J471 : je me paie un col à 1200 mètres juste pour le fun…

Samedi 5 mai 2012

Bivouac sur la piste qui mène au Paso Roballos – Bivouac après la frontière
Kilométrage : 27,54 km
Vmoy : 5,9 km/h, Vmax : j’ai oublié de noter
Heures sur le vélo : 4h33’57 »
Température : 1 à 11°
Dénivelée : positif : 352m, négatif : 504m

La nuit a encore été très froide.

Tout est geléJe monte, je monte, je monte, rapidement je suspecte une erreur d’itinéraire mais comme d’habitude je vais mettre un certain temps pour l’admettre…Il fait très froid, tout est gelé.
Je me rends bien compte que je remonte la Cordillère des Andes, ce qui est sûr c’est que c’est sublime…Après plus d’une heure de montée je me décide à faire un point carte.Pour la première fois ma boussole s’affole et ne m’indique plus le nord, l’aiguille ne se stabilise pas et tourne en tous sens, mais le soleil voilé qui ne montre ni l’est ni l’ouest, réalisant un arc de ciel bas sur l’horizon m’indique le Nord, et je remonte plein nord vers Antiguos, pourtant la piste même si elle est de terre non battue, ce qui parfois me fait franchement galérer dans mon poussage était plus large que celle que j’ai laissée sur ma droite.J’ai atteins l’altitude de 1200 m… Évidemment je n’ai rencontré personne…
Le froid est vif et les flaques ne dégèlent pas.
Allez demi-tourJe ne veux pas mourir dans cet univers de roc et de glace que j’affectionne particulièrement, mon moral lui est au zénith…


Je quitte la ruta 41 que je n’aurai pas du emprunter, ou plus exactement je crois que je l’ai empruntée à l’envers…
Et voilà l’écriteau que je n’ai pas vu, il était bien caché…
Me voici dans un canyon
L’eau reste très présente, je vais être juste en eau mais celle-ci ne m’inspire pas confiance, elle est trop chargée en sels minéraux.
Encore une bifurcation, sur ce coup Enzo tu ne m’aides pas beaucoup… T’as dit quoi ? Que j’étais assez grande pour me perdre toute seule ?
Allez c’est beau, beau, beau
Revoilà la termitière géante
Et de nouveau le Colorado
Je croise une estancia inhabitée
Continue mon cheminement dans le canyon
Lequel allie formes et couleurs…
Et ti vélo parade
Je croise une autre estancia, une vraie celle-là, les hommes s’affairent auprès des moutons, je ne sais pas que pendant trois jours je ne vais plus rencontrer personne…
La piste monte beaucoup, tout d’un coup j’ai un doute, je laisse mon vélo, redescends à l’estancia et me fais confirmer mon chemin…
Et monte, monte la piste et pousse pousse la cyclo
Je vais atteindre un autre col à 900 mètres
Et puis le poussage se transforme en poussage-torture et je fais une erreur stratégique, je décide de couper pour prendre le virage à l’extérieur et… Je plante, ça dérape trop, je suis en travers et ne peux avancer, je tente une manœuvre désespérée de giclage des sacoches avant pour m’alléger…
Sans résultat… Je décharge et fais du portage…
Il ne fait pas beau, le ciel à mon avis est à la neige…
Voilà que je vois les rochers se transformer en figures humaines, à mon avis il n’y a pas que la boussole a perdu le nord…
Et toujours l’eau
Et des bifurcations
Et de l’eau
Ouf, je suis dans la bonne direction, plus que 80km de galère, j’espère que la piste de la ruta 40 est en meilleur état… On m’a dit qu’elle était « suave »…
Parce que là ce n’est pas top de chez top…
Le ciel me menace et m’envoute, je stoppe, bisous tout le monde

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J470 : mon dernier paso…

Vendredi 4 mai 2012

Bivouac sur la piste qui mène au Paso Roballos – Bivouac après la frontière

Kilométrage : 24,20 km
Vmoy : 5,8 km/h, Vmax : 20,7 km/h
Heures sur le vélo : 4h07’59 »
Température : 0 à 15°
Dénivelée : positif : 159m, négatif : 126m

Je sais que je passe une frontière, comme d’habitude je suis toute excitée… Et ce malgré le froid glacial de cette nuit, en fait j’ai eu froid car mon échafaudage de fermeture de tente s’est écroulé durant la nuit…

Le spectacle ce matin est magnifique

Un car scolaire passe, les enfants vont en voyage jusque la frontière, je fais attraction, à leur retour je serai encore sur la route, ils seront encore ravis de me photographier.

Je me déleste sur le bord de la route en laissant la chose bien en vue pour qu’elle soit récupérée, la chose bien en vue est un oreiller pneumatique que j’ai acheté et qui est inconfortable, prochain voyage j’emmène mon oreiller volé dans un avion (chut ne le dites à personne).

Au moment où j’écris je suis chez moi, je viens d’assister à la transhumance des moutons du pré du haut au pré du bas, moment délicat, plein d’émotion menée de main de maître par la bergère. J’ai fait une vidéo et espère vous en faire bénéficier plus tard. Tout s’est bien passé, les moutons ne se sont pas enfuis, ils ne se sont pas enroulés dans les fils, aucun mouvement de panique, au passage ils ont donné un petit coup de tondeuse à ma pelouse, génial.

Revenons à nos moutons, euh à ma journée de passage de la frontière.

Avant de partir je renforce mon porte-bagages.

Je nettoie mon dérailleur de changement de plateau qui va se recoincer dix fois dans la journée, c’est un véritable piège à gravier, sable et cailloux, à tel point que j’ai à portée de main mon pinceau et un bout de pinceau fin pour le nettoyer…

Je croise l’endroit d’où sont extraites les pierres pour construire un nouvel hôtel, certes avec des pierres d’ici mais pas du tout dans la tradition des maisons d’ici…

La piste est……………..PISTE,  bons et mauvais passages vont alterner.

Elle ne manque pas d’obstacles

Et je reste très prudente, mettant toujours pied à terre quand il le faut

Elle offre une vision panoramique assez exceptionnelle.

