Bonjour à toutes et à tous
Ce devait être Noël sous les étoiles, ce fut Noël à l’hôpital…
Le matin, au lever du soleil je me prépare vite pour échapper à ce terrible vent…
Déjà hier le vent imprévisible a trainé ma tente lestée d’une saccoche sur plusieurs dizaines de mètres arrachant le double toit à trois endroits, la tente intérieure à deux endroits et le tapis de sol à un endroit…
Hier il a fait chaud, mais ce matin avant de partir un petit vent d’est s’est levé rafraichissant l’atmosphère, je me recouvre, je ne sais encore que ces quelques vêtements vont me protéger…
Il me reste quelques kilomètres à monter, je suis en forme et le vent m’est plutôt favorable, je monte allègrement, quelques faux plats montants, quelques faux plats descendants, tout va bien, je suis très en forme, les kilomètres défilent très vite… Arrive la descente sur le Pacifique, quelques 2000 mètres à descendre sur moins de 20Km, avec le vent je suis hyper prudente et extrèmement concentrée, je freine beaucoup et
contrôle ma vitesse, pas plus de 40 km/h, quand je vais vite j’évite les « brema » (les fausses pistes d’arrêts d’urgence)
toujours pleines d’obstacles et excessivement dangereuses à la
descente, la route est quasi déserte…

Un camion me double, il n’a rien devant, rien derrière, je ne l’entends pas arriver ( le bruit du vent ? Est-il en roue libre ? Mon extrème concentration ?), le vent arrive en plein sur la gauche, je ne peux pratiquer ma pratique de tromperie de camion, me mettre sur la partie extrême gauche de la brema pour inciter le camion à se déporter puis me rabattre à droite pour être le moins secouée possible, le camion me double en me serrant de près, je suis sûre qu’il l’a fait exprès, la route est à lui et non à un vélo, je suis extrêmement déportée, je freine, essaie de me maintenir sur mon vélo, c’est atroce, suis prise comme dans une tornade et agitée en tous sens, je chute, le camion continue son chemin, sa proie est par terre agonisante, il est content. Je suis incarcérée dans mon vélo, pied gauche et droit sont coincés, je ne peux me relever, une douleur atroce me cisaille le pied droit, le sang commence à gicler de partout. Un bus passe, il ne s’arrête pas, je continue à essayer de me relever sans succès, et enfin deux voitures et un camion s’arrêtent et viennent à mon secours, ils m’aident à m’extirper de mon vélo, le sang partout les impressionne, mes bagages ont volé de partout, moi ce qui m’inquiète c’est mon pied, j’ouvre ma chaussure, je regarde, rien de visible mais je ne peux marcher. L’un de mes sauveteurs enferme la main la plus sanguinolente dans un chiffon et m’emmène dans sa super voiture, direction l’hôpital le plus proche (à 90km l’hôpital), il roule très vite (à 160) comme tous ici,nous allons traverser des gorges magnifiques verdoyantes, puis une côte escarpée de toute beauté, quans je pense que je me suis payée des jours et des jours de désert et que j’ai raté ça, mais c’est que c’est immensémmént beau…
Les autres sauveteurs ramassent mes affaires, le camion se charge de mon vélo et va le déposer au commissariat de police.
A l’hôpital vieillot, sale, examen sommaire, radio : fracture avec déplacement de P1 du gros orteil droit, on va me transferrer à l’hôpital d’Antofagosta, mais pas tout de suite, quand il y aura une ambulance de libre. Je demande à ce que l’on nettoie mes plaies, un parage de celles-ci est effectué (genou, coude, un doigt de la main gauche, le plus grave le pouce gauche, il y a une petite perte de substance, nettoyage du tout vigoureux (efficace mais douloureux), coupage du morceau de pouce qui pendouille (efficace mais douloureux), confection d’un plâtre pour le pied et hop dans un lit.

