Deux mois presque jour pour jour après m’avoir accueillie, la Nouvelle Zélande m’offre ce qu’elle a de plus beau, je craque, je pleure et ne suis pas la seule…
Nous sommes sur un bateau dans un fjord, les à-pics sont impressionnants, quelque chose de très spécial se dégage de ces lieux, le bateau s’est approché de la falaise, les couleurs de la roche tourbillonnée, la mousse qui s’accroche, l’eau qui jaillit de toute part, je regarde, un homme regarde, nous nous regardons et pleurons tous les deux, trop d’émotion émane de ce lieu…

Voilà, c’était le mardi 16 avril 2013 dans le fjord de Milford Sound en Nouvelle Zélande…
Tout a commencé un jour, un jour où j’ai dû prendre la décision d’arrêter mon voyage car mon amour de mère le commandait, assortie d’une décision de revenir et de le terminer, mais aller si loin pour quelques 800 km n’avait pas de sens… Longtemps, longtemps j’ai hésité sur la suite à donner, reprendre à Caracas et rallier l’Alaska, mais là-bas ce n’est pas Ushuaïa, il y fait moins 42° l’hiver… Faire Paris-Pékin ? Et puis naturellement la Nouvelle Zélande s’est imposée, et qui sait plus loin, encore plus loin. La Nouvelle Zélande était dans le même hémisphère qu’Ushuaïa, pour moi elle était tout près (oui, 3 jours d’avion, deux escales, 12 heures de décalage horaire, le prix du billet d’avion exorbitant…). Mais j’étais tellement dans mon Ushuaïa que je ne pouvais m’investir dans un autre projet, alors je suis partie comme cela… Sans vraiment me renseigner, sans rien préparer, juste avec un vélo, une tente et des vêtements qui tenaient la route, la forme, ce qui est déjà pas mal… Et puis on m’a dit, après ce que tu as fait tout sera plus facile… Oui, mais aussi des fois plus fade…
Dans l’île du nord j’ai souffert de la circulation très intense et de la manière de conduire des new-zélandais. Je suis consciente d’avoir risqué la mort à chaque dépassement, notamment quand il s’agissait d’un camion. J’ai adoré rouler les papates à l’air, oui, ça j’ai aimé… J’ai aimé aussi ma petite route déserte… Je regrette de n’avoir pu profiter des petits coins de paradis faute de réserve de nourriture suffisante, et aussi par peur des crocodiles…
Dans l’île du Sud j’ai retrouvé du calme, du beau, du très beau même, j’ai souffert de la pluie et des chauds-froids. Les steeps, horribles les stepps…
Et là, et là …
Mes photos sont tellement en-dessous de la réalité… Hier pendant plusieurs heures j’ai perdu la carte mémoire… tandis que je cherchais en vain le sommeil et me repassais mon film dans ma tête, un déclic, bing, sous mon matelas, oui, j’étais les fesses en l’aire en train de préparer mon matos pour aller écrire et mettre en ligne tout ça, un « sorry » m’a perturbée, le « sorry » me rapportait le cache de mon appareil-photo perdu le matin… Peut-être eût-il mieux valu que les photos du fjord soient perdues à jamais…
J’ai étudié la carte, j’ai entendu dire que la côte ouest était très belle, que la région des fjords était magnifique… J’ai donc décidé d’y aller. Une question pourtant me hantait : pourquoi n’y-a-t-il pas de route dans cette région ?

Si, il y a une route, une seule, sans issue, 240 km aller-retour, sans aucun village, et quelle route…

Alors je fais quoi ? 240km égalent pour moi 6 jours si tout va bien, si des trombes d’eau ou un vent furibard ne me clouent pas au sol. Il me faut être autonome en nourriture, pour l’eau, elle ne manque pas là-bas, d’ailleurs il n’y a presque que cela, mais surtout, surtout il y a un tunnel où il n’y a pas de place pour bus et vélo, où la circulation est alternée, et qui monte… Si il n’y avait que cela, en plus des habituelles montées descentes il y a un col à 950 mètre à passer (deux fois vu que la route est sans issue) et d’un côté vu la pente, je sais que cela sera du poussage-torture tout le long.
Alors je réfute, et je fais la parfaite petite touriste : bus, croisière sur le fjord avec lunch à bord, la totale quoi. Ici le tourisme est industrialisé et bien rodé, on peut acheter son voyage la veille. Le bus s’arrête aux points de vue, il vous amène au bateau, vous reprend après et vous laisse à votre hôtel, back-packer ou camping. Le billet d’ailleurs s’achète dans tous ces endroits. Peut-être qu’en pleine saison ça fait abattage de touristes, mais là mon bus est aux trois-quarts vide et, et incroyable mais vrai il fait beau dans cette région où il tombe 7 mètres d’eau par an…
Allez, assez bablaté, il est 8h15, le bus est à l’heure, on embarque…
Premier arrêt : un lac

Premier ralentissement : des moutons…

Arrêt vaches…

Arrêt touriste ébahie par cette immensité…

Arrêt car de japonais, terribles ceux-là, je n’ose même pas imaginer ce que ce serait en pleine saison…

Arrêt montagne qui se mire…

Et oiseau qui rigole…

Et la photo carte postale…

Petite marche dans la forêt (oui, même ça ils ont prévu…)

Forêt qui vit et qui meurt et rejaillit toujours…

Une petite montagne pour changer…

Un lac…

Premiers sommets enneigés…

Vous n’êtes pas sans remarquer le ciel bleu, ici espèce en voie de disparition… Quelques cascades pour la route…

Oui, car nous sommes toujours sur la route Te anau – Milford Sound, à ne rater sous aucun prétexte pour ceux qui voyagent en NZ.