Et me rappelle que l’hiver approche à grands pas…

Mon pique-nique sera extrêmement rapide vu le froid, quant au vent il sera moyen et tombera le soir.

Un aérodrome surgit au milieu de nulle part

Tout d’un coup je débouche sur trois jolies maisons

Je me dis elle est sympa cette ferme, puis je me rends compte que c’est le poste de police, il n’y a personne, quand même je me méfie, un poste de police au milieu de nulle part c’est bizarre et si c’était le poste frontière ? Je m’arrête, visite les lieux, dans un tout petit coin il y a écrit « aduana », c’est donc le poste frontière. Me voilà partie à la recherche du garde frontière, j’appelle, nul ne répond, je rentre, les ordinateurs sont ouverts mais personne, je vais alors visiter les autres bâtiments, toujours personne, je retourne dans les bureaux, franchis une première porte, puis une deuxième (au passage j’aurais peut-être pu m’introduire dans le site top défense du Chili, mais ne tenant pas à passer le reste de mes jours au fin fond d’une prison chilienne je m’abstiens). Enfin dans une pièce au fond de la maison je trouve le garde-frontière, il n’a vu personne depuis huit jours ! Les formalités sont vite expédiées et il accepte de poser pour la traditionnelle photo souvenir.

Quant à la neige, elle n’est vraiment pas loin

Tout dépend de la direction dans laquelle se porte le regard

Je me dirige droit sur une termitière géante (oui dans ce continent tout est démesuré)

J’avance, j’avance

Celle-là de montagne, je zappe, non, non, je ne l’escaladerai pas…

Je reste concentrée

Zieute quand même un peu à droite

Un peu à gauche

Et me voilà de nouveau au Colorado

J’évite de justesse un horrible piège

Qui l’a posé là ?

Le poste-frontière argentin est lui à 11km, cahin-caha j’y arrive. Bienvenidos a la Argentina… L’émotion est là, toujours intacte…

J’ai l’impression de devoir franchir les douves d’un château-fort.

Comme partout en Argentine l’accueil est chaleureux, j’ai droit à boire et à manger, de la tisane car je ne bois ni café ni thé, et des tartines, je dévore, j’ai vraiment du faire un trou dans leur réserve de pain…

Courageusement je les quitte et reprends la piste, il y a d’abord une centaine de mètres à la limite du poussage-torture…

Le poste frontière est déjà loin.

Dernier petit piège de la journée

L’endroit est toujours aussi sauvage et désert.

Les nuages envahissent le ciel, je m’attends chaque jour à me réveiller sous la neige sans panique, calmement.

Ti vélo lui parade

Allez on vise la termitière

On ne se laisse pas trop distraire, même si c’est chouette de chez chouette

Lentement mais sûrement je monte

Arrive une bifurcation, j’ai bien (enfin je crois) étudié la carte, il ne faut surtout pas que je m’embarque sur la route de droite qui fait un détour de 80 km. Si je ne veux pas faire ce détour il faut toujours que je prenne la piste de gauche. Je vois que le panneau indiquant le poste frontière est sur la piste de gauche qui me paraît également plus grande que celle de droite, je m’y engouffre, et je continue, continue pour faire mes imposés de 25km, je fais là une grave erreur…

La nuit tombe, je cherche un endroit plat pour bivouaquer et un endroit où je ne risque pas d’être emportée par les eaux.

C’est un peu limite mais je m’y mets, la nuit déjà tombe.

A 21 heures les températures sont déjà négatives, je me calfeutre bien dans la tente, la nuit sera très froide.

La lune elle, non ne se met pas en quatre pour nous envoyer ses bisous, mais en deux et c’est déjà pas mal.

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Nouvelles brèves : mardi 19 juin 2012

Bonjour à tous

Je continue lentement de mettre mon site à jour, je n’ai pas internet chez moi, cela complique les choses, je n’ai toujours pas d’eau, c’est un peu compliqué… Mais voila, j’ai la montagne…

Je suis mal, très mal, comme si le monde dans lequel je viens d’attérrir n’était plus le mien… Difficile à expliquer… Le seul moment où je me suis sentie bien c’est dans la falaise d’Archiane où toute chute est mortelle… Un chamois d’ailleurs a failli me faire tomber… Mais je suis coriace…

J’ai rendez-vous dans deux jours pour un cadre de vélo sur mesure, il ne sera prêt qu’en octobre, je repars dés que possible…

Voilà bisous tout le monde

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J469 : y a pas, les pasos c’est beau…

Jeudi 4 mai 2012

Bivouac sur la piste qui mène au Paso Roballos – Bivouac sur la piste qui mène au Paso Roballos

Kilométrage : 28,94 km (ça va Enzo, tu es content, j’ai dépassé la barre des 20km…)
Vmoy : 5,6 km/h, Vmax : interférences électromagnétiques
Heures sur le vélo : 5h05’02 »
Température 3 à 17°, alternances nuages et éclaircies, une giboulée, dans l’ensemble beau temps froid, vent fort glacial favorable
Dénivelée : positif : 469m, négatif : 528m, je passe un paso (donc un col, je suis censée monter, d’ailleurs je remonte un rio, mais non je continue à m’enfoncer au centre de la terre…)

Je vais procéder par thème, ça changera de la chronologie…

La piste : au début géniale, je roule bien, je crois même faire du 9km en moyenne

Vraiment géniale

Puis ça va se gâter, tôle ondulée

Et surtout pierres

Je crois que c’est momentané lorsque je suis contre les rochers mais dans la plaine c’est pire, alors je pousse, mais je m’en fous, je suis dans mon élément, personne, en tout je vais rencontrer quatre voitures aujourd’hui et un paysage comme je les aime, de la montagne grandiose, impressionnante, dénudée, rocheuse ou enneigée…

Le temps j’ai dit plus haut, plutôt beau, vent qui va forcir, favorable, qui parfois va tourbillonner et me chahuter, je ne pourrais hélas en profiter, la piste exécrable m’obligeant à pousser… Mais je m’en fous, je suis dans mon élément, je me sens bien…

Je réfléchis à la carretera austral, pourquoi ne m’y suis-je pas sentie bien ? D’abord je pense que j’ai été un peu malade et puis je pense que tout le monde m’a stressée en me disant ça y est tu es arrivée alors que je n’avançais pas, et tout le monde aussi m’a stressée en me disant que jamais je ne passerai, Ushuaïa en hiver ?  Impossible, alors j’ai essayé d’aller vite et je ne peux pas, la piste ce n’est vraiment pas mon truc et pourtant, là je suis sur une piste exécrable et je suis heureuse… Il y a aussi le climat froid et humide, très dur pour moi… Et aussi je pense que je me suis sentie un peu « enfermée » dans cette carretera austral, moi j’ai besoin de grands espaces, le vent me va bien, le vent, les pierres, je préfère les pierres aux arbres, c’est comme cela…

Elles sont pas belles les pierres ?

