur que le cassage du porte-bagages n’ait entraîné plus de dégâts que je ne le soupçonnais… Je bataille pas mal et arrive à un compromis de freinage, dernière ville Coihuaque à je ne sais combien de jours d’ici, j’espère que tous les bricolages vont tenir jusque là, sinon je verrais, je suis de plus en plus sereine… Mon
hôte m’assiste moralement mais ne m’est d’aucun secours, son truc à lui c’est la pêche à la mouche et le raft…

Et voilà encore des adieux, encore des sourires pour ne pas montrer ses larmes, retour sur la piste qui est vraiment horrible, dans mes sacoches des herbes patagoniennes pour si je me fais mal… Mais là c’est à l’âme que j’ai mal…

L’eau est omniprésente, sous toutes ses formes, toutes ses couleurs, au jour où je mets en ligne je sais d’où vient toute cette eau, quatre jours et quatre nuits qu’il pleut fort en continu, demain pareil, donc demain je reste là, amélioration dimanche, je vais faire comme cela, viser les crénaux, hier ça a été trop dur… Et si vraiment c’est trop dur je m’échappe en Argentine, parce quand même je sais que je suis un héros, mais quand même pas maso…

Pourquoi je vais lentement ? Je respecte le code la route, moi…

Pour seuls compagnons les cochons…

Cette Patagonie chilienne est sauvage, rude, là un lac, comme en suspension…

La poussière, un des rares véhicules…

Un lac carte postale…

Un torrent…

Un pont pas méchant…

Et moi j’ai du mal, la piste est difficile, en très mauvais état, pierres, tôle ondulée, gravier
s’entremêlent, en plus il y a des montées et des descentes… Au moment où j’écris, après le déluge que je me suis pris sur la tête, là c’est le vent qui souffle, pas de souci j’ai trouvé un abri pour ce soir, où ? Vous le saurez plus tard, encore un truc incroyable…
Allez, un petit lac estampe japonaise pour se mettre du baume au cœur…

Et pourquoi les moutons ils se sauvent quand ils me voient ?

Et pourquoi l’eau ça rouille ?

Et pourquoi j’aime tant la montagne ?

Notamment quand coupée au couteau .

Quand j’ai demandé à Jorge pourquoi la Patagonie argentine était si touristique et celle chilienne si désolée, si sauvage, il m’a répondu que les moyens de communication manquaient, qu’il était difficile de venir ici, je comprends…

Cet éboulement est super impressionnant…

Je vous assure, je ne l’ai pas fait exprès, j’ai juste voulu récupérer un petit caillou pour le
peindre en vert fluo pour le sieur Janodou, et tout est parti…

Et la piste est difficile…

J’arrive à Villa Santa Lucia

Village quelque peu sinistre qui me rappelle Sajama en Bolivie… La plupart des maisons sont pauvres, certaines moins, tout est fermé, personne dehors, la pluie tombe, sinistre…

Je viens d’apprendre qu’à Villa Santa Lucia ils se sont entretués il y a quelque temps… Santa Lucia c’est là où ma piste perdue rejoint la carretera australe, je suis sur la carretera austral, et comme Jean le cyclo je dis c’est ça la carretera austral ? Une piste avec des camions où il pleut, c’est ça ? Sauf que le lendemain je me rendrai compte que ce n’est pas ça, en tous cas ce n’est plus ça… Je trouve refuge sous un abri-bus, il n’y a même pas de banc… Ce matin j’étais dans un petit coin de paradis et là je suis dans cet endroit sinistre, ce n’est pas possible, j’hésite à continuer ou chercher une chambre ici, allez, il est 17 heures, il pleut, je stoppe…Quand même j’ai droit à mon arc-en-ciel…

Je commence par faire mes courses à la première épicerie et je crois bien que je fais toutes les maisons à la recherche d’une chambre, je passe même par le centre de santé,
trois coups de fil sans résultats… Ces chiliens ils sont du genre précis, regardez les heures d’ouverture…

Il y a bien des cabanas hyper chères, je délaisse, je rencontre trois israéliens comme moi trempés et hagards qui cherchent une chambre, je leur indique les cabanas, à trois ça fait moins cher… Je me décide à planter ma tente sur le terrain de jeu, et puis j’ai une idée, je vais frapper à la porte des militaires et la porte s’ouvre… Un mobil home pour moi seule…
Son salon

Sa salle à manger

Sa cuisine

Une des trois chambres…

Manque le principal, du bois pour faire du feu, ah ces militaires, il faut tout leur apprendre… Il repleut…
Demain je vais essayer de rejoindre la Junta, 70km de piste, pour moi cela va être difficile, juste pour éviter un bivouac sous la flotte avec ma tente qui prend l’eau par
le tapis de sol…
Bisous tout le monde et n’oubliez pas, je suis sur la carretera austral…