C’est beau non ? Et Gilles, désolée, ce n’est pas la Suisse, très, très différents, des à-pics partout, de l’eau sous toutes ses formes (vous n’avez pas la mer en Suisse que je sache…), une végétation hors du commun quand il y en a, parce que tous les 10 km des fois ça change… Et des méchantes bébêtes qui attaquent les touristes, il y a en Suisse ?

Vous savez comment je connais la faune ici ? Leurs bruits la nuit, au début de la nuit surtout quand je bivouaque au milieu de nulle part, et puis tous les cadavres sur la route, des milliers d’oiseaux, des milieux de bêtes à poil, tous écrasés par les engins tueurs de ce pays…
Non seulement j’ai regardé le paysage, mais aussi j’ai regardé la route pour savoir si j’avais des regrets de ne pas l’avoir faite en vélo, jusque-là ça va, certes ça monte ça descend, ça monte très fort, mais faisable, en revanche nous sommes dans une vallée extrêmement encaissée, il n’y a pas de soleil et il fait froid.

Cette route, une des fiertés des new-zélandais est ouverte l’hiver, l’aire de chaînage est impressionnante, les avalanches sont la règle, mais ils ont paraît-il le système prédictif le plus performant du monde… Le tunnel il est vraiment pas top, très cassé, noir, jamais je n’y serai allé en vélo…

Il traverse cette montagne

Puis descente vertigineuse, ce qui veut dire remontée en poussage-torture, non je ne regrette rien…

Repetite promenade dans la forêt

Il est pas mimi celui-là ?

Vu d’en haut c’est chouette aussi…

De l’eau encore…

Et encore une des merveilles de la nature, des rochers sculptés par l’eau et le bois qu’elle charrie, attention, je ne pleure pas encore…

Et voilà pourquoi j’ai pleuré, parce qu’ « araignée du matin : chagrin »…

Là je n’ai même pas eu peur…

Que d’eau, que d’eau, et elle arrive où toute cette eau ?

Dans un fjord… Un fjord impressionnant, aux parois très abruptes, il y a 20 000 ans (ou millions d’années, mais il n’y a pas longtemps), lors de la dernière glaciation les glaciers dans leur force sans pitié ont creusé d’étroites vallées, la mer toujours avide s’y est engouffrée… Vous comprenez maintenant pour quoi cette région est dépourvue de route ?
Et il va où le fjord ? Dans la mer de Tasmanie, je vais naviguer sur la mer de Tasmanie…

Allez, on embarque…
On avale à toutes vitesses le délicieux lunch pour happer avec volupté l’air du fjord…

Comme je le disais mes photos sont en-dessous de la réalité, il faut y rajouter l’émotion intérieure de tous ces coups de pédale avant d’arriver là… J’espère arriver à vous en transmette un soupçon…
Bateau ultraconfortable, comme tout ici…

Fjord

Fjord

Fjord

Fjord

Derrière ces cinq lettres il y a mille choses, je vous laisse le soin d’y mettre ce qu’il vous plait…

Fjord

Fjord

Fjord

Fjord

Bon, bien, moi les pierres non seulement elles me parlent mais en plus elles me font pleurer…

J’en vois que cela laisse froid, alors passons à autre chose…
Monsieur et Madame Otarie vivent leur vie d’otarie…

Bon, je plonge ou je plonge pas ?

Moi j’ai assez travaillé comme cela, je me repose…

Vous ne me voyez pas ? Mais je bosse moi…

Moi j’ai le dos qui me gratte…

Nous on est des otaries françaises, on fait la grève…

Nous on est des pingouins courageux, on va à la douche…

Fjord

Glacier

Poisson

Oui, parce que les new-zélandais qui ont un certain nombre de points communs avec les chiliens, non seulement ils font une route d’enfer, non seulement ils vous emmènent dans un fjord l’un des plus beaux du monde, non seulement ils vous emmènent voguer sur la mer de Tasmanie ou les gros rouleaux vont vous faire apprécier les eaux calmes du fjord…

Mais ils vous emmènent dans les profondeurs du fjord… Oui, ils ont construit un truc de dingue qui plonge dans l’eau…

Digne du désert de Dali…

Et ce poisson là, il n’a pas la varicelle, c’est une espèce que l’on ne trouve qu’en NZ.

Chouette non ?

Retournons sur terre, euh sur mer, euh je ne sais plus moi, tout se mélange…

Tiens une échappée de Wellington…

Fjord

Fjord

Fjord

Fin du voyage, retour sans problème, courses, manger, écriture, tri des photos, mise en ligne, insomnie, perte et retrouvailles de la carte mémoire, préparation du sac-à-dos pour la rando que je ne ferai pas (mauvais temps).
Les chiffres :
240km en bus
Des miles en bateau
4km en vélo (les courses)
Bisous tout le monde