Ce que j’ai adoré dans la carretera austral ? Les bivouacs, tapie dans la forêt où je pouvais faire du feu, les animaux que j’entendais, le petit oiseau vert qui est rentré dans ma tente, l’absence de vent, euh pas toujours, il m’a fait craquer une fois… Là dans les pasos je suis super bien… Ce que j’ai adoré aussi c’est la Caleta Tortel… Et puis aussi les patagoniens chilenos, pas mal, pas mal…

Revenons à cette journée, les ennuis mécaniques : le porte-bagage est toujours cassé, ma réparation avec du fil électrique a à moitié tenu, à moitié cassé, je mets pied à terre dans les zones de tôle ondulée ou de pierres car je sens que le vélo part en miettes… Le changement de plateau s’est rebloqué sur le moyen plateau ce qui m’empêche de gravir les cotes, pourtant j’ai tout débloqué ce matin, mais j’ai compris le truc, le produit utilisé ici (WD40) et que j’ai adopté pour nettoyer les pièces essentielles du vélo doit à mon avis contenir un lubrifiant, ce qui fait qu’automatiquement cet espèce de gravier-sable se recolle sur le système et bloque tout, prochaine station-service j’achète un litre d’essence et je fais le grand nettoyage, tu as dit quoi Enzo ? La prochaine station-service est à 350 km, bon je reste sur le petit plateau… Au fait je ne crève plus, preuve que cela venait des pneus et de la malposition de l’espèce de tissu qui protège la jante.

Le moral ? Au zénith le moral, les pasos c’est mon truc, et puis les prédictions du style je ne passerai pas, et je vais mourir de froid et la météo est exécrable, et bien sont fausses…

Quand même ce matin la neige n’était pas loin…

Le paysage ? Trop, trop chouette…

Et puis j’ai vu plein de condors, et le premier qui me dit que ce n’est pas un condor, c’est comme pour le reste, je le tue…

Regardez bien :

A droite un paysage lunaire, volcanique qui me rappelle l’ascension de l’Imbabura

J’imagine les coulées de lave

Et puis à droite le rio, au fond la montagne enneigée, tout quoi…

En fait c’est juste beau

Là, je reconnais que ça ressemble assez au Pont de l’Union ( pour les guibertins), quand même avant que la route soit goudronnée, soit bientôt 50 ans …

Mais pour moi c’est magique

Et voilà le magique zoomé

Et les couleurs font aussi partie du décor…

A droite je vous l’ai dit, on est dans la lune, à moins que ce ne soit Mars, je ne sais plus, je me perds…

Et quand pierres et arbres se mêlent, cela donne cela…

La piste est piste…

 

Et mes yeux se régalent…

Reconnaissez que là c’est géant…

Bien qu’étant subjuguée par les pierres j’observe quand même la flore…

Allez, c’est trop chouette

Et les ponts non mortels

Je vais quand même rencontrer deux fermes

A droite les vaches

A gauche les moutons

Entre les deux bien sûr les barbelés…

Et derrière la montagne

Le vent est si fort qu’il y a des vagues dans les flaques

Et là-bas, au loin, la trouée de ciel bleu ? L’Argentine…

Et des ponts qui sont ponts, oui, oui Enzo, tu essaies de me perdre, ensuite de me faire tomber dans des rios glacés, mais je suis coriace…

Et puis l’heure tourne, et puis j’ai fait mon taf d’heures, je cherche un endroit pour bivouaquer, il y a des milliards d’épines et je trouve l’endroit idéal

Un peu abrité du vent, pas trop d’épines, de l’herbe, des piquets qui s’enfoncent, un paysage grandiose…

Et tout ça que pour moi…

Et comme aujourd’hui je pense aux guibertins je leur offre la Cucumelle…

Bisous tout le monde, demain je repasse une frontière…

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J468 : allez, ça repart…

Mardi 2 mai 2012

Estancia Villa Valle Chacabuco – Bivouac sur la piste qui mène au Paso Roballo

Kilométrage : 13,40 km
Vmoy : 6,4 km/h, Vmax : 22,9 km/h
Heures sur le vélo : 2h04’12 »
Température 3 à 9°, une éclaircie, vent fort et glacial au départ qui va ou se calmer ou je suis à l’abri
Dénivelée : positif : 142m, négatif : 142m, alors aujourd’hui je fais fort de chez fort, au mètre près je monte autant que je descends…

Hier je suis arrivée dans ce patelin qui n’est pas un patelin, qui avant était une estancia c’est-à-dire une ferme, une vraie avec des moutons, des vaches ou des chèvres, maintenant c’est un parc… Avec des bestioles qui ressemblent à des vigognes mais qui portent un autre nom, j’ai oublié… L’endroit est plutôt sinistre…

J’apprendrais que c’est le propriétaire de la marque Patagonia et Esprit qui possède ce parc et d’autres aussi… Ma fois il collectionne les parcs comme d’autres les voitures ou les chevaux de course…

Seule la maison d’Alexandra avec les mêmes drapeaux de prière que les miens est avenante…