A l’hôpital de Taltal il y a 3 services (ou 3 salles) de 6 lits chacun : les femmes, les hommes, et les enfants, le tri est simple… A l’hôpital de Taltal ils ne donnent pas souvent à manger et jamais à boire… A l’hôpital de Taltal il faut amener son couvert et son papier toilette, ses affaires de toilette aussi… J’ai faim, j’ai soif, je me suis trimballé des tonnes d’eau et de nourriture dans le désert pour mourir de faim et de soif à l’hôpital de Taltal ? Dans la chambre une femme amputée des deux jambes, diabète, artérite, problème des boissons sucrées en Amérique latine, une femme avec ulcère variqueux, une vieille qui perd la tête qui passe son temps à mettre en ordre les bouteilles de sa voisine, laquelle les remet aussitôt dans un ordre différent… Une jeune en voie de guérison d’une
infection urinaire qui me donnera de l’eau, qui me lavera les cheveux, qui m’accompagnera aux toilettes, ah oui, j’oubliais, il n’y a pas de sonnerie pour appeler les infirmières dans la chambre, et puis aussi le fauteuil roulant ne rentre pas dans les toilettes et vu le plâtre qu’ils m’ont fait et le fait que pour diverses raisons je ne puisse sauter sur le pied gauche, me reste à ramper car je ne peux non plus me déplacer sur les genoux vu la plaie du genou droit, bref c’est l’horreur.
La famille de ma voisine de gauche hospitalisée pour
infection urinaire et finalement transférée à Antofagosta pour
suspicion d’appendicite (diagnostic sur échographie, je veux bien, mais quand même…) m’apportera de chez elle un repas, du papier toilette (qu’il appellent ici confort), un bol pour boire et des couverts. Quand au verre de lait de 4 heures je demanderais si ils n’ont pas un peu de chocolat pour mettre dedans, ce sera un éclat de rire général, on est pas dans un hôtel 5 étoiles ici… Le soir ce sera un bol de soupe et de l’eau gélatinée, ça ne vous rappelle rien mes frères et soeurs ? Mais ici et dans tousles pays d’Amérique latine, on vend et boit beaucoup d’eau gélatinée, c’est un moyen de lutter contre la déshydratation et ma fois ce n’est pas mauvais, reste le problème du sucre (qui n’en est pas un pour moi, sauf que au Chili ils ont pris conscience du problème du sucre et cela devient difficile de trouver des choses non light, au passage pour les non initiés, je vous préviens que l’aspartam utilisé dans toutes ces choses light a des pouvoirs laxatifs et d’autres pouvoirs dont on commence à mesurer les effets néfastes).
Le soir se passe, la nuit se passe, elle sera écourtée par le bavardage de deux de mes voisines dés 5 heures du matin (pour ceux qui l’ont oublié, à part dans le désert le silence de la nuit n’existe pas en amérique Latine…)
A huit heures on vient me chercher, on me transfère à Antofagosta, 3 heures de traversée du désert dont je ne verrais rien, je suis dans un fourgon ambulance. Je pensais arriver dans un hôpital moderne, non c’est un hôpital vieillot, pas d’examen, juste prise de température et tension, coup d’oeil sur les radios, fracture avec déplacement, le platre c’est bien « je ne peux avoir de plâtre de marche ? » « Non » » Et les chussures de décharge ça n’existe pas ici » « Non » « Et mes muscles qui vont s’atrophier » l’a pas dit rien à secouer mais l’a pensé très fort… « zavez qu’à faire du sport en chambre » Le tout a duré une demi-minute, retour dans l’ambulance, l’ambulancière et le chauffeur s’absentente, oué ils vont manger, ça va durer plus d’une heure et moi rien… Je sors de l’ambulance, me traîne comme je peux dehors, crie et mendie de la nourriture, une femme aura pité et me donne la purée viande qu’elle a chouravé à l’hôpital… Je ne ferme pas la porte arrière de l’ambulance exprès, là je me venge… Retour de l’ambulancière et du chauffeur, je les laisse démarrer et commencer de partir et là je gueule la porte, la porte n’est pas fermée, arrêt, l’ambulancière voit la boite plastique et me dit « on vous a donné à manger ? », là je l’engule dur… Au retour ils vont prendre un autostoppeur ou un passager au noir ? Petit arrêt dans les gorges pour laisser refroidir les pneux, évidemment j’ouvre la porte, sont pas contents, je m’en fous, je fais une photo.

Retour à l’hôpital de Taltal, mise dans un débarras, il y a eu erreur, je n’ai pas vu le spécialiste mais un interne qui n’en connait pas plus que le médecin de Taltal, il faut que je retourne à Antofogasta, là la coupe est pleine, vous allez me couper ce plâtre qui me cisaille le pied, me trouver des béquilles, me changer les pansements, ça suinte de partout, et je me tire. Le médecin me fait comprendre que je dois consulter dans une clinique privée à Antofogasta… Même scénario qu’à l’hôpital de Die… Pas de béquilles à l’hôpital ni dans aucune pharmacie de Taltal… Tranquillement j’arrache le plâtre. « Vous êtes consciente des risques que vous prenez ? » « Oui, on m’a déjà écrabouillé une main, on ne va pas m’écrabouiller un pied » Je demande à ce que l’on refasse mes pansements, ils refont sans désinfectants ni lavage de mains, c’est parait-il la technique du Chili. Des familles de patients m’indiquent le meilleur hôtel de Taltal. A l’hôpital ils ne sont pas rancuniers, ils m’offrent le séjour (ça va je n’ai pas coûté trop cher en nourriture, boisson et soins corporels, et j’ai même droit au SAMU pour me transporter à l’hôtel…

C’est à pied que je ferais deux pharmacies pour trouver compresses et sparadrap, à pied que j’irai très loin pour trouver le commissariat qui me rapatriera avec armes et bagages, euh vélo et bagages à mon hôtel.

Le soir je mangerai chinois, j’aime pas, mais rien d’autre d’ouvert, puis je rencontrerai deux bleges au féminin qui fêtent Noël avec bières olives et galettes salées, elles n’ont rien trouvé d’autre… Elles m’invitent et nous allons sympathiser…
Finalement un Noël très banal…
En espérant famille, amis, fidèles lectrices et lectuers que le votre a été aussi riche en évènement, bious à tous
Ah oui, j’oubliais là j’ai mieux choisi ma ville de convalescence : petite ville balnéaire au bord de l’océan, de ma chambre j’entends les vagues s’éclater et je suis dans un hôtel où il y a tout : lit confortable, eau chaude, fenêtre, wifi, et même une glace et même des tables dans le patio dehors…