Hier j’étais dans un état lamentable, trempée, transie, le moral au plus bas, je me dis que toutes les prédictions funestes sont en train de se réaliser, tu ne passeras pas, la Patagonie en hiver, non mais tu n’y penses pas, le vent, le froid, la neige… Si tous les oiseaux de mauvais augure pouvaient arrêter de me saper le moral ce serait pas mal… Sachez oiseaux de mauvais augure que je vous hais… Donc dans cet état de décrépitude avancé je me dis qu’il faut que je trouve une solution, la météo est exécrable pour les cinq jours à venir, que faire ? Dago qui régit cette estancia et qui  aurait bien aimé me louer une chambre à 200 dollars ou une place de camping à je ne sais combien de dollars et qui m’a prêté cette cabane de chantier à condition que je dégage le matin, Dago m’avait promis de m’emmener en véhicule à la frontière à 60 km de là, oui parce que passer le paso à cette période, le vent, le froid, la neige… Rendez-vous est dons pris pour après l’almuerzo (le repas de midi); je passe la matinée à nettoyer mon vélo et faire sécher mes affaires en faisant du feu, ce qui n’est pas chose aisée car pour le bois je dois traverser un champ de boue et trouver au milieu d’énormes troncs quelques petits bouts de bois humides, mais bon, j’y arrive, et puis j’ai bien dormi au sec, et puis Alexandra m’a regonflée de son énergie. Toute la nuit il a plu, la veille au soir il neigeait même, un vent glacial aussi soufflait… Et puis en fin de matinée une éclaircie… Quand je vois Dago pour savoir à quelle heure il m’emmène, et bien il ne m’emmène plus et pour la cabane il en a besoin… Je décide donc de partir, mais avant j’ai rendez-vous avec Alexandra pour déjeuner, nous allons à nouveau passer un moment délicieux ensemble, il n’y a pas, le courant passe entre nous deux, et nous nous quitterons avec des larmes dans les yeux…

La piste est plutôt meilleure que la carretera austral, je ne vais rencontrer que deux véhicules dont une jeep de l’armée, pour seules compagnes les vigognes qui sont pas des vigognes…

La piste reste piste avec ses passages de tôle ondulée…

Je vais plutôt bien , je suis en forme, sauf que je ne peux passer sur le petit plateau, bien qu’ayant tout nettoyé le matin, le sable-gravier doit à nouveau bloquer le système, ce qui m’oblige à pousser dans les montées… M’étant arrêtée à la tombée de la nuit je verrai ça demain.

Je vais quand même me prendre une forte averse sur la tête, l’eau reste très présente…

Et la montagne aussi, le paysage est désolé, rude, sauvage, j’adore, beaucoup plus que la carretera austral qui des fois ressemble à un chemin dans la forêt de Fontainebleau, Enzo lui pense à la Suisse, moi à Fontainebleau, chacun son truc…

Oui, j’aime les paysages rudes et dénudés…

Et les bêtes me regardent d’un air ahuri…

Ou me snobent…

Et reau…

Là c’est de l’eau sous forme de neige, c’est là où je vais planter ma tente, chouette non ?

Il y eu un très fort coup de vent, j’ai eu un peu peur car je n’ai pas arrimé le vélo, mais apparemment tout va bien, il repleut aussi, mais avec le vent je pense que l’humidité sera moins présente, il fait aussi très froid, deux degrés quand je me suis enfermée, d’ici là à ce que je me réveille sous la neige…

Bisous tout le monde, le moral est meilleur et le premier qui essaie de me le saper, je le tue, ou le fais tuer, oué les tueurs à gage ça existe…

Très fort coup de vent encore, je crois que je vais devoir prendre mon courage à deux bras pour sortir et coucher mon vélo avant qu’il ne me tombe sur la tête… Je connais l’avenir, le vélo est tombé mais pas sur ma tête…

Bisous de la lune

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J467 : déluge et échouage…

Lundi 1er mai 2012

Bivouac bifurcation Carretera austral – Estancia Valle Chabuco
Kilométrage : 11,26 km
Vmoy : 5,7 km/h, Vmax : 22,6 km/h
Heures sur le vélo : 1h57’52 »
Température 7°, pluie, quelques rafales de vent, pluie qui tourne au déluge
Dénivelée : positif : 207m, négatif : 204m

La nuit le bivouac où j’avais dormi fut moins froide que les précédentes et moins humide car il y avait un peu de vent, néanmoins toutes mes affaires sont à nouveau mouillées

Il pleut, pas encore trop fort, je pars

La piste est piste, soit alternance de tôle ondulée, gravier, trous et là en plus boue et énormes flaques, comme d’habitude je pédale quand je le peux, sinon je pousse…

Je rentre en plein dans la montagne

Et vas-y que la piste comme à son habitude monte et descend…

Sur un rocher quelques animaux me regardent, le temps que je termine mon poussage, hop ils sont partis, mais d’autres viendront m’admirer…

Je vais en tout et pour tout rencontrer deux véhicules dont la police deux fois, une fois dans un sens, une fois dans l’autre, elle me propose de m’emmener à l’estancia, je refuse, le moral est encore bon et puis je veux aller plus loin, j’ai calculé mes provisions pour un minimum de 20km par jour, plus un jour de secours…

La montagne rougeoie

Et blanchit

La piste reste piste et la pluie se transforme en déluge, je décide de faire étape à la estancia.

J’y arrive, le restaurant est à moitié fermé car nous sommes le premier mai, à l’intérieur deux personnes emmitouflées, bonnet, gant, doudoune, le feu n’est pas allumé, je me sauve…

Je frappe à la porte d’une maison où je vois de la lumière, une femme entrouvre à peine sa porte puis va m’ouvrir grand son cœur, elle s’appelle Alexandra, a 44 ans et une vie difficile aussi… Elle a vécu quelque temps en France avec un ami qu’elle a fui car violent, il y a 4 ans elle a vécu un grand amour avec un homme plus âgé qu’elle de 20 ans, il y a 6 mois Pablo est mort d’un cancer généralisé, elle va m’offrir tout, de la chaleur, à manger et son amitié. Elle est professeur à l’école de l’estancia. L’estancia était auparavant une ferme, elle est maintenant transformée en parc naturel et tenez-vous bien le propriétaire est un riche américain qui a fait une fondation, beaucoup de parc au Chili sont ainsi entre les mains des américains, ne croyant nullement à la misanthropie de ceux-ci, pensant sérieusement que l’hôtel à 200 dollars la nuit n’est pas rentable, je me pose des questions : impérialisme ?  Une manière d’échapper à l’impôt ? Voire blanchiment d’argent sale… Quoiqu’il en soit je réfute l’hôtel à 200 dollars et échoue (c’est le cas de le dire) dans une baraque de chantier, il faut que je libère les lieux demain matin…

Le soir en rejoignant mon palais il neige…

Bisous tout le monde

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J466 : je l’aime tant cette carretera austral que je me paie un petit retour en arrière…

Lundi 30 avril 2012

Cochrane – Bivouac bifurcation piste qui mène au paso Roballos
Kilométrage : 17,15 km
Vmoy : 5,5 km/h, Vmax : 20,5 km/h
Heures sur le vélo : 3h05 »37 »
Température 3° à 10, pluie
Dénivelée : positif : 253m, négatif : 292m

Je suis à nouveau dans ma petite maison, mais elle est moins avenante, durant mon absence la conduite d’eau a gelé et donc s’est rompue (comme chez moi d’ailleurs…), il n’y a pas de gaz non plus, alors les 2° du matin ça ne passe plus…

Je passe la matinée à chercher sous des trombes d’eau quelqu’un qui soit capable de me mettre une vis dans mon porte-bagage, et bien à Cochrane ça n’existe pas… Je passe aussi beaucoup de temps à faire mes courses, un seul supermarché, mais pour acheter un crayon à bille, il faut faire la queue au rayon, puis passer à la caisse (donc refaire la queue) puis retirer la marchandise (donc relaqueue), on se croirait à Darty, sauf que c’est pour un vulgaire crayon à bille, rigolez pas c’est vrai et tout pareil… Ici comme partout en Amérique latine le chocolat aussi est sous haute surveillance… Et puis un rayon de soleil… Et la neige pas loin…

Je me dis, j’y vais, mon intention première était d’essayer de trouver un véhicule pour refaire le chemin que j’avais déjà fait, et allez savoir pourquoi je me suis dit, le temps que je trouve, que je prenne rendez-vous, qu’en plus ils me recassent quelque chose dans le trajet j’aurai plus vite fait d’y aller en vélo et… J’ai eu raison…

Je peine plus que dans l’autre sens, je vais beaucoup pousser, d’ailleurs je vais mettre une demi-heure de plus, allez les couleurs d’automne sont belles…

Mais la piste est dégueulasse, et en plus il pleut et mon frein arrière se coince…

Allez, ça reste » beau…

Le seul truc de bien c’est que je sais où je vais dormir ce soir…

Mais sous le froid et la pluie c’est moins sympa…

Bisous tout le monde

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Nouvelles brèves : jeudi 12 juin 2012

Bonjour à tous

Voilà, j’ai rejoint ma maison, retour difficile…

Dégâts des eaux extrêmement importants, je peux mourir de soif en attendant l’expert qui ne viendra qu’à la fin du mois…

Téléphone coupé par la dernière tempête, ouf c’est rétabli…

Internet bas débit en panne, alors là il ne faut pas rêver, ils ne savent pas dépanner…

Voilà sinon la montagne est toujours aussi belle… Et hier avec les chamois lucois on s’est gelé sur les crêtes, brouillard, vent, comme en Patagonie…

J’ y pars 3 jours (en montagne) avec les accompagnateurs du diois et des ânes…

Je m’attaque à la mise en ligne de la suite de mon voyage, patience, patience

Bisous à tous

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Nouvelles brèves : vendredi 8 juin 2012

Bonjour à tous

Aujourd’hui je reprends la route en vélo de Serre-Chevalier (près de Briançon dans les hautes-Alpes) à Jonchères (Drôme). Magnifique route de montagne que j’ai toujours eue envie de faire en vélo. Au programme une longue descente jusque Gap puis passage du col de Cabre, redescente sur Luc-en Diois, remontée de mes 20 virages et mes 250 mètres de piste (je vous rappelle que je hais la piste)…

Mon vélo : remise en état faite, une nouvelle attelle à un autre endroit au porte-bagages

Le matos : et bien j’ai laissé sur place un certain nombre de choses dont tente et matelas. J’ai racheté une tente carouf, sous nos contrées ça suffira. Je vais voir en passant si je trouve un matelas à Briançon, sinon ce sera à Gap et une nuit à la dure, j’aime pas…

Là je pars cool de chez cool, donc pas de contrainte temps…

J’espère bien que mes amis les chamois, les ours, les diois en tous genres, artistes ou non seront là pour m’accueillir, je ne peux hélas ne donner ni le jour ni l’heure… Transformez-vous en guetteur… Et pour ceux qui font du vélo si vous m’accompagnez sur les derniers kilomètres comme dans les courses de bateau ce serait chouette… J’accepte aussi les journalistes, voire la télé avec la moto suiveuse ( ça me rappellera le Vénézuela), mais pas trop longtemps la moto suiveuse, pas trop longtemps, j’ai testé, c’est dur. Inutile de commander une escorte policière, là-aussi j’ai testé c’est dur et comme d’hab pour le soleil je m’en charge… N’oubliez-pas la clairette… Pas top pour mes 20 virages, mais bon…

La suite de mes articles de la Caleta Tortel à Calafate arrivera, je vous tiendrai au courant.

Question santé, je suis encore très fatiguée mais j’ai repris 4 kg, je vais essayer de les garder…

Voilà bisous à tous, merci de vos encouragements

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J465 : la Caleta Tortel donde se vive de la vida…

Projet dans le projet, longuement réfléchi…

En italique mes pensées métaphysico-philosophico-mystico-émotionnelles, vous pouvez zapper…

J’ai analysé ce qu’il s’est passé dans ma tête et dans mon corps et aussi maintenant dans mon vélo… Voilà j’ai passé une période difficile où je me suis sentie en difficultés sur cette carretera austral, oui j’ai lancé comme un SOS que vous tous qui me suivaient avaient bien compris et auquel vous avez répondu et je vous en remercie du fond du coeur.

Vu de loin, beaucoup croyaient que ça y est j’étais arrivée et moi je me rendais bien compte que je n’avançais pas, en fait j’avançais au même rythme que d’habitude quand je suis sur piste, sauf que là j’avais la pression du « c’est trop tard tu ne passeras pas, tu rentres dans l’hiver austral ».

Avec le recul je pense que je serais passée avec de temps en temps l’aide d’un pickup quand cela devenait impossible, notamment le vent qui fait comme un mur de béton infranchissable, qui n’a vécu cela ne peut comprendre…

Avec le recul je suis très heureuse de cette expérience de rentrée dans l’hiver austral, les températures qui chaque jour baissent certes, mais aussi le jour qui se raccourcit à la vitesse grand V, à 9h30 il fait encore nuit, à 5heures déjà la nuit tombe, les ombres s’allongent, toujours je cours après mon ombre sans jamais la rattraper… Et le soleil, impossible de savoir où est l’est , où est l’ouest, il reste très bas sur l’horizon, indiquant juste le nord… Les couleurs des aubes rivalisent avec celles des couchers de soleil, la nature se pare d’arc-en-ciel, le rouge le disputant au jaune ou parfois au blanc, les lumières sont magiques… J’ai vécu durant toute cette période d’entrée dans l’hiver austral un des moments forts de mon voyage…

Mais voilà, me mettre la pression pour aller vite ce n’est pas mon truc, ça je l’ai compris  en courant après le vrai-faux centre du monde, alors j’ai décidé de me donner du temps, tout le temps, limitée seulement par ma maladie qui m’empêche de m’arrêter plus de huit jours et ce temps que je me suis donné m’a permis d’apprécier tant de choses, tant les rencontres que les paysages et aussi écouter mon corps, j’ai remarqué que quand je ne l’écoutais pas il se vengeait, encore une grande leçon de ce voyage, être à l’écoute de soi et y répondre…

Je pense aussi que mon corps a parlé, fatiguée, malade, souffrant des chauds et froids avec dans les chauds, une transpiration intense mal compensée par les apports hydroélectrolytiques, ajoutez à cela qu’il m’a été impossible de trouver dans les différents pays visités le traitement que je suis pour mon hypertension, alors j’ai « économisé » mon traitement , diminuant les doses, surveillant ma tension à la force de mon pouls et à la présence ou non de maux de tête, j’ai essayé le médicament du coin, une catastrophe, j’ai commencé à avoir des troubles du rythme, des épisodes de tachycardie et d’essoufflement, danger, danger… Pendant plusieurs jours je n’avais plus de ressort dans les jambes, chaque coup de pédale, chaque pas me coutait, un matin je n’ai pas pu me lever, ma maigreur tournait à la cachexie, la sagesse aurait voulu que je me pose quelques jours, mais résonnait toujours dans ma tête le « tu ne passeras pas » « tu ne passeras pas »…

Et puis le vélo faisait des siennes, les spécialistes consultés à mon retour se demandent bien comment j’ai pu faire ce que j’ai fait avec un vélo pareil, je reproche à Véloland de Valence, qui quand même sont spécialistes en matière de vélo, de ne s’être pas plus renseignés, de ne pas s’être déclarés incompétents, de ne pas m’avoir orientée sur des gens compétents, moi je reconnais que j’étais incompétente, novice en la matière, on ne peut comparer des voyages d’un mois à un voyage au long cours comme celui que j’ai entrepris et puis l’Amérique latine ce n’est pas l’Europe, tout y est plus fort, la géographie, le climat, les conditions de vie, l’absence de technicité à tous points de vue, bref je suis partie avec un vélo adapté à la balade du dimanche… Quand vous rajoutez à ça les crevaisons journalières, le dérailleur à décoincer plusieurs fois par jour, la vitesse qui saute, le porte-bagage qui casse et recasse, la fourche qui n’amortit rien, les freins qui se coincent, et le reste, la tente, les vêtements en loque…

Bref, tout cela m’a fait réfléchir, deux rencontres m’ont guidée vers la Caleta Tortel, la première ce fut un hasard, j’étais fatiguée, je cherchais un endroit pour dormir, mais avant il me fallait trouver de l’eau. Une maison isolée au bord de la piste ne répondait pas à mes appels, en face ce que j’ai pris pour un aérodrome mais qui en fait était une zone de cabanas avec son propre aérodrome fermé en raison de nombreux accidents. Un avion que l’on essaie de mettre en marche, deux hommes, je demande de l’eau, on m’envoie vers le gardien qui me montre que le filtre de l’eau pompée dans le rio est si sale qu’elle n’est plus potable. Un touriste qui prend des photos, je remendie de l’eau, miracle il me donne de l’eau à bulles. est-ce que je peux planter ma tente sur ce terrain un peu plus loin, oui, mais ils vont fermer, non moi je ne veux pas être enfermée… Plus loin il y a parait-il une zone près du lac où les cyclotouristes campent, mais c’est quoi ce plus loin ? Je dis que je vais mettre ma tente au bord de la route, de toute façon il ne passe personne… Il m’accompagne à la maison isolée , les habitants sont là, le feu est allumé… Je poserais ma tente et finirais par me réchauffer chez eux, y faire sécher mes affaires, y manger, enfin y dormir, le lendemain quelques mots de remerciements écrits sur un cahier et je découvre le fabuleux livre de Camille Fuzier qu’elle leur a dédicacé… Déjà l’envie d’aller à la Caleta Tortel germe dans ma tête…

Vous rajoutez à cela que la carretera austral est diabolisée, comme un no man’s land où il n’y aurait personne et rien, ce qui est faux de chez faux, cette région est peu peuplée certes mais n’est pas un désert, la route est peu fréquentée (une vingtaine de pick-up par jour en cette période) qui au pire vous demandent si tout va bien, au mieux vous aident dés que vous les sollicitez). Alors, on m’a fait peur, on m’a à nouveau chargée en matériel pour le vélo, allez deux pneus en plus, des chambres à air en plus, ceci rajouté au reste  a fait que j’avais plus d’une demi-sacoche pleine de matériel pour le vélo et au moins 10kg de matos. Lorsque j’ai pour la niéme fois cassé mon porte-bagages arrière, deux jeunes m’ont aidée, et eux, accompagnateurs en VTT connaissaient la carretera austral mieux que quiconque, avec eux j’ai fait le ménage dans mes sacoches et aussi et surtout le ménage dans ma tête et arrêté la suite de mon itinéraire : la Caleta Tortel ( je vous ai déjà raconté comment l’envie m’est venue d’aller voir cet endroit unique au monde) retour, passage en Argentine par le paso Roballos, et puis avancer jour après jour, tranquilement, en profitant des crénaux météo et puis je verrai bien.

Et puis qui sait, la Caleta Tortel est au bord du Pacifique, peut-être trouverai-je un bateau…

Alors la Caleta Tortel ?

J’ai fait des recherches sur internet pour vous raconter son histoire et la meilleure que j’ai trouvée est celle de Camille Fuzier (encore), alors Camilla ( c’est comme cela que l’on vous appelle là-bas), merci et puis tout Caleta Tortel vous attend encore cette année… Donc en introduction de son livre Camilla dit :

« SI JE POUVAIS VOUS RACONTER…

Pendant que la barque descendait le torrentiel fleuve Baker, je ne savais pas où j’allais arriver, je pensais seulement à me reposer quelques jours de tous les kilomètres que j’avais dans les jambes. J’allais à Tortel, village de la Patagonie chilienne, situé entre deux champs de glace, au fond du légendaire Golfo de Penas, à l’embouchure du fleuve Baker, au 47°51 de latitude sud et 73°35 de longitude ouest.
J’imaginais la solitude de ce lieu et me fabriquais des histoires en regardant la nature imposante, le soleil m’avait accompagné jusque-là, chose rare sous ces latitudes ; c’était un signe que je devais déchiffrer. Peu de jours plus tard, je serais ensorcelée par la pluie éternelle. Je suis arrivée à pied à Caleta Tortel un après-midi de l’été 2002 alors que j’écoutais une voix intérieure qui me guidait au long de la Carretera Austral.

L’histoire de ce lieu, auquel jusqu’en 2003, on ne pouvait accéder que par voie d’eau, est celle du peuple Kaweskar, nomades des mers, qui ont été les premiers à vaincre tous les obstacles et adversités caractéristiques de la région. Aujourd’hui il ne reste aucun descendant en vie.
Vers le milieu du XXe siècle, après un voyage à la rame, les pionniers de la construction du village, venus de la frontière argentine et de la Grande Ile de Chiloé, commencent à obtenir l’aide de la Marine chilienne, qui à partir de ce moment se charge de la survie des habitants. C’est ainsi que commence à s’écrire une histoire singulière et étroitement liée à l’exploitation de cyprès des Guaitecas, bois local exceptionnellement résistant, qui pousse uniquement dans des zones marécageuses.
Entre 1920 et 1955, de gigantesques incendies ravagent la région, provoqués en partie par les colons qui sont à la recherche de terres cultivables pour leur troupeau. Dès lors la grande quantité de bois brûlé va assurer leur survie et devient la marque de leur identité, de l’architecture – maisons sur pilotis, chaloupes, chatas (petites embarcations), trottoirs-passerelles et escaliers interminables qui forment les rues du village – à l’économie du lieu, avec le commerce des stères de cyprès à destination de Punta Arenas qu’un bateau de la Marine chilienne vient chercher tous les trois mois.
Les habitants de Tortel mêlent des coutumes gauchesques et chilotas et tous sont de véritables factotums pour la localité : menuisier, boucher, cultivateur, musicien, marin, professeur, animateur de radio, par exemple.
Aujourd’hui le village a grandi et a été déclaré Zona típica – Monument National, Patrimoine culturel du Chili. Depuis mars 2003 il est relié à la Carretera Austral par une bretelle de vingt kilomètres, avec des bus qui permettent aux villageois d’aller et venir quand ils veulent et aux touristes d’arriver à Tortel avec plus de facilité. Pourtant c’est toujours la nature qui décide : les conditions climatiques peuvent être si difficiles que le village se referme sur lui-même, prisonnier des glaces. L’hospitalité patagonne et l’histoire particulière de ce coin du monde, qui a survécu au sein d’une nature presque vierge, m’ont profondément émue et j’ai décidé de retourner y vivre pour un temps.

Décrire Tortel en peu de lignes est impossible; il faudrait raconter comme la pluie tombe pendant des jours, des semaines, des mois ; comme le village devient alors une cascade géante. Il faudrait évoquer les petits matins et les après-midi au son des crépitements du feu, les regards et les silences d’un grand-père pionnier dont la seule présence raconte plus de mille histoires. Il faudrait aussi décrire le vent de l’est et les tempêtes qu’il amène sur les côtes, et le froid de l’hiver, qui pétrifie les mains au fond des poches. Ou dire les visages, tannés par le vent et une vie de sacrifices, s’illuminant soudain pour une blague ou un rire. Raconter, enfin, comme la nature majestueuse trace les vies de ces gens. Même si tout cela était écrit, mes mots resteraient loin de la vérité, voilà pourquoi je préfère laisser les photos parler d’elles-mêmes.

Camille Fuzier,
Santiago du Chili, le 21 novembre 2004. »

Comme Camilla j’ai été émue, très émue… Je vous livre mes photos et mes émotions…

Quatre jours, trois nuits pour y arriver depuis Cochrane, des jours de pédalage ou poussage sur une piste souvent mauvaise, les montées et descentes toujours difficiles à gérer dans ce froid humide, des nuits givrées, des feux de camp réchauffant et puis, là voilà, toute proche…

Bienvenue à Caleta Tortel

Un peu de données scientifiques

Pas de voitures à Caleta Tortel, pas de vélo non plus…

A Caleta Tortel le ciel aussi vous subjugue

Mer, rio, eau , bois et végétations se mêlent

Tortel est construite sur des marécages, ici il n’y a pas que l’eau et le bois omni présents qui vous ennivrent, il y a aussi les senteurs du bois qui repart d’où il est venu, de la végétation qui pousse, de la fumée des maisons qui affirment leur vie…

Ici pas de rues, des escaliers, des passerelles et le Pacifique… Ainsi communiquent les habitants de Tortel.

Les marches sont parfois rudes…

Surtout quand les années sont là…

Le Pacifique abrité derrière ses milliers d’îles est apaisant…

Les maisons toute de bois…

La première chose que j’ai faite à Tortel, après avoir cherché une « hospedaje » avec le moins possible de marches à monter et y passer une nuit réparatrice où la propriétaire des lieux aura l’amabilité d’installer un feu à pétrole pour que je puisse faire sécher mes affaires, la première chose que j’ai faite donc c’est de descendre et de me diriger vers l’océan. Un bateau était prêt à partir, je me renseigne, je ne peux pas aller plus loin en bateau ? Là je comprends que je me heurte au même problème que lorsque j’ai voulu passer du Pérou à la Bolivie par le lac Titicaca, il y a une frontière et une frontière ça ne se franchit pas comme cela… Où allez-vous ? Au centre… Je peux venir avec vous ? Pas de problème… Alors hop, j’embarque…

Puis je débarque…

Comme tout port Tortel a son phare, petit le phare, à l’image de ce village…

Je me dirige vers la Plaza de Armas, peut-être la plus petite Plaza des Armas du Chili, ses bancs bleus invitent à la détente, je m’y assieds, le soleil voilé diffuse une douce tiédeur, la sérénité du lieu m’envahit…

Je sors mon ordi, oui car ici le dimanche la municipalité met à disposition son internet, cette petite place est la seule zone wifi du village, je commence par répondre à quelques mails, notamment à mon GPS alias Enzo (merci Enzo d’avoir rassuré tout le monde sur mon sort), j’écris quelques mots sur mon site pour dire que tout va bien, que j’ai retrouvé la forme et que je suis dans un lieu magique, et hop je perds la connection…

Alors je marche au hasard et me laisse perdre…

Chaque maison est reliée aux autres par un sytème de passerelles et d’escaliers…

Ici une maison en construction…

Là l’océan qui me dit « viens, viens »

Là le marchand de plantes

Toujours, toujours l’océan…

L’église…

J’entends des chants, nous sommes dimanche, je veux rentrer, la porte est fermée pour les retardataires…

Parfois les maisons sont très modernes

A Tortel on vit, moi je parle avec toutes les personnes que je rencontre, certes elles ne sont pas nombreuses mais elles sont là, ce n’est pas un village fantôme, j’apprendrai qu’il y a une école, une mairie bien sûr, mais aussi un jardin d’enfants, un hypermarché avec le seul plan incliné du village qui permet de transporter la marchandise qui arrive par bateau.

Tout, tout est en bois, même l’aire de jeux…

Comme dans tout village ou ville il y a les quartiers riches et les quartiers pauvres

Voire les quartiers très très pauvres

Le linge tente de sécher sous un timide soleil voilé

Ici comme dans toute la Patagonie chilienne on se chauffe au bois…

Une passerelle permet d’emjamber le rio…

Quand même il faut de bonnes jambes et le coeur solide pour vivre à Tortel…

A Tortel on n’oublie pas ses ancêtres

A la Caleta Tortel il faut aussi avoir de bons yeux ou savoir nager…

L’heure tourne, je serais bien restée quelques jours mais toujours résonne dans ma tête le « tu ne passeras pas »… Je rejoins mon auberge, j’aurais préféré le pastel de poissons prévu au repas du soir au poisson frit et pommes de terre vapeur.

Trois fois par semaine un bus relie la Caleta Tortel à Cochrane, nous sommes dimanche, le bus est à 15 heures, et aujourd’hui on change d’heures et gagnons une heure, je suis ravie. Je suis prête, mon vélo prêt à être embarqué, mes sacoches bien alignées. Je prends mon billet, stupeur, le bus n’accepte pas les vélos, mais il faut voir avec le chauffeur. Le bus arrive, non pas de vélo, je suis désemparée. Je vois mon hôtelier et lui explique mon problème. « Vous avez proposé de l’argent au chauffeur ?  » Pour la deuxième fois de ma vie j’utilise la corruption. La première fois ce n’était pas sur mon initiative mais sur celle du garde au pied du volcan Galleras en éruption pour en gravir ses pentes. Mais le chauffeur se montre intraitable. Aujourd’hui je vais avoir du mal à trouver une voiture me dit-on, demain peut-être… Un homme et une femme déchargent du bois pour le transporter par bateau, je leur propose de m’emmener à Cochrane contre rétribution, refus, il ne connait pas la route… Je n’ai vraiment pas envie de faire le retour en vélo, retour qui en plus va me prendre quatre jours. Je continue ma quête désespérée… Les gens qui remontent là, ils vont partir, voyez avec eux… C’est possible ? Il y a une place pour moi et mon vélo ? Oui, ouf…

Mon chauffeur me fera remarquer qu’à nous deux nous avons tous les moyens de transport… Il est moitié-chilien, moitié-argentin, en fait il est patagonien. Il est professeur d’éducation physique en Argentine, il entraine aussi une équipe de natation, et si moi je soigne les gens, lui les empêche d’être malades… La carretera austral il la connait bien, ici à Tortel il a une résidence secondaire, comme moi il louvoie sur la piste essayant de trouver le meilleur passage. L’hiver il vient aussi, les chaînes sont nécessaires, ici, et là, c’est très dangereux. Il prend multes photos, par une fausse manoeuvre il a perdu toutes celles prise à l’aller.  Il me ramène jusqu’à ma petite maison, je compte mes bagages et j’oublie… mon fanion…

Avant de partir la femme du maire aura ces mos magiques  :

« Aqui se vive de la vida », littéralement « ici on vit de la vie »

Adieu la Caleta Tortel, mon bout du monde à moi, je ne sais pas encore que je ne vais pas atteindre Ushuaïa, n’y aurait-il pas de hasard dans la vie ? Qui m’a guidée jusque là ? J’écris cet article et je pleure…

Bisous tout le monde

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